First Fragment - Gloire Éternelle

Chronique CD album (01:11:30)

chronique First Fragment - Gloire Éternelle

« Le [Brutal] Death technique: comment aller plus loin ? Vous avez 2 heures… »

 

Ce que ne dit pas l’énoncé ci-dessus c’est que les réponses « Grindcore », « War metal », « Powerviolence » et « Harsh Noise » ne sont pas acceptées dans ce contexte. Car l’aspect « technique » doit rester central dans le cadre de votre exposé. Alors reprenons : comment repousser les limites d’un genre comme le Brutal Death technique ? Comment aller plus vite que Beneath The Massacre, Archspire et leurs copains sans tomber dans le Metal extrême assisté par ordinateur – et donc ayant perdu son âme ? Comment faire plus dense que les canevas à mailles excessivement serrées produits par les maisons Origin, Odious Mortem, Decrepit Birth & co ? Tellement de groupes se sont déjà heurtés aux plafonds du genre, comment jouer les Monsieur Plus tout en restant sexy ?

 

Les excès de Ratatatatam supraluminiques et les structures méta-fractales ayant de sérieuses tendances à provoquer des saignements de nez, la solution à ce casse-tête se devait d’être trouvée ailleurs. Réfléchissez un peu : qui donc se voit affublé de qualificatifs tels que « over the top », « excessif », « monstrueux », « exubérant » ? Cherchez bien… Mais oui : DragonForce. Et en remontant à la force des bras l’axe des temps : Yngwie Malmsteen. En voilà de la technique époustouflifiante qui fait béer des mandibules et écarquiller les globes oculaires ! Elémentaire mon cher Robert : tu enlèves la chemise à jabot des gugusses, tu confisques les claviers criards, tu remplaces les trilles emperlouzées par du bon vieux growl de bonhomme, tu vires les poc-poc sur peaux molles pour balancer du blast, et là tu le tiens ton Tech Brutal Death reloaded !

 

Sauf que les gars de First Fragment voient plus loin. Ils savent pertinemment que ça risque de ne pas suffire : « Tu peux être sûr qu'en ne misant que sur des compos purement néoclassiques, les cœurs fragiles s'enfuiront illico en se pinçant le nez ! Non et non : notre premier EP et l’album Dasein ont réussi à secouer le landerneau tech-death-métallique comme peu de groupes auparavant. Alors foi de Québécois, non seulement nous irons plus loin, mais nous brasserons plus large ! Soyons ambitieux que diable, et tentons de fédérer au-delà du public purement technogeek. Et pour cela humanisons-nous un peu. Avec ces floraisons leads à n’en plus finir, on devrait réussir à donner de la matière aux adeptes de mélodies. Par contre il faudrait également engroovifier la chose. Alors allons piocher chez Gorod de ce groove imparable qui séduira les headbangueurs raffinés. Pour ne pas fatiguer les petits estomacs, prenons de plus garde à bien aérer tout cela. Et puis pour capter les oreilles en terrasse des bars à tapas, collons également tout plein de grattes acoustiques dans la marmite, en ne lésinant pas sur les accents andalous qui seront autant de glaçons dans les sangrias. Enfin, pour consolider le grand écart entre public généraliste et nerds élitistes, convoquons Domi’ Lapointe, ex-Beyond Creation toujours en activité au sein d’Augury. Avec sa basse fretless qui slappe autant qu’elle ronronne, on devrait mettre d’accord tout ce petit monde et rameuter derrière nous autant de métalleux émoustillés que de rats derrière le joueur de flûte de Hamelin ! »

 

C’est ce mélange gagnant qui se retrouve donc aujourd’hui dans les bacs, affublé de l’étiquette Gloire Éternelle. Et celui-ci s’avère effectivement affolant de maestria tout en restant accessible, confondant de dextérité tout en étant compréhensible. Ça a beau gigoter, s’exciter, filer comme une particule élémentaire dans un synchrotron, plutôt que de bloquer, éberlué, pendant 2 minutes, puis de s’ébrouer, agacé, quand les premières migraines commencent à arriver, on reste collé à la vitrine, la bave aux lèvres, la pupille heureuse, les cervicales convaincues et oscillantes. Certes le résultat à perdu un peu en barbarie – d’où le « Brutal » entre crochets de l’énoncé, tout là-haut – mais l’allure reste excessive, le poil dru, la cuirasse épaisse. Les supernovas explosent, les tronçonneuses taillent dans la foule, les trompettes de l’apocalypse font un boucan de tous les diables, mais le tout s'inscrit dans un mode susceptible d’émerveiller petits et grands.

 

Pour vous convaincre du bienfondé du pari que fait First Fragment sur sa cuvée 2021, laissez-vous séduire par le morceau-titre, ses castagnettes qui mettent même Impurezza à l’amende, son break semblant slappé par un Gorod à bretelles. Admirez l’accélération de cette K-2000 baroque qui s’envole après que Michael Knight ait appuyé sur Turbo Boost à 1:18 sur « Solus ». Laissez votre bassin vivre sa vie au début de « La Veuve et le Martyr » sur un groove sismique semblant sorti tout droit des derniers Trepalium. Puis admirez le spectacle vers la barre des 4 minutes, lors de ce jaillissement d’étincelles en « twin tapping ».

 

Certains auront peut-être du mal devant tant de générosité instrumentale. Deux solos différents – on ne parle alors plus de « twin guitars » – mais complémentaires, en même temps ? C’est pas too much ? Un morceau de plus de 8 minutes, un autre de plus de  9… Et « In El », qui atteint 18:54 ? Alors oui, les capteurs saturent un peu parfois, sur la longue (71 minutes quand même !!). Mais globalement, lors de l’écoute de cette œuvre monumentale, on est plus souvent comme Stendhal à Florence que comme Ugo Tognazzi au cours de son dernier repas dans La Grande Bouffe. On peut évidemment trouver par moment la musique des Québécois un peu bavarde, mais le discours est tellement sublime ! Alors oui, mille fois oui : gloire éternelle à First Fragment !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: une heure dix de virtuosité, voilà ce que nous propose Gloire Éternelle. Alors certes, les informations sous lesquelles First Fragment nous inonde peuvent sembler surabondantes. Oui la volubilité des leads empreinte souvent les voies néoclassiques. Mais contrairement à nombre de ses collègues death-techniciens, le groupe reste fluide, compréhensible, mélodique, et même incroyablement groovy. Ainsi que digeste, oui, parfaitement. Alors ne négligez pas cet incroyable 2e album qui offre le meilleur de Gorod, Beneath The Massacre et DragonForce, rehaussé d’une basse de toute beauté. 

photo de Cglaume
le 18/10/2021

2 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 23/10/2021 à 18:41:41

Hâte d'entendre tout l'album, pour le moment je le préfère à l'Ophidian I, que je trouve trop "mielleux" et dégoulinant de mélodies. Mais là, je suis assez emballé par le mélange des genres pour le coup.

cglaume

cglaume le 24/10/2021 à 01:15:59

Ah ça, cet album est plus aventureux, c'est sûr

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