Abrahma - Reflections In The Bowels Of A Bird

Abrahma - "Reflections In The Bowels Of A Bird"
chronique Abrahma - Reflections In The Bowels Of A Bird

Ne pas juger un livre sur sa couverture, c'est bien connu. Et pourtant, qui n'a jamais jeté son dévolu sur un album d'illustres inconnus juste parce que la pochette de celui-ci nous a interpellé la rétine ? Des achats hasardeux, pouvant se révéler malheureux. Ou bienheureux dans les bonnes surprises. En ce qui concerne ce Reflections In The Bowels Of A Bird, second opus des Français d'Abrahma, c'est à peu près ce qu'il s'est passé. Parce que si ma culture musicale n'est pas si mauvaise, je suis loin de tout connaître. Fait indéniable dont le clou est considérablement enfoncé lorsqu'on est un chroniqueur : suivre le pan de liens vers les albums promo dans sa boîte mail montre à quel point les connaissances pourtant très honnêtes sur le papier peuvent se révéler misérable face à l'énormité et la profusion. On se retrouve donc à piocher et faire son marché au petit bonheur la chance parmi les patronymes inconnus. Pour ce qui est d'Abrahma, j'admets qu'il ne s'agissait que d'une histoire de jaquette flatteuse.

 

Par chance pour moi, Reflections... fait partie de ces surprises heureuses. Doublement surprise d'ailleurs car j'avoue que la première fois que j'ai lancé mon lecteur, l'illustration me donnait l'impression d'être face à un groupe sludge à la Mastodon. Quel ne fut pas mon étonnement de constater qu'il l'en était rien avec cette débauche de stoner grungy crachée par le casque vissé sur mes oreilles ! Bon, c'est vrai, les mails sont accompagnés de ce que qu'on appelle un dossier de presse. J'aurais dû être prévenue donc... Encore faut-il l'avoir lu. Voyez un peu le sérieux du chroniqueur dans toute sa splendeur. Dire qu'il y a des gens qui s'emmerdent à les écrire ces fichus pamphlets argumentaires. Enfin bon, aussi peu sérieuse puis-je être dans mes premiers contacts avec un sujet donné, pas besoin de lire en long, en large et à travers de beaux discours promotionnels pour rester sur le cul face à la qualité du nouveau méfait d'Abrahma.

 

Groupe qui surprend à tous les niveaux, notamment par sa nationalité. Car vraiment, Abrahma ne nous ressert pas cette tambouille stoner/rock'n roll rutilante que la scène hexagonale se complaît à nous ressasser depuis quelques années. A dire vrai, Reflections... serait sorti tout droit d'un garage de Seattle que ça n'aurait étonné personne. Enfin, d'un fond de tiroir oublié d'une cave, la prod' étant loin d'égaler celle des maîtres en la matière. Petit détail que je relève car il s'agit du seul regret que l'on pourrait trouver à cet album. Et franchement, si je le sors, c'est vraiment de la critique de pinaillage car même si elle aurait pu être meilleure, elle reste malgré tout très honnête et ne gâche en rien la qualité des compositions.

 

Si on rattache la bande parisienne au stoner pour ses guitares grasses et tout le côté hypnotique et perché quasi-lunaire qui peut bien en émaner, il faut quand même admettre que leurs membres n'ont pas été bercé qu'aux Kyuss et compagnie tant leur musique suinte le grunge. Celui de Soundgarden en tête. Avec une sévère dose d'Alice In Chains dont l'album éponyme a dû se retrouver bien rayé à force d'être passé dans leurs chambrées d'adolescents ou autre lieu de répétition de groupe juvénile. Car si le stoner déployé en France est gras, il est surtout immédiat et fun, so rock'n roll. Pour ce qui est de celui d'Abrahma, on ne peut pas dire qu'il respire le bonheur : tout n'est que mélancolie et lourdeur pachydermique. Ajoutons à cela l'aspect psychédélique, faisant parfois rappeler des cas plus metalliques comme Electric Wizard, et on se dit qu'on est bon pour le bad trip. Ce qui n'est pourtant pas le cas. A l'instar d'un Noir Désir sous stéroïdes et pépites de LSD qui aurait oublier ses discours engagés au profit d'une mise en transe en altitude, la noirceur nous ronge les entrailles sans jamais nous engloutir. On se laisse plutôt emporter vers une sorte de nihilisme planant.

 

Majestueux, Reflections... sait montrer également beaucoup de finesse dans ses arrangements et ses ouvertures. Ainsi peut-on retrouver beaucoup d'atmosphères intéressantes distillées de ci et de là, allant même parfois jusqu'à des choses plus jazzy et expérimentales. Ce qui achève un tableau quasi sans-faute : Abrahma est doté d'un savoir-faire certain, a des choses à dire dans son style teinté d'influences aussi évidentes que bien digérées et nul doute qu'il en aura encore bien d'autres à transmettre dans le futur.

photo de Margoth
le 17/02/2016

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