Venus - Obscured Until Observed

Chronique CD album (51:22)

chronique Venus - Obscured Until Observed

Tous les ans ou presque, une fois le Top de fin d'année définitivement bouclé, Driiiiiiiiiiiing, un retardataire sonne à la porte. Et à raison, celui-ci réclame : « Attendez, attendez : j'ai acheté mon billet, laissez-moi monter à bord ! ». On s'y est habitué. On sait pertinemment, à chaque fois qu'on établit ce classement, qu'on va en laisser sur le carreau. Par contre, de mémoire de lapin, il n'était jamais arrivé qu'un tel rendez-vous manqué concerne la pole position. Il fallait bien que cela arrive un jour, me direz-vous, en vieux sages avisés que vous êtes... Sans doute. En tous cas, ça y est. Et c'est d'autant plus rageant que ce loupé concerne ni plus ni moins que Venus, la déesse de l'amour.

 

... Ce qui explique peut-être la violence du coup de foudre, d'ailleurs.

 

Quoiqu'il y ait anguille sous roche...

 

Mais si :

- quand elle est de Milo, la Venus est censée être sans bras : or sur Obscured Until Observed ça riffe comme si Shiva et Kali étaient à la manœuvre derrière les 6-cordes.

- quand elle est grecque – ce qui est le cas du groupe dont on cause aujourd'hui, puisqu'il vient d'Athènes – la déesse de l'amour s'appelle Aphrodite. Venus, c'est là où tous les chemins mènent : chez les Romains.

 

Du coup c'est à n'y plus rien comprendre !

Ou alors c'est l'eau de vie de prune d'hier soir. Il aurait mieux valu ne pas finir la bouteille...

(Une planète dites-vous... ?)

 

Allons droit au but à présent, ça nous changera : Obscured Until Observed, premier album du duo de guitaristes / vocalistes (un chant clair & un chant de petite teigne blacky) qui se fait appeler Venus, est une bombe thermonucléaire de Thrash technique, légèrement rehaussé :

 

1) de Metal extrême couleur corbeau – au niveau du chant et de quelques rythmiques, essentiellement

2) de poussées Prog jamais prétentieuses ni prise de tête

3) de sprints et de mélodies Heavy/Speed qui tagada-tagadatent à en perdre haleine

4) d'accélérations brutales façon ESS Enterprise, parce que depuis Killing Technology la caste des méta-barons adorateurs de Voivod (i.e. Vektor, Vexovoid, Voight Kampff, Venus – donc – mais également les anomalies alphabétiques Xoth et Droid) n'a cessé de placer son univers dans les confins d'un cosmos habité de trous plus noirs que l'âme d'un avocat en droit fiscaliste et d'entités lovecraftiennes plus gluantes qu'un groupe parlementaire d'extrême-droite au Parlement européen.

 

Sans rire, ce skeud est aussi ahurissant que sublime.

Comment peut-il s'agir d'un premier album ?

Et comment peut-il être encore meilleur que le dernier Xoth, sorti peu de temps (même pas 2 semaines) avant lui ?

 

Pour continuer le parallèle avec ces Américains, affirmons doctement qu'Obscured Until Observed est semblable à Interdimensional Invocations, le démentiel deuxième album de ceux-ci. Aussi bien en termes d'accroche, de dextérité instrumentale, de sophistication... qu'au niveau de l'impact sur l'auditeur, qui ressort éberlué et conquis de son écoute.

 

Mais si l'on veut être plus exhaustif quant à la liste des noms qui jaillissent dans notre esprit au long de ces 50 grosses minutes, outre les évidents Voivod et Vektor, il faut également citer Into Eternity, pour ce duo chant clair / shrieks et cet élégant mélange de virtuosité brûlante et d'aristocratiques mélodies. Ainsi que le Death de The Sound of Perseverance, dont la présence est manifeste après l'intro twilight-zonesque de « Subatomic Search For Human Consciousness ». Et Autonoesis également, quand le niveau de beumeuhterie monte d'un ostensible cran (au début de « Artificially Prologned Existance » par exemple).

 

Que du divin, donc, sur Obscured Until Observed. À moins que vous ayez envie de faire la fine bouche sur l'interlude « Alive », qui commence par une sieste en lévitation empruntant parfois des arpèges au « Call of Ktulu » de Metallica, avant de faire vrombir son moteur Thrash avec moins de finesse qu'en d'autres recoins de l'album...

 

Mais même si l'on peut trouver que certains passages – voire certains morceaux dans leur intégralité – sont plus aigue-marine que saphir, on ne sort jamais ici de la haute-joaillerie. Et pour moi qui vous cause avec des étoiles plein les yeux, des pans entiers de l'album sont déjà entrés dans la légende du genre. Tel le titre « City of Nektron », qui cavale avec un panache fou, à la rescousse d'on ne sait qui – mais on adorerait être à sa place. Tel l'imperfectible « Circus Strange », rutilant d'excellence métallique, fougueux et fringuant, qui provoque de pleins tsunamis de frissons de plaisir. Tel « Venus Legacy », que l'on croit au sommet tout du long, jusqu'à ce que, à l'abord de son dernier tiers (cf. la barre des 3 minutes), nous soit balancé un pur éclat de génie, riff de diamant qui transcende toute la fin du titre. Tel « The Arrythmic Pulse Of Universe », qui aurait mérité de terminer l'aventure tant sa chevauchée conclusive représente pour moi l'idéal de la fin d'album laissant le fan avec de la buée dans les yeux et l'irrépressible envie de remonter à bord du formidable bolide dont il vient de descendre.

 

Mesdames et Messieurs, ne vous laissez pas berner par l'éjapublication précoce de notre Top de fin d'année : en 2023, le meilleur album sorti par un groupe riffant et headbanguant est Obscured Until Observed. Toute autre affirmation n'est que mensonge ou ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : vous adorez Interdimensional Invocations de Xoth. Ainsi que toute la discographie de Vektor. Mais également Into Eternity, les derniers albums de Death, sans oublier Autonoesis. Eh bien sachez-le, vous dont l'âme se pâme quand elle est exposée à un savant cocktail de dextérité technique, d'excès de vitesse et de mélodies fringantes : le meilleur album de 2023 s'appelle Obscured Until Observed et a été livré par une formation grecque répondant au séduisant nom de Venus.

photo de Cglaume
le 07/02/2024

2 COMMENTAIRES

noideaforid

noideaforid le 16/02/2024 à 13:33:10

Tu as utilisé les superlatifs qui collent bien à cette tuerie. Le côté surprenant est d'avoir un album de 50 mn intense niveau vitesse et j'ai juste envie de le faire encore tourner plus d'une fois. Et ça c'est quand même assez fort de donner ce genre d'envie. 

cglaume

cglaume le 18/02/2024 à 07:11:43

... Et c'est ça qu'c'est bon ! 🤘🙂

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