E-an-na - Nesfârşite

Chronique CD album (1:04:45)

chronique E-an-na - Nesfârşite

Si mon vieux cerveau embiéré ne me joue pas de tours, la première fois que je suis rentré en contact avec E-an-na, c’était via leurs compatriotes de Dirty Shirt. J’avais jeté une oreille distraite à l’EP Jiana qu'on m'avait alors recommandé, sans m’esbaudir ni que cela m’émeuve durablement (bam: un peu de vieux François et de subjonctif, histoire de remuer les bretelles de la génération Insta’). Affaire classée sans suite, donc... Mais les T-shirts Sales – manifestement proches du groupe – ont remis le couvert en m’envoyant un lien vers le titre « Pielea », extrait du 2e et nouvel album: accordéon mutin, piano, ambiance cabaret, Metal joufflu, joie de vivre sur ressorts, swing à tous les étages, petit arrière-goût de Diablo Swing Metal / Kontrust… Du pur Miam, avec un grand M et une grande âme! En une écoute c’était plié: achat direct’.

 

Diantre mais dites-moi: il semblerait que pour une fois le premier paragraphe d’une chro lapinesque ne soit pas que circonvolutions frivoles et jeux de mots à 3 roubles! Car vous aurez compris en le lisant que E-an-na est un groupe roumain qui a 2 albums et un EP dans sa hotte, et qu’il ne pratique pas le Funeral Doom. Vous aurez même saisi qu’il se trame quelques-chose entre eux et mes chouchous de Dirty Shirt. Et pas qu’un peu, d’ailleurs. Car non seulement nos jeunes poulains ont assuré la première partie du Folkcore DeTour en 2017, mais ils ont de plus renouvelé l’exploit de leur aîné la même année en se classant 2e au Wacken Metal Battle. C’est dire si les destins de ces deux Poulidor étaient liés! En ce qui concerne le genre pratiqué, non, E-an-na ne fait pas dans le Nawak Metal fourmillant. Ou tout au moins pas systématiquement. Car « Pielea » est plus une exception qu’une règle, même si le bondissant « Pânda » et ses bruitages fermiers frôlent les limites du genre, de même que « Viu » dont l’enthousiasme débordant rappelle par moments les plus débridés des titres de Trollfest sur Helluva.

 

En réalité Nesfârşite est la création d’un groupe de Folk Metal baignant dans les musiques traditionnelles roumaines, mais piloté par deux blackeux. D’où une composante Metal bien musclée. Ce qui peut expliquer que si la musique du groupe évoque à 30 gros pourcents l’univers du groupe de Mihai Tivadar, son côté exubérant et sa dimension plus extrême (ainsi qu'un chant féminin très présent) le rapprochent aussi des géniaux Zmey Gorynich. Le riffing est souvent moshy/velu à la mode Néo-Folk de Dirty Shirt, mais il se fait aussi Thrash, Death mélo… Ainsi que Djent meshugguien, par petites touches, notamment sur le dernier tiers de l’album. Les titres, souvent longs, sont de joyeux et denses entremêlements de pistes où cohabitent section métallique, instruments nombreux (flûtiaux, accordéon, violons, piano, cornemuse-ou-presque, et même de la guitare manouche) et mille-feuilles vocaux. Mille oui, car outre des performances tradi’, des beuglements saturés divers et du chant clair, E-an-na pratique aussi les chœurs, le chant de gorge « à la Mongole » (vers le fin de « iO.tă »), ainsi que le registre « diva Rock » (sur « În frânt »). Le résultat est un grand bouillonnement de vie et de notes à la fois mélodique, varié, touchant, enlevé, épique et festif.

 

Mais si j’évoque un « bouillonnement », ce n’est pas pour sous-entendre que rien ne ressort de cette fiévreuse fiesta euro-rientale. Car des titres préférés émergent rapidement dans le Top perso de l'auditeur, aux côtés du « Pielea » précédemment évoqué. Comme « iO.tă », qui accouple superbement flûtiau et batterie (à 3:38) et stridule adroitement de la gratte (cf. à 4:25). Ou comme le très typé « Dance on the Graves » qui s’offre un break foufou rappelant Unexpect à mi-parcours (vers 2:08), puis prolonge son effort dans des sonorités plus Klezmer / Secret Chiefs 3-iennes. On appréciera également nombre de breakdowns particulièrement efficaces (Bam dans le gras, à 2:41 sur « Pânda ») – ce qui rebutera sans doute une partie de l’assistance, au même titre que les quelques djenteries finales.

 

De ce côté-ci de l'écran nous n’avions plus vraiment besoin d’être convaincus, mais un album de cette trempe prouve à qui pourrait avoir besoin de l’entendre que la Roumanie n’est clairement pas le parent pauvre de la scène Metal européenne. Alors même si comme moi vous ne savez pas comment se prononce un S affublé d’une cédille, que cela ne vous empêche pas de vous plonger avec gourmandise dans ce Nesfârşite qui a largement de quoi convaincre au-delà des cercles fermés des fans de Folk-Machin-core.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: mélodique, enjoué, couillu, varié, touchant, épique, pétillant, le spectre du Metal proposé par E-an-na est large. Si sa musique porte avant tout l’habit du Folk Metal, celui-ci s’avère bien plus varié, plus touffu, plus groovy, et plus fou aussi. On pense beaucoup à Dirty Shirt et à Zmey Gorynich, mais les titres sont moins systématiquement festifs, plus émo-mélo-épiques – quoique les breakdowns et les saccades Djent y squattent également souvent. Bref Nesfârşite est un album riche, qui ne doit pas être uniquement ramené à sa composante (et à un public) Folk.

photo de Cglaume
le 26/03/2020

2 COMMENTAIRES

dayedayedaye

dayedayedaye le 26/03/2020 à 19:21:58

Merci pour la chronique !!
J'ai découvert ce groupe grâce a dirty shirt , qui en parlait souvent sur Facebook et je dois dire que l'album tourne vraiment souvent chez moi !
Certains titres sont excellents a l'image de "aer" , "zadar" , "Mashiara (feat. Daniel Neagoe)" !!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/03/2020 à 21:23:50

Purée ça fait un moment que je devais les chroniquer eux. Il m'avait envoyé chais plus quoi chais plus quand. Voilà...

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