Melt-Banana - Charlie

chronique Melt-Banana - Charlie

La croisade du fan de metal original et barré s’apparente souvent à celle du marchand de congélo en prospection dans le Grand Nord: grands espaces mais (tout) petit marché, la faune locale étant en général peu réceptive. Mais internet aidant, le chevalier en quête du St Nawak finit tout de même par tomber parfois sur de nouveaux filons inexploités en bordure des champs de batailles où il croise habituellement le fer. Et c’est ainsi que Melt-Banana – combo japonais ayant une sandale dans le noise/rock expérimental et l’autre dans l’indus/punk furibard – a fini par croiser la route du cglaume (St Pearly, que ton enthousiasme communicatif soit sanctifié au plus haut des squats!).

 

Pour les ceusses qui – comme moi il y a peu encore – débarqueraient complètement, tel Ali le Kamikaze au Club Med de Guantanamo, dressons une rapide carte des lieux. Melt-Banana est, donc, un groupe de Tokyo qui semble bien faire référence dans le monde de la musique énervée, torturée et bruyante. Sa passion et son activisme se traduisent par une abondante production discographique, un agenda rempli de tournées et concerts (en compagnie de Fantomas, Tool, les Melvins…) et une attitude profondément DIY. Et dans son carnet d’adresses figurent entre autres John Zorn, John Peel ou encore les joyeux lurons de Mr Bungle (avec qui ils ont tourné, et qui apparaissent sur le foutraque « Area 877 »).

Putain de CV, on est d'accord!

 

Bon: japonais, noisy, punk, expérimental... Le portrait-robot de la banane écrasée nippone comment à ressembler à quelque-chose. Il manque néanmoins, pour que le tableau soit « complet », 2 éléments-clés de la personnalité du groupe. Tout d’abord la voix inimitable de Yasuko, qui évoque une nymphette manga de 7-8 ans qui aurait mangé une version cyberpunk de Wattie Buchan (The Exploited). Il faut l’entendre aboyer ses invectives robotiques et aigues, lâcher des hurlements stridents ou jouer les mitraillettes vocales véhémentes pour le croire! L’autre marque de fabrique du groupe réside par ailleurs dans le jeu hyper torturé et hautement épileptique de Ichirou qui tire de sa guitare des sons totalement hallucinants renvoyant Tom Morello au rang de disciple timide de Brassens.

 

Mais revenons à Charlie. Ce 3e véritable album est le premier à sortir sur leur label, A-Zap. A lire ce qui s’en dit, il semblerait que cet opus soit le premier à incorporer des morceaux dépassant la minute et incluant des influences pop. Nom de dieu, si Charlie est un album « rangé », les précédentes livraisons du groupe devaient s’apparenter à un mélange de Napalm Death époque Scum avec Merzbow alors!!! Parce que l’album est loin de faire dans la musique d’ascenseur, et votre système mélomano-digestif a intérêt à être solide s’il veut assimiler la chose sans heurts. A vrai dire, seuls les morceaux baignant le plus dans un esprit punk prononcé (« Circle-Jack », « Spathic!! » et son début limite death/grind, « F.D.C. for short », « Cannot » et sa mosh part death à 1:08, « Giggle on the Stretcher »…) sont suffisamment directs pour mériter le qualificatif de « jouissifs ». Sinon, en dehors d’un « Tapir’s Flown Away » où le noise-rock du groupe se fait plus chaudement moelleux (et vire régulièrement au punk échevelé…), les expérimentations du groupe pèsent un peu trop lourdement sur l’estomac, leur chaos bruitiste menant un peu trop souvent nulle part (cf. « Taen Taen Taen (?) », « Area 877 », « Section Eight »…).

 

Sauf qu’il se dégage un tel charme et une telle personnalité de tout ce boxon qu’on reste béatement admiratif derrière nos enceintes. Un plaisir inédit arrive en effet à émerger de ce foutoir génial malgré le mal de crâne généré. OK, c’est sûr, on ira rarement se caler cette galette sur la platine suite à une injonction primale émanant d’un cerveau reptilien en quête de plaisirs auditifs simples – d’où le plafonnement de la note, la musique devant (pour moi) rester un pur plaisir. Mais le groupe, en dehors d’une aptitude à déchaîner une furie punk rarement égalée, sait parfois faire surgir de son bric-à-brac violemment foutraque de pures accroches ainsi que de singuliers moments de bonheur. A ce titre, « Chipped Zoo On The Wall, Wastes In The Sky… » est emblématique de la mystérieuse – et quasi-oxymoresque – réussite de cet improbable projet artistique: après 3 bonnes minutes d’anarchie noisy faites de scratching guitaristique rebrousse-poils et de white noise douloureux, on voit émerger du chaos une merveille de mélodie mécanico-déglingo-asiatique semblant émaner d’une machine-orchestre désarticulée avançant clopin-clopant vers des horizons incertains. C’est à la fois grotesque et grandiose, étrange et envoûtant… Du pur Melt-Banana en somme.

 

Oh et puis non, démerdez-vous: je ne conclurai pas cette chronique…

 

PS: Charlie comporte un morceau caché – une reprise de « Neat Neat Neat » de The Damned – sur la piste 0 (accessible en faisant un retour arrière depuis la première piste).

 

 

 

La chronique, version courteCharlie est un mariage abrupt de punk déchaîné, de noise bruitiste et d’expérimentations débridées (no japan joke intended) qui frotte salement sur les bords mais qui finit par provoquer de nouvelles sensations plus qu’enthousiasmantes…

photo de Cglaume
le 19/02/2012

2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 24/11/2015 à 23:45:39

Théorie du complot n°147789: c'est Melt Banana qui ont fait le coup, en 1998, tout était déjà écrit.
Voici les preuves irréfutables!
On ne vous dit pas tout.
Ne croyez pas les médias.
Vous êtes manipulés.
Bientôt on va tous être changés en bananes et devenir tout mélangés!!!

cglaume

cglaume le 25/11/2015 à 07:23:25

't'façons les Melt Banana en fait c'est rien que des Illuminati du Mossad alors...

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