Dissimulator - Lower Form Resistance

Chronique CD album (41:33)

chronique Dissimulator - Lower Form Resistance

Allez hop, encore un de ces superhéros improbables dont le Metal est friand. On avait déjà Annihilator, Sarcator, Detraktor, Protector, Hexecutor, Redemptor, Krabathor, Alcoholator… et là je me cantonne à une fraction seulement des groupes chroniqués en ces pages par le gugusse qui vous cause, c’est dire le réservoir de vengeurs masqués dans lequel Marvel peut puiser s’il se mettait à manquer d’inspiration ! Or (… c’est le mot), il faut bien le dire, en adoptant ce genre de blaze caricatural, les formations en question revendiquent plus ou moins consciemment une conception assez bas du front de notre musique préférée. Pourtant on ne peut pas dire que Dissimulator fasse dans le Crossover Thrash bestialement teuton, ni dans le Power Dungeon & Dreavy Metôl. Car même si son premier abord – au niveau du « chant » notamment – est un peu bourru, la formation québécoise s'avère tout à fait fidèle à son origine : hautement technique, et guidée par une muse abonnée à Casse-Tête Chinois Hebdo.

 

En même temps, quand on abrite en son sein des membres, ex- ou non, de First Fragment, Beyond Creation, Serocs et Sutrah, on fait rarement dans le Beatdown Hardcore. C’est donc presque logiquement qu’on finit par accoler l’étiquette « SF Techno-Thrash/Death » au patronyme des Montréalais.

« Techno-Thrash » plutôt qu’un bête « Thrash technique », pour insister sur l’affiliation avec la branche old school du genre, ces riffs joliment tortillons et ce son subtilement poussiéreux renvoyant à une version ursidée de Watchtower – voire d’Obliveon pour rester en Amérique francophone.

« … / Death », parce que l’approche est rugueuse, grumeleuse même, parfois. Au niveau du chant évidemment, mais également rythmiquement, les blasts n’étant ici clairement pas interdits – quoiqu’il ne soit pas non plus hyper fréquents.

Et « SF », parce que comme beaucoup des groupes portés sur le Metal fractal ces derniers temps, Dissimulator a beaucoup écouté le Voivod des débuts. Celui qui, au sortir d’une adolescence un peu Punk, pogotait sur des planètes aussi lointaines qu’hostiles.

Mais les étiquettes sont là pour être malmenées, surtout par les formations à haut niveau de virtuosité. C’est pourquoi l’on n’est pas étonné d’entendre à maintes reprises, en parallèle des fulgurances techniques attendues, de bonnes grosses mosheries en bermuda à la Anthrax. Ainsi que – à l’opposé, si j’ose dire – de ces lignes de chant vocodé dont Cynic a été le chantre, il y a des lustres de cela.


Lower Form Resistance – puisque c’est quand même lui qui nous rassemble aujourd’hui – est le premier album de cette toute jeune formation. Et il mérite amplement son adoption par 20 Buck Spin. Car ses 7 généreuses pistes ne sont pas avares en moments délectables égrainés le long de compos relativement alambiquées. Ah ça, on ne fait pas le tour de l’édifice en une petite écoute, en espérant pouvoir en dresser le plan de mémoire ! La chose doit se travailler, patiemment, le crayon à la main et le compas à l’oreille, afin d’en comprendre les détours et d’en apprécier les proportions. Alors c’est sûr, il suffit d'entendre l’hallucinante intro de « Neural Hack » une seule et unique fois pour avoir la mâchoire qui bée, son bouillonnement de cymbales et de cordes fureteuses faisant voler une pluie de folles étincelles devant nos tympans éberlués. Mais il est nécessaire de bosser le sujet plus en profondeur pour que, au bout d’un moment, les lunettes 3D se positionnent comme par magie devant nos yeux, nous permettant ainsi de distinguer les impressionnants reliefs, les contrastes judicieux, et les différentes couches coulissant habilement les unes sur les autres. C’est alors que s’ouvre à nous « Outer Phase », son groove caoutchouc, et sa focale Death Metal balayant très large. C’est également après ces laborieux efforts que l’on goûte tout le sel de ce morceau-titre ayant le piquant du moustique, la force de narration d’un Voivod en cours d’emproguification, et l’inventivité fulgurante de la startup métallique faisant feu d’artifice de tout bois.

 

C'est un fait : non, Lower Form Resistance n’est pas un album facile (… contrairement au dernier Venus). En revanche, oui, c’est une véritable tuerie de Thrash/Death affuté qui ravira quiconque n’attend pas uniquement de son bol de Metal quotidien qu’une occasion de renverser son godet de bière tiède sur le t-shirt suintant de son pote de moshpit.

 

… C’est moi ou les Dieux du Metal technique se sont vraiment sortis les doigts ces derniers mois ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : vous n’êtes jamais rassasiés de Thrash/Death virtuose, et après les derniers Xoth, Venus, Demoniac et autres Terminalist, vos connexions auriculo-cérébrales restent obstinément turgescentes ? Enfournez donc le premier album de Dissimulator là où ces choses s'enfournent, et goûtez le généreux héritage de Watchtower et de Voivod qui en coule, nuancé de grumeaux Death Metal et de quelques traces d’Anthrax (oui oui, aussi). Et s'il est vrai que Lower Form Resistance n'est pas du genre à se dévoiler dès le premier soir, ses arômes n'en sont que plus prononcés, et plus persistants sur les papilles auriculaires.

 

photo de Cglaume
le 02/04/2024

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