She Said Destroy - Bleeding Fiction

She Said Destroy - "Bleeding Fiction"
chronique She Said Destroy - Bleeding Fiction

Les bûcherons norvégiens de She Said Destroy sont un peu à part. Oh ce n’est pas aussi flagrant que s’ils se fendaient de solos de tronçonneuse ou s’ils avaient posé les bases de la fusion black/samba. Mais leur patronyme – choisi avant l’apparition des Iwrestledabearonce et autres The Tony Danza Tapdance Extravaganza –, leurs pochettes, leurs titres (« Tea and Toast at the Very End of Time », « Armageddon, Anyone? »…): tout leur univers est marqué du sceau du décalage léger, un décalage sur lequel il n’est pas forcément aisé de mettre le doigt, mais qui s'impose comme une évidence, et comme un élément essentiel de leur "patte". Musicalement, leur mélange de death pesant, d’influences rythmiques Meshuggiennes et de vapeurs black, couplé à une indéniable science de l’accroche, fait des étincelles... Oui c’est ça: du genre à les faire briller dans l’obscurité de la scène extrême.

 

Avec Bleeding Fiction, les 4 garnements pérennisent la tradition des sorties un peu en marge. Uniquement accessible au format digital, cet EP – constitué d’un unique titre de presque une demi-heure – leur offre l’occasion d’une expérience nouvelle (...enfin nouvelle pour eux): l’injection de fortes doses doom et atmo' à leur rugueuse tambouille. Et là je vous arrête tout de suite, des fois que cette dernière phrase vous aurait donné envie de passer votre chemin: non, moi non plus, à la base, je ne suis pas tout acquis à la cause de cette scène dont la musique semble faire écho à la longue agonie de cétacés échoués sur des rivages brumeux.

Et pourtant…

 

... Pourtant le voyage qu’ils proposent est captivant. Ce mélange de fraîcheur acoustique, d’épaisseur basaltique, de growl profond, de brouillard mélodique et de mélancolie majestueuse fait des miracles. Allez hop, on passe à la ligne et je vous en brosse un petit aperçu en diagonale. Suivez le guide…

 

L'opus commence sur un chapelet lâche d'accords solitaires perçant tant bien que mal un épais coton onirique... Ambiance sortie difficile de coma hibernatoire. À ce stade, les sceptiques pourront émettre quelques éventuels couinements, qu’on qualifiera de recevables… Mais c'est alors que le groupe s’ébroue, et entame une lourde marche à travers des marais aux contours indistincts. Vers la marque des 07:00, la basse se fait vrombissante, la lead hypnotisante et la rythmique micro-syncopée. Cet aspect plus « modern » va alors se développer sur quelques minutes, puis à l'approche des 10:00, il s'efface devant la grandeur d’un Amorphis ayant lâché son synthé vintage. S’ensuivent 6 minutes de caresses acoustiques sublimes, dignes d’un Opeth au sommet de son art. Comptez encore 5 minutes, au cours desquelles le groupe mêle chacune des différentes approches explorées jusqu’ici, puis à 22:00, extinction des feux. Ne restent plus que des échos ambiants diffus, d’où se met progressivement à émerger un synthé aux faux airs de cornemuse, celui-ci s'attachant alors à broder un tableau où se croisent fées celtiques et monstre du Loch Ness. Ce dernier virage annonce un final grandiose, hypnotisant, magistral, lors duquel le groupe sort la grosse artillerie et déploie un doom-dark brumeux, majestueux et écrasant.

 

 

Vu le pédigrée du groupe, j’étais parti plein d'aprioris positifs vis-à-vis de Bleeding Fiction. Mais cette torpeur ouatée et ces tempos écrasés, étirés sur de loooongues minutes, m’avaient tout d'abord, je le confesse, refroidi – genre "beurk, c’est doom, mélancolique, épique et plein de fantômes nordiques". Et puis, Bam, la lumière – que dis-je: l’éblouissement! ...Et finalement l’extase. Bleeding Fiction est une petite merveille. Point.

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courteShe Said Destroy, la confirmation. Dans un registre plus « brumes mélancoliques & pesanteur jupitérienne » qu’à l’accoutumée, le groupe s’avère monstrueux, magistral et écrasant. Qu'on se le dise.

photo de Cglaume
le 14/05/2012

2 COMMENTAIRES

slipman

slipman le 16/05/2012 à 11:01:34

plutôt étonnant ce trip doom pour she said , j'ai les 2 albums et c'est à l'accoutumé musclé type death/black/trash . mais par contre pas surpris venant d'un groupe comme eux qu'ils tentent l?expérimentation doom ( comme l'a fait cephalic carnage pour halls of amenti ) du coup faut que j'écoute ça !!

cglaume

cglaume le 16/05/2012 à 12:40:34

Oui vas-y, d'autant que ce n'est pas uniquement doom - et que même un gars pas fan de langueurs rythmiques comme moi s'est laissé rapidement convertir !!

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • BLACK BOMB A + Dagoba + Mugslug au Séchoir (L'Atelier À Spectacle) le 12 octobre 2019