Metz - Metz

Metz - "Metz"
chronique Metz - Metz

(Mode Julien Lepers : On)

Top, c’est parti…

je suis un power trio, je signe mon premier album sur Sub Pop, premier disque à l’esthétique noir et blanc, au livret contenant la photo d’un mec qui s’est jeté sur la batterie dans un accès de rage juvénile, je joue un rock abrasif au croisement du punk et du garage, mes concerts ont la réputation d’être incendiaires, je suis, je suis, je suis…

(Mode Julien Lepers : Off)

Bah oui, on serait tous tenté de répondre par 3 syllabes qui vont de Nirv à Na, 3 syllabes  qui ont bercé les jeunes années de toute une génération aujourd’hui plus ou moins trentenaire. Et de là à penser que c’est l’idée bancale d’un quelconque chargé de com (Y’en a-t-il seulement un chez Sub Pop ?) ou pire, du groupe lui-même, qui se dit qu’après le retour du post-punk, de la new-wave, du garage, de la house, du thrash et j’en passe, on serait en droit d’attendre un retour imminent du grunge, il n’y a qu’un pas. Et c’est là que le bât blesse, car en cette période de paranoïa latente pré-fin du monde (début de chronique écrit avant les fêtes, donc si vous pouvez lire ce texte, tout va bien, on a survécu), tout cela nous rend suspicieux ; parce qu’on en mange tellement à toutes les sauces du revival de ci et du retour de ça, que de choisir d’inscrire ce groupe dans un tel schéma, c’est périlleux*.

Mais restons-en là pour les considérations marketingo-commerciales sur le contenant et parlons un peu contenu. Metz joue du noise rock, et s’inscrit dans la lignée de Pissed Jeans ou de Young Widows (avant qu’ils ne s’entichent du Gun Club) à savoir un groupe qui utilise les codes de cette musique du siècle passé (bah oui, les années 90…) sans pour autant sonner comme une allégeance au lézard christique. Pour cela, Metz choisit l’ouverture et introduit certes une touche grunge (flagrante sur Rats ou Wasted, nirvanseques en diable) mais aussi des éléments de garage 2.0 ou de post-punk. Le groupe exécute le tout avec une forme d’ascétisme punk qui fait que Metz va (quasiment) toujours à l’essentiel.   

Et l’essentiel ici, ce sont des titres dynamiques et accrocheurs,  joués par un guitariste qui intègre rarement plus de deux riffs et demi à ses compos, accompagné d’un tractopelle pour bassiste et d’un marteau-piqueur traverserant une église par erreur en guise de batteur. Le tout est complété par un chant monocorde qui peine parfois à passer devant. Mais ce dernier a une excuse : il doit rivaliser avec le quatrième membre officieux du groupe : la réverbe. Pour vous faire une idée du son du disque,  imaginez un peu les Hawks jouant leur dernier album après le passage des Blacks Angels dans le studio et vous aurez une bonne représentation de comment peut sonner l’album : comme la rencontre de Martin Hannett et de Steve Albini derrière une console. Ce parti-pris assez spécial, presque radical dirons-nous pour ce type de musique, aurait pu pourrir l’album par un rendu trop artificiel. Mais  parce que cet enrobage sonore ne se fait pas au détriment de la dynamique de chaque instrument et de celle du groupe, cela sert le propos et accentue l’effet pilonnage escompté.  

Metz sort donc un album cohérent, compact et à l’esthétique sonore pertinente ; un bon disque de noise rock aware, comme dirait le philosophe belge. Un disque qui ne plaira pas forcément aux puristes du genre, déjà vaccinés contre ce type de déflagrations sonores depuis un bon moment, mais convertira peut-être, qui sait, quelques nouvelles ouailles au rock bruyant, un peu comme ce qu’a accompli, à l’échelle planétaire, un petit groupe de Seattle il y a un peu plus de 20 ans.

* Après réflexion, je me demande si ce n’est pas plutôt la faute de chroniqueurs et journalistes, qui, comme je viens de le faire, se contentent de raccourcis jugés accrocheurs et efficaces…

photo de Crousti boy
le 08/01/2013

3 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 08/01/2013 à 12:11:28

J'avais franchement bien aimé aussi...et ne l'aurai pas aussi bien résumé ! Un excellent cros-over noise-grunge-punk !

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 13/01/2013 à 23:01:37

Valà une bien belle chronique... avec que du vrai et certifié dedans (Hawks vs Black Angels pas mieux)

Crousty Boy

Crousty Boy le 16/01/2013 à 09:11:33

Merci Messieurs !

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