Alien Weaponry - Tangaroa

Chronique CD album (01:02:25)

chronique Alien Weaponry - Tangaroa

Tout a commencé avec l’Amazonie tribale du Roots de Sepultura.

Puis il y eut la Hongrie gitane d’Ektomorf.

Et l’Algérie berbère d’Acyl.

Et la Mongolie cavalière de Tengger Cavalry.

Et le Togo guerrier d’Arka’n.

 

Evidemment cette liste simplifie honteusement la réalité en rassemblant dans le même panier des approches pas forcément convergentes, et en occultant nombre de groupes sans doute tout aussi méritants. N’empêche : ces formations ont en commun d’avoir apposé un préfixe « World » – pouvant même, dans le cas présent, se spécialiser en « Tribal » – devant ce bon vieux « Metal ». Du côté de l’Océanie par contre, on était jusqu’à présent resté un peu à l’écart de cette entreprise de réappropriation locale des standards de la musique qui grogne. Mais ça c'était avant. Car Alien Weaponry propose dorénavant de combler cette lacune, et à cette fin prend de vitesse les Aborigènes d'Australie afin d’être le premier du continent sur le créneau.

 

Le propos du jeune trio néozélandais est on ne peut plus simple : agrémenter le Groove/Thrash Metal des Pantera, Machine Head, Sepultura & consorts de ce genre d’invectives hostiles rendues célèbres via le haka des incontournables All Blacks. A priori ce mélange pourrait sembler relativement naturel, car d’un côté comme de l’autre, il s’agit plus de se concentrer sur la puissance et l’efficacité que sur les fioritures. Côté pile, le groupe capitalise en effet sur les riffs gras et les rythmiques headbangogènes plutôt que sur des structures Prog ou des contorsions guitaristiques. Côté face, l’apport local se cantonne principalement à des Hakouna Matata ulcérés lancés par des hordes grimaçantes – ne cherchez pas trop les instruments traditionnels ou la lumière d'une sagesse ancestrale, ce n’est pas la spécialité des Messieurs…

 

Et c’est là que le bât blesse. Parce que musicalement, Tangaroa nous propose une longue heure de plans assez basiques et de riffs réchauffés, que de lourds clins d’œil à Gojira et quelques tatouages maoris ne réussissent pas à transfigurer. La musique instinctive, viscérale, reptilienne, cela peut fonctionner quand le compositeur est pris d’une bouffée de génie ou qu’il défriche des territoires véritablement inconnus. Par contre quand un groupe se trouve être le N+1ème à tenter de faire du neuf avec du vieux, il vaut mieux qu’il n’espère pas être qualifié de « futur du Metal », monter sur des scènes majeures ou signer avec le management de Slayer, Mastodon & co… Pourtant c'est bel et bien l’histoire qui est en train d’arriver à Alien Weaponry. Je crains d’ailleurs que mon cerveau doive ranger cette information hallucinante dans la même case où il a remisé les couv’ accordées à Bullet For My Valentine et le succès commercial de Bring Me the Horizon : celle étiquetée « Il doit y avoir un sens à tout cela mais il m’échappe »…

 

Histoire de ne pas casser du sucre sur le dos de la formation sans motif valable – et de ne pas passer sous silence les quelques moments appréciables de l’album – consacrons un paragraphe à farfouiller un peu dans la tracklist (nb : passez directement au suivant si ce genre d’exercice vous gave). On commencera par ce que Tangaroa a de mieux à offrir en s’attardant sur « Hatupatu », qui réussit à séduire malgré ses gros sabots de plomb – notamment grâce à un riff directement extrait de la discographie de Pantera, et à un refrain simple et bon (... par contre dur de rester sérieux quand les gugusses beuglent « Mon Titi Ma Tata ! »). Le morceau-titre arrive lui aussi à accrocher l'auditeur grâce à un autre riff efficace, plus sepulturien celui-ci. Par contre la fin est d’une non-finesse rare, le charclage d’humus saccadé qui démarre à 3:55 étant aussi commun qu’étouffe-chrétien. On sauvera également « Blinded », titre encore une fois simplissime mais qu’un refrain relativement profond sauve de la médiocrité. La remarque pourrait presque s’appliquer aussi à « Buried Underground », mais arrivé à ce stade de l’album on commence à en avoir vraiment ras le bandana de ces compos se vautrant dans la facilité la plus crasse. Dernier morceau que l’on sauvera de la purge, « Dad » réussit à enduire ses riffs d'un groove particulièrement cool, ce qui le rend plus sympathique que la moyenne. Mais en dehors de ces quelques titres – qui sont tout de même loin d'être irréprochables – nul plaisir. A noter une looongue pleurnicherie sous la pluie intitulée « Unforgiving » qui finit comme un Gojira sur la soupe. Un « Crooked Monsters » qui démarre sur les terres de « One », fait un tour du côté du River Runs Red de Life of Agony avant de retourner gojirer dans les champs. Ainsi qu'un final fidèle au contenu de l’album, dont le refrain s'avère par contre assez moisi, et qui devient quelque peu décousu sur la fin. Drôle de façon de nous quitter…

 

Le futur du Metal, Alien Weaponry, vraiment ? Serait-ce un signe de plus que la fin des temps est proche ? Si c’est vraiment le cas, votre dévoué lapin a de grandes chances de devenir sous peu un rétrograde assumé (Allez vas-y Jordan : les commentaires sont là pour que tu puisses pourrir ce con de chroniqueur qui n’a rien compris…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Tangaroa est le second album d’un groupe dont le mélange de Metal velu et de folklore maori est censé révolutionner le petit monde des musiques amplifiées. Mais la réalité est tout autre. Car quand on enlève les ambiances de sous-bois tropicaux, les Hakuna Matata vénères et les halètements de rugbyman en pagne, il ne reste finalement que du bon gros Charolais-core qui tache constitué à 90% de World Groove Metal sepulturo-gojirien, et à 10 % de morceaux plus radio-friendly, parce que vous comprenez, il faut brasser large. Conclusion : oui, mais non.

photo de Cglaume
le 09/09/2021

1 COMMENTAIRE

CROM

CROM le 09/09/2021 à 11:43:31

la grosse ethno-honte ce combo

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