Korn - The Path of Totality

Chronique CD album (44:37)

chronique Korn - The Path of Totality

J’avoue ne pas être franchement au fait de l’actualité des musiques électroniques, mais il semblerait que le dubstep ait le vent en poupe vu la récupération qu'en fait la sphère metal ces derniers temps. Ainsi après Iwrestledabearonce et son EP de remixes (It’s All Dubstep), puis Morbid Angel qui frôle l’indigestion sur un Illud Divinum Insanus - The Remixes gavé ras-la-gueule (mais pas seulement de dubstep cela dit), c’est au tour de Korn d’aller doper une muse anémique à coups de gros beats énergisants.

 

Bon alors pour ceux qui ne verraient pas bien à quoi peut ressembler cette drôle de bête qu’est le dubstep: repassez-vous un coup le « Deeper underground » de Jamiroquai, n’en retenez que l’enrobage technoïde, démultipliez par un facteur 2012, épileptisez un peu le bousin et – grosso merdo – vous y êtes. L’avantage de ce sous-genre sur ses cousins électro est qu’il est gras, grésillant et groovy (musique 3G, déjà dispo sur ton app store préféré!) et qu’il se prête aisément à la création d’ambiances rampantes / menaçantes. Bref, plus organique que beaucoup des froids tchack-poum de rave party, le dubstep est finalement tout disposé à être fusionné avec les grosses guitares pour lesquelles nous jouons les VRPs à longueur d’année sur CoreAndCo.

 

Problème: l’initiateur de ce crossover stylistique est un groupe de néo (=> metal tout basique) autrefois au top du succès commercial (=> souci de contenter un large public) mais qui aujourd’hui peine à faire rejaillir le feu de l’ancien volcan qui perdait ses cheveux (=> recherche de buzz à tous prix). Aïe. On aura donc tendance à aborder The Path of Totality avec prudence, voire circonspection, craintif à l’idée de se prendre dans les feuilles une vieille bouffée d'hybride Daft Evanescpunk visant la playlist MTV et une jeunesse peu regardante sur la qualité et le souci du travail bien fait.

 

Heureusement, le constat est loin d’être aussi sombrement chamallow – même si, on le verra, The Path of Totality contient sa ration de gras et de morceaux en carton. Ainsi, cette fusion des genres s’avère-t-elle tout à fait séduisante sur l’amuse-bouche « Chaos Lives In Everything », sur un « Sanctuary » lancinant et doté de vaporeuses envolées mélodiques, sur « Burn The Obedient » – son électro « échos de sonar » et son chouette refrain – ou sur un « Get Up! » aux allures de tube techno-Slipknotien (« Shut The Fuck Up, Get Up! »). Mais le haut du panier est clairement atteint avec « Narcissistic Cannibal » sur lequel le métissage est le plus abouti et le bâton le plus turgescent. Gros tube au goût de reviens-y (le morceau, pas le bâton!), c’est moi qui vous l’dis! Au passage, chapeau à Skrillex, co-compositeur de 3 de ces 4 titres – et donc plombier providentiel du robinet à fric Kornien…

 

Le reste de cette galette varie en qualité comme en impact, le gros son et la force de frappe dubstep semblant parfois servir de cache-sexe à des morceaux pas toujours hyper folichons. Cela ne suffit d’ailleurs pas toujours à rendre enthousiasmant un « Kill Mercy Within » tout monocorde, ou à faire décoller un « Illuminati » dont le soufflé technoïde retombe à chaque fois que Jonathan Davis perce l’artillerie lourde rythmique de ses complaintes nasillardes. Et le pire, c’est que le groupe se loupe sur sa sortie de scène. En effet, ce « Way Too Far » tout collant incarne parfaitement ce que l’on pouvait redouter initialement: du bzoïng-bzoïng creux, des gimmicks Korniens, des whou-ouh-ouh sucrés et un refrain cousu de fil blanc. « Bleeding Out » remonte certes un peu le niveau, mais ça sent encore trop le cliché à gros sabots, que ce soit sur cette intro « piano & techno éthéré » ou sur le passage obligé de cornemuse qui tombe comme une toison crépue dans la soupe tiède.

 

Dommage, d’autant que « Kill Mercy Within » et « Way Too Far » auraient pu être avantageusement remplacés par les 2 morceaux bonus ajoutés à l’édition spéciale. C’est vrai que « Fuels The Comedy » a un goût hip hop fortement prononcé – même pour un public « Biactol/MSN metal » –, n’empêche qu’il a le mérite d’être bien pêchu. De son côté la lourdeur menaçante de « Tension » et ce bon gros pêtage de plomb vocal qui se produit vers 2:44 n’ont en rien à rougir face aux concurrents de la tracklist. M’enfin bon, on ne va pas refaire la bataille.

 

Il faut bien avouer que – bien qu’artistiquement assez « facile » (Korn ne fera jamais dans le prog ou le techno-death) – The Path of Totality n'est pas loin d’être une vraie réussite. Dommage pour les quelques loupés évoqués plus haut, mais finalement cela n’empêche pas que l’on ait régulièrement envie de se repasser la galette.

Et finalement c’est la seule chose qui compte…

 

PS: je vous ai déjà parlé des 2 morceaux bonus de l’édition limitée. Sachez que cette dernière vous offrira en sus le DVD Korn Live: The Encounter, sorti initialement en 2012 pour préparer la venue de Korn III: Remember Who You Are.

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: les albums artistiquement décalés de gros groupes en manque d’inspiration sont généralement fins comme des beignets au saindoux… Sauf que pour le coup, le néo-dubstep de The Path of Totality est vraiment pas mal foutu. Merci Mr Skrillex!

photo de Cglaume
le 19/04/2012

5 COMMENTAIRES

vincent

vincent le 19/04/2012 à 13:26:46

Malheureusement, que reste il à Korn? Plus rien, un nom peut être. Le groupe essaie bon gré mal gré de faire évoluer sa musique, ce qui est légitime. Mais ne nous voilons pas la face, Korn ne plus ce qui l'était, avec Path of totality on s'ennuie ferme. KoRn est décidément à bout de souffle, mais cela depuis quelques années déjà.

Munky

Munky le 19/04/2012 à 14:23:28

A quand les nrj music awards ? Triste d'en arriver là...

Tookie

Tookie le 19/04/2012 à 14:53:29

Non, vraiment pas pour moi ce coup-là. C'est de l'opportunisme artistique. Ce serait encore pardonnable si c'était au final bien foutu mais il n'y a qu'un ou deux titres vraiment sympas. Le reste est une triste bouillie.

et quel malheur ! parce que je les aimais les Korn et n'ai jamais été contre des expérimentations ou autre? Mais là...non, définitivement non.

Ukhan Kizmiaz

Ukhan Kizmiaz le 19/04/2012 à 18:21:17

Quand on pense qu'il y'a plus de 15 ans que Treponem Pal a fait le coup avec 10x plus de pertinence...
En même temps Korn (hum hum bâillements)

gulo gulo

gulo gulo le 29/03/2018 à 10:02:44

Rien de vraiment honteux ; rien de vraiment indispensable.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • EARTH au Petit Bain à Paris le 19 novembre 2019