Endless Floods - Endless Floods

Chronique K7 (36:00)

chronique Endless Floods - Endless Floods

Petit plongeon dans cette masse informe, suintante, boueuse et marécageuse qu’est devenue le doom de nos jours avec cette première cassette des bordelais d’Endless Floods. En effet, ça fait un petit paquet d’années maintenant que cette scène tourne en rond à mes yeux, tout comme ses cousins dégénérés que sont le sludge et le stoner. Pris en étau entre une modernité faite de messe noire en mousse d’un coté et un classicisme éculé dont l’hommage n’arrivera probablement jamais à la cheville du plus mauvais morceau de Sleep de l'autre, ces armées de chevelus adeptes des amplis orange et de marie-jeanne m’ont gentiment fait fuir les salles de concert depuis quelques temps déjà. Parce que soyons clair, je n’ai rien contre un certain classicisme musical, ni contre le mélange de styles, mais encore faut-il de la fraicheur et j’avoue que beaucoup de groupes jouant en dessous des 90 bpm en manquent cruellement ces derniers temps.

 

Alors oui, pour enchainer des riffs à trois accords sur des plages de parfois plus de 10 minutes, il y a intérêt à faire preuve d’une sacrée créativité ainsi que d’une foutue envie d’en découdre… Parce que ça botte qui d’écouter « smoke on the water » ralentie quatre fois ?... Je veux dire sans avoir fumé 10 pétards auparavant... Ben pas moi en tout cas.

 

Si je vous dis tout ça, c’est justement parce qu’on retrouve un peu tout ce que j’ai pu évoquer au-dessus tout au long de ces quatre titres qui constituent ce premier effort du trio. On a bien les riffs à trois accords, les plages à rallonges, les tempos extrêmement lents, l’empilage d’amplis et de distos. Stylistiquement on retrouve aussi une dynamique qui pourrait très bien nous rappeler les vieux schémas des groupes de doom (voire de sludge) traditionnels, mais aussi cette fameuse modernité qui pousse visiblement les bordelais à ne pas se fixer de limite, tant dans la durée que dans la concision, tant dans les accalmies que dans les explosions, tant dans la mélodie que dans le déluge de larsen, tant dans l’hommage que dans la révolution. Plus important encore, on retrouve bel et bien cette fraicheur dans la musique du groupe. Certes le propos reste ancré dans une certaine sobriété (tout comme l’identité visuelle du groupe, très simple et pas du tout connoté metôl), mais ça n’empêche aucunement le disque de nous entrainer dans le petit périple de 36 minutes qu’il nous propose… Peu importe qu’un riff ait déjà été entendu, peu importe qu’aucun de ces quatre titres ne révolutionne le microcosme gluant de la scène.

 

Je parlais de sobriété plus haut : il est vrai qu’à l’instar de prods plus typées hardcore voire punk, le son est ici rude et cru jusque dans ses phases les plus crystallines pendant lesquelles on entend très distinctement le souffle des amplis hurler derrières les accords de guitare cleans. Les passages les plus lourds, eux aussi, sonnent très directs, sans fioritures, surplombés par un chant hurlé lui aussi à la lisière d’un hardcore particulièrement vénère. Le ton quand à lui est résolument triste et mélancolique, très loin du satanisme bon marché ou de la foire à la ganja habituelle. Il est d’ailleurs assez déstabilisant d’entendre autant d’urgence, de sincérité et de transparence dans une musique aussi lente et fidèle aux arcanes stylistiques du genre. Seuls certains arrangements de guitares biens dissonants nous guideront à l’orée d’une musique plus alambiquée et (vaguement) plus démonstrative mais ne nous y trompons pas pour autant : tout ici pue la sincérité et la simple envie de torcher des compos qui flinguent sans donner dans l'exercice de style ni sans s'imposer la moindre limite. C'est un disque de doom, ok, l'auditeur éclairé (ouais ouais, je parle de moi là) s'étonnera tout de même de se manger des émotions qu'il serait peut-être plus habitué à ressentir à l'écoute de ses disques de screamo ou de post-punk cafardeux.

 

Maintenant on est bien d’accords, l’envie ne suffit souvent pas, tout particulièrement quand on en est à l’étape du premier effort phonographique. Mais avec les armes dont les bordelais se sont dotés à la force de leur inspiration et à la sueur de leur front, le pari est plus qu’honorablement relevé... Y a plus qu'à tendre l'autre joue pour les branlées futures. 

 

Je conclurai tout ça par des remarques qui resteront de toute manière bien moins intéressantes qu’une seule minute de cette cassette :
- deux tiers du trio est composé par des membres de Monarch !
- j’avais oublié le traditionnel namedropping : Yob, Sleep voire Harvey Milk… Faites-en ce que vous voulez.
- Le logo du groupe est en Arial black (ou Verdana bold, à voir), ouais, faudra attendre un peu pour te chopper un patch branchouille pour ta veste en jean noire.

photo de Swarm
le 23/03/2016

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