Jørn “Necrobutcher” Stubberud (auteur) - Mayhem 1984-1994 : Les Archives de la Mort

Chronique Livre (264 p. )

chronique Jørn “Necrobutcher” Stubberud (auteur) - Mayhem 1984-1994 : Les Archives de la Mort

2024… La formation norvégienne légendaire Mayhem célèbre ses 40 ans d’existence !

2024… L’album cultissime De Mysteriis dom Sathanas est sorti il y a 30 ans !

2024… Les Éditions des Flammes Noires fêtent leurs quatre ans et la publication de leur premier livre, Non Serviam. L’histoire officielle de Rotting Christ !

 

Il était donc tentant de faire télescoper ces trois anniversaires le temps de cette recension portant sur une des sorties marquantes de cette jeune société d’éditions : Mayhem 1984-1994 : les Archives de la Mort dont les photos, les textes et les tripes sont tout droit « extraits » du bassiste fondateur Jørn “Necrobutcher” Stubberud, cet « enfant de l’obscurité ». Ce témoignage, dont l’intensité des images et la sincérité du propos sont deux qui ne font qu’un, est né de l’initiative de Svein Strømmen, journaliste norvégien spécialisé dans la musique qui a contacté Jørn pour un article, finalement devenu un livre à part entière, sorti en Norvège en 2015. Ayant eu les heurs de la rédaction de la préface, qui retrace de manière limpide et fort utile une première décennie d’existence particulièrement … heurtée, ce journaliste n’y va pas par quatre chemins, faisant de Mayhem « le groupe norvégien le plus important de tous les temps » (p. 13). Des mots forts sont également posés dans la postface par Thurston Moore, membre du groupe Sonic Youth et boss de la maison de disques Ecstatic Peace, puisqu’il place la bande à Necrobutcher « comme le point de départ d’un phénomène universel entièrement nouveau », à savoir « l’un des sous-genres les plus radicaux et plus polarisés, non seulement par la musique mais aussi pour une approche philosophique des rapports entre la vie et la nature, entre l’existence conflictuelle de l’humanité et la force obsessionnelle de l’inspiration » (p. 259).

 

Mayhem 1984-1994 : les Archives de la Mort est un ouvrage cher à Émilien, fondateur des Éditions des Flammes Noires. Et lorsque je lui ai demandé, au cours d’une discussion pendant la dernière édition du Festival 666, quel ouvrage il aimerait me voir chroniquer, c’est celui-ci qu’il m’a brandi. Sans hésitation aucune. Il ne s’agit là que l’un des nombreux festivals qu’Émilien écume chaque année : HF, Motoc’, Sylak, Tyrant, Amarok, Kreiz Y Fest, Mennecy Metal Fest… C’est que son stand commence à être bien sexy avec des ouvrages de première écriture (Saad Jones, Pierre Avril, Sakrifiss), des traductions sur des groupes (Paradise Lost, Moonspell, Behemoth, Ulver et bientôt Obituary) ou encore des monographies sur une scène nationale bien particulière (Finlande, Arménie). Il s’est même rapproché du multi-artiste bordelais Jeff Grimal (Kesys, ex-TGOO) pour publier un très beau livre d’art !

 

Le livre sous revue, sorti en 2020, bénéficie d’un travail de traduction absolument impeccable réalisé par Virginie Binet, mais pâtit d’une police d’écriture bien trop chiche qui pèse un peu au fur et à mesure que l’on parcourt les apports éclairants de Jørn Stubberud sur le récit des premières années de Mayhem. Sans doute est-ce lié à des contraintes éditoriales, pour ne pas avoir un objet-livre trop volumineux, d’autant que s’ajoute à la version originelle quelques pages écrites spécialement pour sa traduction française avec la partie « French Connection », agrémentée des propos intéressants de Mickaël Berberian, fondateur de Season Of Mist, et d’Alexandre Colin Tocquaine, guitariste, chanteur et compositeur d’Agressor. Toute sa place doit être accordée au corpus impressionnant de photos contenues dans les archives personnelles du Necrobutcher. D’ailleurs, à ce sujet, rarement les pages consacrées aux crédits photos (260-261) auront été aussi précieuses pour aborder un tel livre !

 

Au début cela aurait dû être un simple album-photos, mais il s’agit au final de bien plus que cela, d'un livre-miroir dont il ne faut pas forcément s’attendre à ce que Jørn Stubberud s’attarde à chaque page sur les « affaires merdiques qui ont pu se produire ». On traverse au contraire un témoignage étonnamment simple, peu excessif, souvent sincère (« nous avons toujours eu une vision internationale afin de structurer notre business », p. 109), parfois touchant, animé de la ferme volonté de replacer dans cette histoire féconde et violente, ses deux amis partis trop tôt : Øystein Euronymous Aarseth et Dead. Le choix des photographies en administre la preuve. La musique vibre presque à travers elles.

 

« Dès ces débuts, j’ai eu l’intime conviction que notre groupe deviendrait célèbre » (p. 22) … Cette confidence claquée dès les premières pages résonne, surtout lorsqu’on sait qu’à l’origine « en Norvège, il n’y avait rien : aucun label, aucune scène et pas la moindre presse » (p. 81). L’ouverture de ce front pionnier musicale donne une teinte et une épaisseur à tout ce qui suit : le premier live en avril 1985, « œuvre de destruction » au cours de laquelle Jørn tenta de briser son instrument, les premiers groupes déterminants (Mötorhead, Venom, Celtic Frost, Metallica, Bathory), la genèse du logo, les nombreux essais de connections avec les groupes et les labels européens – les demos de 86 et 87 à la main – lors de tournées promotionnelles sur le continent, la tentation de déménager en Allemagne, les conditions minimalistes des répétitions et des enregistrements, les galères de line-up rencontrées par lui et son alter ego Øystein (pour les zikos derrière les fûts et surtout derrière le micro), tout cela rythme ce tout premier Mayhem. Le récit détaillé de ces trois/quatre premières années est vraiment le plus intéressant à mes yeux, un récit qui est à l’image des premières demos est tout à la fois « clair », « brut », « pesant »…

 

Et puis « Death has arrived »… L’arrivée du Suédois Pelle Yngve Ohlin, a.k.a. Dead, à l’hiver 1987-1988 et le renfort de Jan Hellhammer Axel sont l’occasion d’orner ce livre des photos de line-up les plus belles du bouquin (p. 155-187), sans doute en compagnie de celles du duo Necrobutcher-Euronymous prises en 1987 à la gare de Langhus, le « pays de Mayhem » (p. 104-109). La fascination morbide de Dead pour la vie après la mort suinte des images capturées au cours de ces années 1988-1990. Certaines ont été exposées au mythique Grieghallen de Bergen, le 5 août 2022, pendant le festival Beyond The Gates, le jour où la formation norvégienne a rejoué dans son intégralité De Mysteriis Dom Sathanas. Certes les premiers riffs, tels une première pierre, ont été posés dès 1987, mais Dead a définitivement posé son empreinte sur ce méfait : c’est lui qui en a trouvé le titre et écrit les paroles, à l’exception de "Cursed In Eternity". Jørn le concède volontiers et avec une certaine émotion : Dead a « sa place dans l’histoire de Mayhem » (p. 181).

 

Et la suite alors ? Et bien la suite, avec le suicide de Dead, la rupture de quelques années, sa reprise de contact avec Euronymous en 1993, l’assassinat de ce dernier par Varg Vikernes (que Necrobutcher n’avait croisé qu’une seule fois), son propre retour dans Mayhem avec le renfort de Maniac et du Blasphemer (un « diamant brut »), Jørn est volontairement peu prolixe et relègue tout cela à la fin de l’ouvrage. Comme il le précisait dès les prolégomènes, il ne souhaite pas « exploiter ce qui s’est passé au sein du groupe à seule fin de faire vendre quelques pages ou d’accaparer l’attention des médias » (p. 5). Il « emmerde » donc d’emblée tous ceux qui liraient ces pages pour ces affaires-là ! Par exemple, les funérailles de Pelle (p. 220-221) et d’Øystein (p. 240-241, paradoxalement appelées « Résurrection »), deux « êtres chers », sont abordés avec beaucoup de pudeur et de retenue. Et pourtant, il a « en quelque sorte vu venir le fait qu’Øystein serait assassiné. Il était autodestructeur. »

 

En fait, en refermant ce Mayhem 1984-1994 : les Archives de la Mort, en parcourant ce « tunnel temporel » d’une décennie, ne me restent à l’esprit que l’honnêteté du propos et plus encore la force des images, une force que cette recension ne peut d’ailleurs que médiocrement retranscrire avec ses mots….

 

Exposition sur Mayhem, à l’occasion de leur passage au Grieghallen de Bergen

(« Black Metal Is Coming Home », Beyond The Gates, 5 août 2022,

photos personnelles de Seisachtheion)

 

  

 

photo de Seisachtheion
le 30/03/2024

2 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 30/03/2024 à 10:54:56

Je viens de terminer Dayal Patterson
Black Metal: Evolution of the Cult (Extreme Metal, qui g’fait la part belle au débuts, aux interviews de Necrobutcher qui en plus d’avoir une bonne mémoire, fait preuve d’un humour tout norvégien. Les deux ouvrage doivent se compléter à merveille.
Je suis actuelle en train de livre la biographie d’ulver à cette même maison d’édition

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 30/03/2024 à 11:52:25

Y'a un bouquin sur ROTTING CHRIST ???
Oups suis hors sujet là, désolé.

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