Chaos Sanctuary - Instrumentality

Chronique CD album (32:17)

chronique Chaos Sanctuary - Instrumentality

Demandez voir à Jack Lang si 2023 a été une bonne année pour le Metal technique. Je vous fiche mon billet qu’il vous répondra « Formidââââb’ ! ». Et même s'il ne s'agit pour lui que d'un réflexe purement pavlovien (Jackot c’est un peu la Boîte à coucou du formidâb’ – putain comme j’enchaîne les références de vioque !), en l’occurrence, dans le cas présent, son constat serait particulièrement pertinent. Car crénom, quand on fait le bilan de cette année bénie des Dieux du sweeping, on réalise qu’on a dû écarquiller les tympans sans discontinuer face aux exploits de Venus, Gorod, The Zenith Passage, Demoniac, Xoth, Carcariass, Alkaloïd, Terminalist, Anarchÿ, Carnosus, Stortregn... Tellement de sorties, à vrai dire, que le temps a manqué pour vous parler de la totalité de celles-ci. Et encore, ne sont cités ici que les groupes ayant des prétentions tech-xibitionistes explicitement revendiquées, mais il faudrait encore citer tous les progueux virtuoses et autres artisans extrêmement pointus (tiens: Haken par exemple) qui ne cherchent pas à figurer à tout prix sur la photo de famille, et que l'on a donc un peu vite évincés de ce bilan…

 

Il va falloir ajouter un nom à la liste ci-dessus. Celui de Chaos Sanctuary.

Des retardataires dont le tout premier album, Instrumentality, est arrivé sur le fil, le 29 décembre.

Une formation du New Jersey qu’on nous vend comme tout particulièrement indiquée si l’on est fan de Revocation, Inferi, The Faceless et Cattle Decapitation (... une liste de références alternatives arrive quelques lignes plus loin).

Une bande de jeunes geeks manifestement passionnés par Neon Genesis Evangelion, un animé servant une énième version du thème des « mecha » – ces colosses dont l’armure et le blindage donnent à Iron Man de faux airs de Oui-Oui (Allez quoi : Goldorak, les Transformers… vous voyez de quoitoncause, ça y est ?).

Des loustics particulièrement géniaux qui réussissent à nous trouer le cul (…en même temps on leur avait préparé le terrain…) en proposant une approche relativement personnelle de la « Tech Death attitude ».

 

Mais mettons à présent le doigt sur cet endroit où se niche le 2e effet Kiss Cool des Américains. Ça se passe juste là, dans ce subtile jeu de contrastes qu’on découvre en faisant un pas en arrière – car comme l’ensemble est superbement ficelé, on pourrait ne pas le remarquer au premier abord. Regardez bien : si l’on simplifie un peu l'équation histoire d'y voir plus clair, on constate que ce qui caractérise la griffe de nos loustics, c’est une approche mixte empruntant le riffing colossal, les saccades de golgoth et la froideur robotique de Beneath the Massacre, avec la luminosité mélodique et les leads élégants de Gorod. Si l’on ne peut donc parler de véritable opposition frontale « Beauty & Beast », ou de clairs obscurs tranchés, vous comprenez néanmoins que la formation arbore deux visages sinon opposés, du moins relativement distincts. Mais ces janusseries vont en fait bien plus loin. Car tel un Sleep Terror nuancé, Chaos Sanctuary pique quasiment chacune de ses compos d’un ou deux passages tranchant fortement avec la tonalité générale, qu’il s’agisse d’un break langoureux (à 2:38 sur « Synchronization »), d’une parenthèse moyen-orientale (les perçus débarquent à 1:57 sur « The Second Impact »), d’une touche latine (à 1:08 sur « Phlegmatic Invader »), d’un gratouillage de basse funky/Spontex (à 2:03 sur « Blood of Secrecy ») ou d’un écart country redneck (à 1:32 sur « Instrumentality »). Non, ne frissonnez pas : la chose n’est ni Nawak, ni artificielle. Il s'agit d’épices subtiles, de sucré-salé qui rehausse sans dénaturer.

 

Pour évaluer la réussite de cette recette, mesurons à présent la température de la tracklist à l'aide de notre tubomètre à résonance endorphinienne. On le constate alors très vite : du tube, il y en a. La grosse soufflante « Synchronization », par exemple, qui démantibule comme Archspire, sprinte comme un groupe de Melodeath ayant bu la potion de Panoramix, et laisse ses saccades de cyborg dégouliner d’un groove monstrueux. Mais également « Phlegmatic Invader », qui met certes un peu de temps à s'extraire de la formule classique "Sweep sur lit de télégraphie et de matraquage bourru", mais qui va se loger immédiatement au sommet des chefs d’œuvre intemporels du genre dès lors qu’il ouvre la vanne latine en beau milieu de morceau, formant alors la vision surréaliste d’un Beneath The Massacre vêtu d'un costume de meneuse de revue brésilienne. Citons encore « Blood of Secrecy », sa basse barbelée, ses rondeurs accueillantes, et son final townsendien. Ainsi que le morceau-titre, qui mêle saccades imparables à la Decapitated, fulgurances Thrash, gras délicieux, ainsi qu'une superbe sortie de route Hillbilly.

 

Petit plus à ne pas négliger : les morceaux sont relativement courts, histoire de ne pas nous surmener le système digestif.

Et si « Reassimilated (To be Detonated) » aurait pu y aller de main moins morte sur le clavier synthétique, en revanche on apprécie que le seul instrumental du lot (tu parles d’un titre d’album mensonger !) offre une pause (RELATIVE) au sein de cette véhémente demi-heure, ceci en adoptant le sourire bienveillant de Devin Townsend ainsi que la douce tiédeur de leads estivaux échappés du The Extemist de Joe Satriani.

 

Au passage, "ceux qui savent" seront sans doute heureux d’apprendre que Rick Graham (je vous ajoute un lien pour que vous alliez vérifier qui est le Monsieur, des fois que) a couché un solo sur « Synchronization ».

 

Gros panard, donc ?

Gros panard. Du genre pour lequel on ne trouve pas de Crocs à sa taille.

Si vous êtes faits en sucre ou que vous ne jurez que par les craquements du gramophone, vous jugerez peut-être que la chose est un peu trop froide, un peu trop déshumanisée. D'autant qu'on glisse presque sur la pente du Djent part moments. Mais si vous aimez les groupes cités en pagaille dans les lignes ci-dessus, vous vivrez à l’écoute d’Instrumentality quelques moments vraiment exaltants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : la monumentale et froide force de frappe de Beneath The Massacre. Plus un gros supplément de mélodies enjôleuses lorgnant du coin de l’œil vers Gorod. Auxquels il faut encore ajouter d’occasionnelles – et géniales – extravagances à la Sleep Terror. Sans compter un peu de ceci, et une touche de cela, parce que Chaos Sactuary ne fait clairement pas dans le monolithique bas du front. C’est tout cela qui fait la séduisante singularité et l’extrême virtuosité d’Instrumentality, premier album d’une formation incroyablement prometteuse.

 

 

 

photo de Cglaume
le 26/03/2024

10 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 26/03/2024 à 14:29:37

Pas mal du tout ces histoires.

cglaume

cglaume le 26/03/2024 à 17:50:01

À mon sens, si on apprécie la triplette Beneath The Massacre, Gorod, Sleep Terror, on ne peut qu'aimer 🙂

Pingouins

Pingouins le 26/03/2024 à 17:59:41

A part cette pochette tout à fait immonde, je suis souvent bon client du tech death. Je pense que c'est d'ailleurs un de nos rares points de rencontre musicaux ahah 😄

cglaume

cglaume le 26/03/2024 à 18:16:53

😅

Black Comedon

Black Comedon le 27/03/2024 à 19:53:20

Il est vraiment très bien cet Album, presque frais, ça tabasse mais ça respire et ça c'est beau ! Première satisfaction de 2024

cglaume

cglaume le 27/03/2024 à 20:25:29

Sauf qu'il ne pourra pas figurer dans le top 2024, vu qu'il est sorti en 2023, le coquin 😅

Pingouins

Pingouins le 27/03/2024 à 21:51:20

C'est pour ça qu'il y a le #TopTropTard !

Black Comedon

Black Comedon le 28/03/2024 à 11:06:34

Oui bon je suis en diagonale ou alors j'étais pas frais... 😁 
Quand j'ai vu le nom je croyais que c'était Instrumental, j'ai été surpris au premier titre 😃

pidji

pidji le 28/03/2024 à 12:05:04

En même temps, sortir un album le 29 décembre, c'est vraiment une idée à la con pour les Top Albums 😁

cglaume

cglaume le 28/03/2024 à 13:15:22

Clair

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