She Said Destroy - Bleeding Fiction II: Child of Tomorrow

Chronique CD album (14:54)

chronique She Said Destroy - Bleeding Fiction II: Child of Tomorrow

L'autre jour, Cglaume m'est apparu en rêve. Non pas sous la forme d'un lapin jaune, bizarrement, mais bien d'un édredon. Mais sur le moment, ça me semblait normal. « C'est devenu trop 'post' pour moi », me dit-il, alors que j'essayai de chasser – gentiment – les flamands roses de mon canapé (faut dire qu'ils ne tiennent pas l'alcool) pour pouvoir continuer ma partie de pétanque. « Mais de quoi tu parles ? » rétorquais-je tout de go, car ce n'était pas un rêve omniscient.

C'est alors qu'un char à voile surgit hors de la nuit et s'approcha depuis le soleil couvant (à mi-chemin entre couchant et levant), surmonté par un lama et tiré pour le faire avancer, parce qu'il n'y avait pas de vent, par une bonne dizaine de bestioles en tous genres (dodo, alligator, chat de gouttière, etc...). Heureusement, pour comprendre la scène et savoir qui étaient ces nouveaux-venus, un sous-titre était gravé sur le bâtiment : Pidji rectifiant les chroniqueurs de l'apocalypse : ecce lex ; sinon je ne les aurais pas reconnus.

« Wesh, ça biche ? », lança Pidji. « Ce qui est 'trop post' pour l'édredon, c'est cet EP de She Said Destroy – il me lança cette fois une pomme – et c'est toi qui t'en occupes, le volatile ».

« Bon ben... ok », acceptais-je afin que cette pauvre biche ne rejoigne pas le triste sort des chroniqueurs, asservis et tirés par le licou sur les pistes qui mènent de disques en albums. « Mais les pommes, ça me rappelle la piscine, et je... ». Le tamanoir-Crom sauta sur l'occasion, me coupant la répartie, pour préciser que cette scène n'était « pas fiable et réaliste historiquement », mais le lama et son char à voiles eurent le dernier mot : « Pas de discussion ! Au boulot » !

Et là BIM je me suis réveillé. Et croyez-le ou non, mais je me suis fait un café.

Voilà, fin de l'histoire, début de la chronique, mais il fallait que je raconte la genèse de ce texte.

 

Un an donc après la sortie de leur album Succession, qui a de fortes chances de rejoindre mon #TopTropTard de cette année et dont une très bonne chronique est sortie ici, les Norvégiens remettent le couvert avec cet EP Bleeding Fiction II : Child of Tomorrow. Si vous avez bien suivi, celui-ci fait suite à l'EP.... Bleeding Fiction, sorti en 2012 et lui aussi constitué d'un seul morceau, et dont le lapin disait à l'époque qu'il était « une petite merveille ».

Alors que s'est-il passé sur ces dix ans pour que notre illustre confrère remise ses oreilles, qu'on lui sait longues et avides d'ablutions musicales, à de plus vertes galettes ? Et on rappelle que « une pandémie, une menace d'apocalypse nucléaire, la montée des totalitarismes, trente albums de Jul, les attentats fascistes », ça ne compte pas comme réponse.

 

Un seul morceau donc, pour un quart d'heure de musique, qui vient gratouiller dans les mêmes univers musicaux que le premier EP de ce nom (même si celui-ci allait chatouiller les 27 minutes) : relativement loin des débuts deatho/proggy/technico-thrashy des débuts, on reste ici dans l'ensemble sur un mid-tempo et un ensemble de variations et de circonvolutions autour de quelques thèmes principaux.

Et notamment les sonorités bien retro que l'on retrouve à nouveau dans l'intro de cet EP, peut-être un hommage renouvelé à Death in June, dont les Norvégiens empruntent le nom de l'un des morceaux, et dont on retrouve quelques apparats acoustiques de celui-ci. Non, c'est plutôt une image du style 'musique de dessins animés d'aventures spatiales un poil mélancoliques des années '80' qui vient en tête en entendant ces sons résonner dans les enceintes ou les écouteurs.

 

Pour la suite, effectivement, c'est 'post'. Post-quoi, je ne sais pas exactement, mais la belle variation dans le chant, certains arrangements, les structures d'ensemble et le style de longue composition m'ont fait penser en général à une sorte de crossover de Opeth (le drop vers 7:20 après passage acoustique) x The Ocean (ce riff avec guitare montante à 2:10 couplée à la voix) x Hypno5e pour le côté cinématique. Et en particulier, la structure du morceau qui rajoute petit à petit des éléments pour finalement les retirer petit à petit et retomber sur ses pattes de devant m'a fait très fort penser à « The End is Near » d'Oroku, même s'il n'y a probablement aucune chance que les formations se soient croisées.

 

Vous aurez donc ici droit à l'entrée progressive des guitares puis de la voix, des riffs 'point de repère', des passages plus planants avec claviers retro qui surnagent au-dessus d'une grosse voix (très post pour le coup), de l'acoustique, du drop, bref : un peu de tout. La démarche est donc bien posty-proggy-truc, l'ami Cglaume avait bien vu le truc. Mais malgré quelques passages moins passionnants (le côté un peu trop tou-ta-tou-ta autour des 3:30 ou le riff pas topitop très The Ocean dans leur moments enjoués peu après les 8:30), on a quand même de très très bonnes choses ici : les décalages retro, ces parties qui rappellent même l'excellent disque d'Ikarass vers la dixième minute... Personnellement, j'ai apprécié.

 

Je dirais donc que ce disque complète plutôt bien le premier EP du même nom tout en s'inscrivant dans la continuité de Succession, plus que des premiers albums. Ce qui prouve que She Said Destroy gèrent bien la progression, à la fois dans la longévité et dans leur musique, pour en faire une œuvre d'ensemble somme toute assez cohérente, alors que certaines périodes paraissent être aux antipodes les unes des autres. Bleeding Fiction II: Child of Tomorrow est d'ailleurs sorti de son côté car, initialement lié à Succession, il faisait devenir ce dernier trop long pour un album et trop court pour un double-album. D'où ce choix et cette proximité dans les dates de sortie.

Et du coup, cet EP aussi me semble à la fois trop court et trop long : quitte à faire un seul morceau, autant développer. Et pourtant certaines choses pourraient être écourtées. Bref.

 

Au final, derrière cette pochette (très belle et qui reprend des éléments graphiques de Bleeding Fiction, notamment la goutte) qui évoquerait plutôt un groupe de stoner, avec ce côté retro/vinyle vieilli, She Said Destroy posent une filiation claire avec leurs productions de la dernière décennie, qui fera un bon complément mais laissera peut-être un goût de trop peu une fois la fin atteinte. Pour peu qu'on apprécie les trucs en 'post', c'est sûr.

Mais si c'est le cas, la qualité de cet EP et celle, excellente, de la production, devraient vous inciter à y jeter au moins une oreille.

 

A écouter pour occuper votre quart d'heure de retard de politesse locale (peu importe si vous êtes de Toulouse – ah, Toulouse – ou d'ailleurs).

photo de Pingouins
le 25/11/2022

6 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 25/11/2022 à 08:24:13

Tu fais de sacrés rêves 😂

cglaume

cglaume le 25/11/2022 à 08:26:21

Haha !!!
C'est du Post-édredon metal, voilà, tout à fait, c'est ça !

Xuaterc

Xuaterc le 25/11/2022 à 15:15:31

Tes rêves sont... étranges. Même pour des rêves!

Pingouins

Pingouins le 25/11/2022 à 16:40:41

En fait personne en a rien à battre du disque :D

pidji

pidji le 25/11/2022 à 17:01:34

Si si, je l'ai écouté, mais pas encore eu le déclic !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/11/2022 à 19:05:28

"T'as ma Noire" ? Tu me la rends alors: de suite !!!

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