Bent Sea - Noistalgia

Bent Sea - "Noistalgia"
chronique Bent Sea - Noistalgia

« Il était zoum-zoum-zen, dans son Bent-Bent-Bent… »

 

Non, non, cette intro-clin d’œil ne signifie pas que Dirk Verbeuren, heureux papa de ce tout nouveau « groupe » nommé Bent Sea, se lance dans le rap metal, ni dans le filon zen récemment exploité par Devin Townsend sur Ghost. Oh non! Le but est plutôt de souligner le fait que le batteur francophone le plus en vue de la scène metal (sorry Flo Mounier!) aura mis le temps et zéro stress dans la conception de ce joli bébé joufflu rien qu’à lui.

« Zéro stress » parce que Bent Sea ne s'est pas franchement créé dans l'urgence, mais 20 ans après que le monsieur ait commencé à agiter ses baguettes au sein de plus de groupes (Scarve, Soilwork, Aborted, Sybreed, S.C.D., The Devin Townsend Project, Yyrkoon) qu’on ne compte d’hectolitres de bière sifflés au Hellfest. Et pour en rajouter dans la "relax attitude", l’aventure commence tranquillou avec un EP autoproduit au format numérique plutôt qu’avec un digipack deluxe sorti sur Season of Blast.

Et « rien qu’à lui » car en plus d’y taper-sur-des-bambous-et-c’est-numéro-1, Dirk y joue de la guitare, y compose la totalité des titres (excepté la cover de « Bullshit Propaganda » d’Extreme Noise Terror) et y a collé sa trombine sur le vert de la pochette.

 

L’ennui, en général, avec la configuration one-man-band, c’est 1) la solitude, le soir, au fond du studio 2) ou la difficulté à motiver ses troupes, quand troupes il y a. Le plus simple reste encore de faire – plus ou moins ponctuellement – appel aux potos. C’est ce qu’a fait Dirk en confiant le micro à Sven De Caluwé, Mr Aborted, qui brille ici dans un registre « polyphonies de l’extrême », ainsi que la basse, le mixage et le mastering à Devin Townsend – oui oui, c’est ça, le doux dingue canadien. De quoi faire saliver le chaland… Et obtenir un gros son où rien n’échappe à l’auditeur vigilant, sans pour autant perdre en rugosité ou en sauvagerie. Bref, du volume, mais pas de javel.

 

Maintenant, soyons francs: je ne me goinfre pas de grind à longueur de journée. Il me faut de la variété (du « changement », pas de la « variétoche », bande de rigolos!), de la lisibilité, et idéalement un peu d’accroche pour adhérer. Et Noistalgia est justement calibré pile-poil pour les chochottes de mon genre. N’abusant pas de la formule 20-secondes-overblastées-Buîîîkrrr-et-c’est-fini, nos trois mousquetaires ne s’étalent que sur un gros quart d'heure, et varient raisonnablement le propos. Si si. Ainsi, si les beuteries bordélico-blastées (initials B.B.B.) restent assez fréquentes (et jouissives), on est également tenus en haleine par de nombreux plans gorgés de l’efficacité basiquement teigneuse du punk’n’crust, par quelques passages plus death, ainsi que par quelques moments d’errance en terrain plus torturé et ralenti (au milieu de « Common Affliction », sur la 2e partie de « Tripwire Target », ou plus flagrant encore sur le paysage désolé de « Fool For Life ») comme Napalm Death nous en sert parfois une petite louche sur ses albums (Remember « Contemptuous » ou « Morale »?). Le groove est également de la partie – par exemple sur le ping-pong vocal de « Grind Control », ou sur la fin d'un « In One World » Carcass-esque en diable –, ainsi qu’un sympathique solo (hérésie!!) interprété par Sylvain Coudret (Scarve) sur « Dead Meat ».

M’enfin l’esprit reste avant tout sauvage, limite déraisonnable, le sentiment prédominant étant sans conteste l’urgence.

 

Variété, sauvagerie, efficacité, urgence… Noistalgia répond parfaitement au cahier des charges du skeud grind qui marque et dure. Plutôt « old school » dans l’esprit, cet EP est certes relativement classique, mais clairement pas basique, la forme étant suffisamment variée et léchée pour ne pas rebuter les âmes sensibles. En clair, cette première sortie de Bent Sea vient s’incruster direct dans ma petite sélection du grind qui fait du bien aux oreilles en plus d'attendrir la nuque et les nerfs.

 

 

 

 

La chronique, version courteNoistalgia est le premier EP d’un all star band qui fait dans le grind classique – grosses racines punk inside! – mais varié, et pas bêtement régressif.

photo de Cglaume
le 15/02/2012

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