La Dispute - Wildlife

La Dispute - "Wildlife"
chronique La Dispute - Wildlife

À 20 ans, rien n’est impossible. On traverse les jours en chantant. C’est bien connu. On lole à tout va, comme dirait mon pote Yann. Quand certains bûchent leurs exams, d’autres crament la chandelle par les deux bouts. À moins de 25 ans de moyenne d’âge, La Dispute fait partie de ceux qui se donnent corps et âmes à ce qu’ils font ; à fond les ballons. Véritables bourreaux de travail, ils arpentent la planète indé depuis un peu plus de 5 ans avec une énergie et une persévérance qui ne se sont jamais démenties. Depuis Somewhere At the Bottom Of The River Between Vega And Altair (penser à bien respirer avant de prononcer), les cinq du Michigan s’attèlent à raviver la flamme screamo dans un âtre parfois terne de braises qu’on a trop vite attisées. Dure tâche, mais la démarche de La Dispute est vraiment intéressante et qui plus est, originale : entre engagement militant et patchwork musical.

 

La capacité de La Dispute à étendre son univers musical prend une nouvelle forme avec Wildlife, dernier album en date. Si j’ai utilisé le terme screamo en début de chronique, il ne serait que trop réducteur de limiter le groupe à cette appellation. Certes, ce sont là les racines du groupe. Mais sur Wildlife, la tension hardcore est diluée dans des sonorités beaucoup plus indie rock. Les guitares crunchent avec un minimum d’effets, la basse est ronde à souhait et la section batterie est plus sautillante que martiale. Pour ce qui est du chant, le débat est lancé. On aime, on n’aime pas, mais le phrasé scandé et éraillé de Jordan Dreyer est unique, reconnaissable entre tous. Son style s’affirme d’autant plus sur Wildlife, puisque le groupe prend le parti de proposer à son auditoire un mode narratif. Des tranches de vies peintes en noir, des histoires de gens ordinaires face à des situations extraordinaires, s’enchaînent sur chaque titre. Musicalement, il n’y a pas grand-chose à redire, les instrumentations sont réalisées de main de maître, un mélange plaisant d’un At The Drive In des débuts, d’un Refused qui rocke et de choses plus actuelles. On aimerait seulement en profiter plus.

 

Le côté gouailleur des chansons prend le pas sur les ambiances que le groupe tente d’amener. À privilégier le verbe, La Dispute se rapproche d’un spoken word qui finit par ressembler à ce qu’est le slam pour le hip-hop. Parfois trop cérébral, ce parti pris existentialiste n’est pas pour autant un cliché du genre. Ce n’est pas non plus : « Etre ou ne pas être ? Telle est la question sinusoïdale de l’anachorète hypocondriaque » pendant un quart d’heure. Le petit corps en bonne santé de Jordan Dreyer prend cependant trop la lumière aux autres qui se déhanchent sur du mid-tempo de haute volée. Ce système fonctionne merveilleusement bien sur des morceaux tels que « Edit Your Hometown », « Safer In the Forest… » ou « The Most Beautiful Bitter Fruit », mais retombe quand le discours est trop ambitieux. Car cet album est ambitieux, je n’ai pas dit concept, j’ai dit ambitieux.

 

Peut-être manque-t-il à Wildlife un je-ne-sais-quoi de maturité pour tenir aux tripes de bout en bout. On ressent l’intention, mais elle reste trop contenue pour arriver de manière franche et directe. Un bon album qui aurait pu être un grand album. Encore en pleine construction, l’identité de La Dispute a pourtant de la consistance. La suite au prochain ? Vivement ! Parce qu’à vingt ans, rien ne leur est impossible.

photo de Geoffrey Fatbastard
le 30/11/2011

4 COMMENTAIRES

Pidji

Pidji le 30/11/2011 à 10:07:54

En effet, il manque un petit truc à ce disque, auquel je préfère nettement son prédecesseur. Mais ça reste un disque bien sympatoche à écouter ! Je m'attendais juste à une énorme claque, et ce ne fut pas le cas, dommage.

Kurton

Kurton le 30/11/2011 à 16:58:09

...
Les ambiances, les montees, la narration, tout est genial mieux ++++
Chapeau a eux

Moi je mets mon 9!

BIM

Tookie

Tookie le 11/09/2014 à 10:16:56

Les morceaux comme « Safer In the Forest… » ou « The Most Beautiful Bitter Fruit » et "King park" sont quand même dingues !

pidji

pidji le 11/09/2014 à 10:31:52

Moi il m'endort ^^
Je préfère largement le p'tit dernier, qui aura une place de choix dans mon TOP10 2014 je pense

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