The Devin Townsend Project - Ghost

The Devin Townsend Project - "Ghost"
chronique The Devin Townsend Project - Ghost

Bon, récapitulons: Ki, première émanation discographique du Devin Townsend Project, était une mise en bouche rafraîchissante – d’aucuns diront légère – et sympathique. La suite, autrement dit Addicted, plus orientée pop metal croustillante, avait renoué avec le niveau d’excellence dont le canadien chantant est coutumier. Les inconditionnels du coup de boule métallique attendaient néanmoins avec impatience Deconstruction, l’autoproclamé grand coup de pied dans les roustons censé prouver que Devin pouvait encore nous exploser les baffles sans pour cela avoir à s’enpoudrifier les naseaux ni à téter de la canette à même le goulot. Problème: MC Townsend a noyé ce supposé shot d’adrénaline discographique dans un gros gloubi-boulga créatif décousu aussi digeste qu’un space cake au platre. Snif. Dernier pilier de l’édifice quadricéphale bâti à l’occasion de ce projet, Ghost était annoncé comme la carte la plus calme du carré d’as.

 

Gné? Plus calme que Ki? Mazette, ça va roupiller sec sur la grille de mots fléchés!

 

Certes, certes, il y avait de quoi avaler de travers. Sauf que – bien qu’il ne soit pas infaillible, l’actualité récente nous ayant servi de piqure de rappel – Mr Townsend s’est plus d’une fois révélé plein des ressources nécessaires et suffisantes pour convertir le fan de grind moyen en adorateur de hard FM, et réciproquement. Et Ghost est une quasi-nouvelle preuve de ce génie musical multipotent.

 

« Quasi » oui, parce qu’avec Ghost:

* et de 1, l’amateur de gravity blast part quand même avec un gros (GROS) handicap

* et de 2, les critiques formulées à l’encontre de Deconstruction à propos de ses longueurs excessives peuvent à nouveau en partie s’appliquer ici

C’est un fait, sur ce nouvel album, Devin crée un univers musical 100% non-violent, au sein duquel le batteur semble se contenter de délicatement épousseter ses toms, tandis qu’une flûte nous promène de cimes verdoyantes en traversins douillets, et que des voix caressantes nous chantonnent de rassurantes berceuses. Dans sa grande majorité, la musique proposée sur Ghost est donc ouatée, moelleuse, vaporeuse, délicate... Bref: c’est ambiance Nature, Zen & Découvertes, quand on n'a pas carrément l'impression d'être dans la salle d’attente d’un yogi ostéopathe new age. Donc pour pogoter là-dessus, va falloir s’envoyer de sévères cocktails d’ecsta/Red Bull derrière la cravate!

 

N’empêche que ce bon sang de bois de Devin réussit quand même à séduire, à glisser de ces mélodies captivantes, de ces dynamiques multicouches joyeuses, de ces amples passages à la sérénité contagieuse qui finissent par briser les réticences de principe qu’on avait initialement décidé d'adopter. C’est un fait, on adhère plus vite que prévu au mélange voyage chamanique / vol onirique proposé sur « Fly », on se coule agréablement dans la pureté et l’angélisme des mélodies de « Heart Baby », on acquiesce à la justesse et la légère mélancolie d’un « Kawaii » simple et beau. Et on passe carrément à la vitesse supérieure sur un « Ghost » sublimement frais, ainsi que sur le sobrement joyeux « Blackberry » dont la justesse n’a d’égal que celle de la feuille de menthe fraîche aposée au sommet d'une part de crumble melon & miel (Metôôôôôôôôôl comme imagel!!!! ... Non?).

 

Mais il y a un « mais ». Un « mais » qui crée un lien malheureux avec Deconstruction. Un « mais » qui transforme un « Feather » au début sublime en une longue digression zen inconsistante – qui finit même par être carrément gonflante (au terme de 11 minutes 30, ça devient le terme adéquat…). Un « mais » qui, sur la 2e moitié du titre, fait glisser la plénitude Townsendienne incarnée qu’est « Texada » dans un brouillard chiantissime de bruits légers et diffus. Un « mais » qui, sur une grosse partie de la seconde moitié de l’album, se perd dans des ambiances brumeuses, dans des échos insaisissables, dans des expériences furtives aussi planantes, rassurantes et relaxantes qu’elles sont inintéressantes pour l’auditeur dont l’essentiel du plaisir habituel est pris au sein de la sphère metal.

 

L’avantage de Ghost sur Deconstruction, c’est qu’on en attendait sans doute un peu moins (Bon, là je parle surtout pour moi): on est donc agréablement surpris d’y trouver autant de bonnes choses et d’instants finalement dignes d'un Synchestra ou d'un Ki, quand ce n’est pas carrément d'un Terria (comme sur le fabuleux début de « Feather » par exemple). Par contre les quelques dérapages malencontreux décrits ci-dessus ainsi que les longues plages de formol new age empêchent l'album de prétendre à une place dans le peloton de tête des productions Townsendiennes.

Il n’empêche que Ghost est encore l’un de ces albums majestueux comme seul notre canadien préféré sait en écrire. Toutefois assurez-vous préalablement de ne pas être fondamentalement hostiles à la démarche entreprise ici, celle-ci visant manifestement à retranscrire en musique l’expression d’une béatitude tranquille et sereine – ce que des oreilles non réceptives ne manqueront pas de percevoir comme d'épaisses tranches de naïveté sucrée.

 

 

 

 

La chronique, version courte: Devin Townsend se met au yoga et à l'infusion à la bergamote. Il n'est pas loin d’entrer ainsi en symbiose avec son Moi intérieur... Dommage que l’album se prenne parfois les pieds dans les chakras.

photo de Cglaume
le 20/10/2011

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