Devin Townsend - Epicloud

Devin Townsend - "Epicloud"
chronique Devin Townsend - Epicloud

En de pareilles circonstances, Caliméro lancerait son célèbre: « C’est vraiment trop injuste! ». Bah oui: là où les fans classiques acceptent sans broncher que leur groupe fétiche sorte de nouveaux albums décents tous juste agrémentés de 1 ou 2 morceaux au-dessus du lot, pour les groupies Townsendophiles, c’est un chef d’œuvre sinon rien. À entendre ces fines gueules, les opus post-Terria ne sont que de mignonnes offrandes manquant de l’inspiration des débuts. Physicist? Pas assez focalisé, et trop proche de SYL. Accelerated Evolution? Trop tiède. Synchestra? Du sous-Terria. Ziltoïd? Trop Grand-Guignolesque. Même chose pour la tétralogie démarrant avec Ki: c’est toujours trop ou pas assez. Que chacun de ces albums contienne de pleines poignées de tubes démentiels n’y change rien, car il y a toujours un "mais": tel titre est trop fade, tel autre rappelle un ancien morceau, et tel album se contente de dérouler la démarche artistique entreprise sur un précédent au lieu de poser les fondations d’un genre nouveau… C’est là le dilemme du génie: il est contraint au miracle perpétuel, sous peine d’être livré à l’opprobre de ceux censés le soutenir.

 

Eh bien même dans ce contexte « hostile » – ou du moins exagérément exigeant – Devin réussit l’impossible. Car Epicloud est bel et bien ce nouvel album immaculé que les fans les plus irascibles appelaient désespérément de leurs vœux. Epicloud, c’est la formule gagnante « tubes quasi-pop / Anneke Van Giersbergen / patate et joie de vivre » qui caractérisait Addicted, mais cette fois transposée dans les espaces démesurés d'Infinity et transcendée par cette sérénité toute puissance qui émanait de Terria comme de Synchestra. Et de fait Epicloud a cet effet que seules les drogues dures, les fadaises Walt Disney et la trépanation procurent habituellement: ce sentiment de paix intérieure, de béatitude rayonnante, de symbiose ultime avec l’univers… Sauf que contrairement aux méthodes euphorisantes précédemment évoquées, ce shoot musical donne également envie de déplacer des montagnes, de se draper dans un manteau d’océan, de rentrer dans une communion copulatoire avec Gaïa, le tout sur fond de feu d’artifice céleste. Tiens, je ne serai pas une vieille ganache d’anarcho-libre penseur, ça me donnerait envie de croire en Dieu!

 

Bon, on va quand même tirer un peu sur les rennes: les chevaux de l’exaltation sont en train de s’emballer méchamment là! Vous l’aurez sans doute compris, avec Epicloud, Devin revient au registre de la puissance optimiste, et nous propose une nouvelle salve de bombes musicatomiques bourrées ras la gueule d’énergie positive. Ça commence dès « Effervescent! », intro magique rappelant des chœurs Queen-iens rehaussés d’un enthousiasme sacrément communicatif. Puis on plonge dans « True North », première vague de chaleur purifiante qui semble résonner sous la voute d’une cathédrale aux dimensions cyclopéennes. Suit « Lucky Animals », morceau-poil à gratter malicieux qui est un peu le « Vampira » de ce nouvel album: gouailleur, taquin, ce titre vient planter son refrain et sa démarche frondeuse dans votre cervelet afin d’y faire son lit pour de nombreuses semaines.

 

Autre petite entorse à la couleur « Séjour all inclusive dans les hauteurs olympiennes » qui domine la palette d’Epicloud, « Liberation » fait briller les chromes d’un hard rock fédérateur qui n’aurait pas dénoté au cœur de la tracklist d’un Def Leppard des grands jours. Puis retour à la fraîcheur zen de « Where We Belong », morceau dont on ne se méfie pas jusqu’à ce que la force de son refrain aille titiller d’un peu trop près nos glandes lacrymales à force d’enfoncer notre sternum sous le poids de sa formidable charge émotionnelle. Et alors qu’on sort tout chamboulé de cette caresse éprouvante, « Save Our Now » vient à nouveau nous faucher les pattes, nous laissant à genoux, éberlués devant la révélation de l’évidente nature divine de ce flot éblouissant de lumière sonore.

 

Tiens mais… Soudain, alors qu’on a encore les muscles cardiaques dans un état proche de la guimauve liquide, un exercice d’artillerie familier résonne à nos oreilles hypersensibles... Qu'est-ce donc? Prolongeant une entreprise de dépoussiérage commencée sur Addicted avec « Hyperdrive », Devin et Anneke revisitent en effet l’exceptionnel « Kingdom », dont les secousses sismiques terrassent sans mal l’auditeur arrivé jusqu’à ce stade avancé de l’écoute de l’album. Par contre le côté un peu « facile » et à peine justifié (le morceau reste quasi-inchangé) de l’exercice nous font redescendre légèrement de notre transe mystique. M’enfin on imagine sans mal l’effet que peut avoir cette bombe sur une oreille encore vierge. Passé cette grosse rafale de décibels, « Divine » nous propose un retour en position fœtale dans l’écrin d’une clairière du jardin d’Eden. Puis on s'en retournera une nouvelle fois dans la basilique St Devin pour un « Grace » monumental, du genre qui vous propulse loin au-dessus de votre dérisoire enveloppe charnelle.

 

Le reste de l'aventure continue à très haut niveau, mais soyons francs: « More! » n’est QUE très bon. Suit la doublette « Lessons » / « Hold On », soit la transposition musicale d’un réveil scintillant… Sur un lit d’hôpital, puis de la visite d’amis porteurs d’un message d’espoir dont on ne voit pas comment il pourrait ne pas faire mouche. Les adieux sont finalement donnés depuis le chœur de la chapelle « Angel » où officie une Anneke décidément éblouissante. Et c’est le cœur gros, mais rasséréné que l’on redescend sur terre en classe affaire, avec atterrissage sur lit de roses.

 

Est-il vraiment nécessaire de conclure alors que les effets d’Epicloud sur l’organisme du chroniqueur se voient aussi explicitement que le nez au milieu de la trombine d'un Pinocchio mythomane? Epicloud ne vous procurera pas la dose de violence sonore d’un SYL, non: si c’est ce que vous cherchez, passez votre chemin. Mais Epicloud vous transportera à nouveau à des hauteurs que peu des précédents opus du père Devin avaient atteintes – en tous cas sur une durée aussi longue. Bref, cet album est l’affirmation renouvelée du génie du petit chauve grimaçant. Bordel, ce mec est un extraterrestre!

 

 

 

 

 

La chronique, version courteAddicted + Infinity + Terria. Ni plus ni moins. Ce qui, pour l’auditeur, se traduit en une transe extatique ininterrompue… 

photo de Cglaume
le 20/11/2012

15 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 20/11/2012 à 09:35:10

Honnêtement je ne comprends pas toutes les chroniques mitigées que j'ai pu lire. On n'a pas du écouter le même album !

el gep

el gep le 21/11/2012 à 03:42:23

Humpf, hâte d'entendre tout ça! Après, c'est normal d'être exigeant avec un drôle de type comme Townsend... Il est aussi capable du pire - ou pas loin - même si dans ce cas il peut être... drôle. Mais du coup, il y a toujours quelque chose à prendre. Niveau pochettes, ça fait un bout qu'il nous sort (ou "valide") des horreurs cosmiques, aussi, mais finalement peu importe.

cglaume

cglaume le 21/11/2012 à 06:52:43

La pochette, Cobra résumait ça assez bien: "Jean Michel Jarre au pays de Stratovarius" :))))))

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 12/01/2013 à 18:53:54

Alors dans le top ou pas dans le top ?

cglaume

cglaume le 12/01/2013 à 19:15:19

Dans le top !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/01/2013 à 20:38:10

Excellente chro mais comme j'ai un coup de fatigue, j'ai lu que les deux dernières lignes.
Je déééééconne: j'aime beaucoup "les chevaux de l'exaltation sont en train de s'emballer méchamment". Je note, je note ... en remplaçant "chevaux" par "chien galeux" et "méchamment" par "haineusement", je le ressortirai.

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 12/01/2013 à 22:16:52

ouaip, j'ai failli le glisser dans le mien... mais j'ai essayé de prendre un seul skeud par genre (que j'écoute ou chronique)... mais il était au pied des escaliers du top 10 pour ma part

cglaume

cglaume le 12/01/2013 à 23:37:51

@C-C: attention, la violation de copyright maquillée coûte vachement cher si on est un petit nouveau ! :)))))))))))))))))
@K.: comment ça, t'appliques des quotas ?

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 13/01/2013 à 00:25:02

ouaip pour cette année (un par "genre")... faut varier les plaisirs... comme 2012 était blindée, dur dur le devoir de fin d'année

gromatou

gromatou le 28/04/2013 à 17:05:58

Ouai, un extraterrestre, un génie, on est d'accord Cglaume!belle chronique à nouveau!

cglaume

cglaume le 28/04/2013 à 17:50:26

Merci ! :)

el gep

el gep le 14/10/2013 à 15:53:25

Bon sang ce que c'est positif! Créfieu comme c'est sirupeux! Comme c'est kitsch! Mais vingt-démons comme c'est atypique! C'est beau et ridicule à la fois. Sacré tour de magie... Je ne sais qu'en penser au final. En tout cas, la chronique est juste, je rajouterais juste qu'il y a un côté gospel... d'un autre monde, oui.

cglaume

cglaume le 14/10/2013 à 16:33:52

Volume (au sens géométrique) sonore de cathédrale, exaltation quasi-mystique: pas étonnant que ça fasse penser au gospel. D'où un registre lexical que je n'ai d'ailleurs pas réussi à éviter (immaculé, transcendée, toute-puissante, béatitude, communion... La liste est longue !)

el gep

el gep le 14/10/2013 à 20:01:15

"Save Our Now", par contre, c'est une blague? Y'a de l'auto-tune là-dedans, non?
Bigre, il est quand-même dur à avaler, ce morceau. Extrême, dans un sens...

cglaume

cglaume le 14/10/2013 à 21:56:08

Tatata... Laisse toi pénétrer (** allez, desserre-moi ce sphincter **) par la présence Devine sans trop faire chauffer ta marmite à neurones...

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