Animals As Leaders - Parrhesia

Chronique CD album (36:56)

chronique Animals As Leaders - Parrhesia

La pochette de Parrhesia est à la fois superbe et légèrement dérangeante. On y retrouve cette élégance sobre rappelant l’esthétique japonisante d’un Kenzo, mais aussi une sorte de référence biblique déviante où, plutôt que de jouer les dealers de pommes, un serpent plus sournois que jamais chercherait à réaliser l’inspection gynécologique (l’image suggère l’utilisation du verbe déflorer) d’une Eve virginale. Si les titres des pistes de ce 5e album ne semblent pas particulièrement militer dans le sens de cette 2e thématique, la sophistication raisonnée caractérisant les 9 morceaux nouveaux, les pistes intitulées « Red Miso » et « Asahi » (on cherche l’inspiration dans les restaus à sushis Tosin ?), et quelques subtiles saveurs asiatiques (allez : ces touches synthétiques pouvant évoquant une geisha courant sur les pointes au sein de « The Problem of Other Minds ») semblent suggérer qu’Animals As Leaders ne serait pas contre une nouvelle tournée passant par Osaka et Tokyo.

 

Mais la nipponification du groupe s’arrête là. Car pour sa nouvelle cuvée, le chantre du Metal moderne instrumental reste solidement campé sur ses acquis, à savoir 1) une guitare lead experte, aussi loquace qu’expressive, qui remplace avantageusement les brailleurs postillonneux 2) une rythmique à la fois progressive et djentophone, qui sait s’effacer mais apprécie tout particulièrement les déferlantes barbelées et les massages à la paille de fer 3) des interventions électroïdes rappelant que le groupe est contemporain de la quadrilogie Matrix et du développement de l’Intelligence Artificielle. Alors non, ce dernier point ne signifie pas que Parrhesia retourne dans les froides coursives de l’incroyable vaisseau Weightless. Par contre il ne consacre plus guère de temps aux promenades bucoliques vers lesquelles s’était orienté un The Joy of Motion parfois un peu trop pastoral.

 

Ce nouvel album « se contente donc » d’explorer un peu plus le registre singulier qu’Animals As Leaders a fait sien. Et non, la lassitude n’est toujours pas au rendez-vous : car avec un tel niveau technique et au sein d’un genre aussi peu pratiqué, il reste beaucoup à dire. Et pour le coup le groupe sait choisir judicieusement ses mots – je sais, le caractère instrumental de la chose rend l’image un peu boiteuse. Tosin nous invite donc à de nouvelles promenades, au pire intéressantes (l’interlude New Age « Asahi » qu’un Townsend aurait pu placer sur Casulaties of Cool), au mieux magnifiques. On prend notre pied sur « Conflict Cartography », superbe mise en jambe qui démarre sur des langueurs cétacés avant de prendre de l’altitude pour délivrer, à 3:52, un message proprement divin. On met avec délectation les deux doigts dans la prise Meshuggah afin de se faire secouer la couenne par les décharges spasmodiques envoyées sur « Monomyth ». On reçoit avec abandon le délicat massage « Red Miso », plein de subtils décalages, de caresses à la plume et de coups de brosses légers. On écarquille les yeux sur les contrastes de « Micro-Aggressions » qui, d’un côté manifeste l’activité fiévreuse d’un insecte désorienté, et de l’autre déploie sans en avoir l'air des éléments quasi-néoclassiques. Et l’on se dit qu’il est quand même incroyable, à une époque où des chars russes sont détruits grâce à des drones ukrainiens connectés à une constellation de satellites américains, que l’on puisse à nouveau ressentir ces sensations qu’un Joe Satriani provoquait dans les 80s / 90s avec ses trois premiers albums.  

 

… « Un Satriani upgradé dont la version de framework serait compatible avec les derniers standards technologiques » : oui, c’est une définition tout à fait acceptable du statut qu’a atteint Tosin Abasi aujourd’hui. Et Parrhesia rajoute quelques coussins et dorures supplémentaires au trône sur lequel celui-ci est assis de pleins droits. Nos hommages Votre Altesse !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: cinquième table des lois du Metal instrumetal 2.0 selon Animal As Leaders, Parrhesia continue d’explorer l’univers Prog / Tech / Djent virtuose dans lequel les Américains sont quasiment les seuls à évoluer. Un peu plus électroïfiée que The Madness of Many, cette cuvée 2022 n'est pas un retour aux niveaux de froideur et de grandeur atteints sur Weightless, mais elle propose un cocktail délicieux de tout ce qui fait la singularité et l’excellence du groupe... Imparrhable.

photo de Cglaume
le 22/04/2022

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