Melted Bodies - Enjoy Yourself

Chronique CD album (47:52)

chronique Melted Bodies - Enjoy Yourself

Le fait est suffisamment rare pour qu’on puisse sortir la bouteille de champ’ sans avoir l’impression d’en faire trop: un tout-nouveau-tout-beau groupe de pur Nawak Metal (Melted Bodies from L.A., avec un ancien Local Natives en son sein) vient de sortir un premier album explosif qui s’impose directement comme un nouvel incontournable du genre. Rien de moins. À la limite je peux vous laisser là-dessus, avec le lien Bandcamp en prime, et j’aurais fait mon taf de lanceur d’alerte.

 

Alors qui dit « Nawak Metal » dit forcément – vous devez commencer à le savoir si vous passez régulièrement dans le coin – élucubrations foldingos à la Mr. Bungle se déroulant dans un cadre musical large mais néanmoins renforcé par de grosses guitares velues. Ce dernier aspect est ici tout particulièrement marqué, même s’il ne justifierait pas qu’on transforme l’étiquette « Nawak Metal » en un « Nawak Thrash » ou un « Nawak Death » bien trop typé. N’empêche, les Melted Bodies sont cohérents avec leur patronyme et leur artwork en cela qu’ils balancent plus qu’occasionnellement de méchantes salves de Thrash slayerien (BAM « 99 Scents »), quand ce ne sont pas carrément quelques grosses frappes engrowlisées (VLAN la blasterie à 3:24 sur « Funny Commercials »).

 

Mais le groupe ne passe pas non plus son temps à bûcheronner au lance-roquettes. Son truc à lui – Nawak oblige –, ça reste quand même les cabrioles irrésistiblement frénétiques et autres géniales espiègleries musicales. Et si, forcément, le « grand public » va immanquablement penser à Mr. Bungle quand il écoutera Enjoy Yourself (notamment du fait du chant d'Andy, qui déborde toutefois largement des gimmicks pattonniens pour aller chasser ailleurs, notamment chez Serj Tankian), le nawakophile averti verra plein d’autres voyants s’allumer sur son tableau de bord. Parce qu’un niveau certain de saturation et de férocité évoque tantôt Polkadot Cadaver, tantôt Melt Banana (quand les choses virent aux limites du Punk Noisy), tantôt Circus of Dead Squirrels (quand les sonorités se font plus Indus). La « mécanisation » relative de certains passages évoque également Tub Ring (pour la touche robotique), De Staat (« Phone Tumor » pourrait être extrait de Bubble Gum) ou plus généralement Godswounds. Ainsi que Mindless Self Indulgence quand la gouaille se fait plus particulièrement dansante (« Club Anxious »). Et quand le clavier ne laisse pas échapper des sonorités purement synthétiques limites Synthwave, il s’en va coller des ressorts sous les arpions des Américains pour les transporter jusque dans la fête foraine de 6:33.

 

Allergiques au name-dropping, toutes mes excuses.

 

Sauf qu’il va falloir en rajouter encore une petite couche pour évoquer quelques virées plus particulièrement typées. Comme la fin de « The Abbot Kinney Pedophiles » qui tutoie le meilleur du Leprous le plus récent. Ou « The Rat », sur lequel on note quelques grosses traces de Muse (notez qu'il s'agit en fait d'une reprise de The Walkmen). Ou encore l’exception « Helplessness », délicate et fluide, qui renonce aux breaks incongrus et autres contrastes violents pour progresser brillamment d’une apesanteur sereine rappelant David Bowie vers des paysages Post Metal plus chaotiques, mais pour autant magnifiques.

 

… Les mecs (et meuf, cf. Houda, la bassiste) touchent à tout, et transforment le tout en question en or. Il y a de quoi dégoûter les peine-à-composer!

 

Parce que – la chose est restée jusqu’ici plus implicite que clairement énoncée – Melted Bodies ne se contente pas de batifoler d’un genre à l’autre, copiant-collant-modifiant de par les genres pour créer un grand kaléidoscope certes pétillant mais que certains pourraient juger artificiel, peu sérieux ou trop lourd à digérer (arguments qui reviennent souvent dans la bouche des nawakophobes). Non, ces bougres de petits génies ont écrit de véritables tubes, du genre qui donnent envie de sauter partout sans respecter les gestes barrières, ou d’hurler très fort sous le jet d'eau chaude, le micro-pomme-de-douche à la main, la posture de rock star nettement marquée malgré le floutage assuré par le rideau occultant. Et si pas un seul de ces 10 morceaux n’est faible ni même quelconque, on prend un pied plus particulier sur le maboule « Ad People » (typique de ce que le Nawak Metal canal historique a de meilleur à offrir), sur le frétillant « Club Anxious » (qui compense une composante Electro-dansante par du riff merveilleusement gras), sur le mécanique « Phone Tumor » (qui rappellera le « Beautiful People » de Marylin Manson à ceux qui ne connaissent pas De Staat) ou sur le frénétique « The Abbot Kinney Pedophiles » (qui convoque le meilleur de 6:33 et Tub Ring avant de partir voir chez Leprous si l’auditeur y est).

 

… Maman je suis (une fois de plus) amoureux!!!

 

Qu’est-ce que tu veux conclure là-dessus? Rendez-vous plus bas dans la section « La chronique, version courte » s’il vous faut absolument un mot de la fin…   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: il suffit de quelques écoutes de Enjoy Yourself pour que celui-ci s’impose comme l’un des tous meilleurs albums de Nawak Metal de la décennie écoulée. Un gros bras de fer s’annonce avec le dernier Toehider au sommet de mon Top 2020!

photo de Cglaume
le 13/11/2020

8 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 13/11/2020 à 10:13:33

Melt Banana, 6h33, MSI, on peut dire que ça donne envie.
Et après écoute...quelle claque...on peut dire que tu n'as pas menti! Ils réussissent à faire du vrai nawak bien original sans tomber dans le pastiche vulgaire.
A noter que l'album a été mixé par John Spiker, de Tenacious D et accessoirement un producteur bien connu de la scène alternative de L.A!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 13/11/2020 à 11:23:12

Je vais écouter pour ta kro et cette magnifique pochette.

cglaume

cglaume le 13/11/2020 à 12:09:56

@8oris: John Spiker, bassiste de Tenacious D, Filter et John Carpenter, et qui a en effet bossé côté console avec Beck et Nine Inch Nails... Pas un rigolo quoi (oui, je me suis renseigné: j'ai une itw de plus d'une heure avec le groupe en cours de derush :D )

@Cromy: tu vas kiffer 2 - 3 titres et en haïr encore plus haha !

pidji

pidji le 13/11/2020 à 14:47:48

Bon, j'ai écouté, c'est pas mon truc 😁

Margoth

Margoth le 13/11/2020 à 14:57:49

Ça a l'air rigolo tout ça dis donc. Bon, les vegans le prendront moins bien mais OSEF ^^

cglaume

cglaume le 13/11/2020 à 18:06:08

@Margoth : ils sont pas super premier degré les loustics. Les vegans se retrouveront plus dans les textes du groupe que les Trump boyz :)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 14/11/2020 à 12:34:39

Ah bah du coup, je rejoins le chef là. Y'a trop de notes pour moi et le chant ne passe pas.

nipalvek

nipalvek le 16/11/2020 à 14:24:03

C'est un coup de coeur aussi de 2020. Même si John Spiker n'est pas un rigolo,si les passages nawak «léger» était plus aérer,moins saturé, je le kifferai autant que le deadly scenes de 6:33. C'est le seul bémol pour ma part, le mixage...

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