She Said Destroy - Succession

Chronique CD album (53:46)

chronique She Said Destroy - Succession

 

« […] finalement [on se dit] qu'on se referait bien un nouvel album. [… Par contre] ce qui est sûr, c'est que ce ne sera pas du Death metal. »

Snorre Bergerud, 25/04/2012.

 

 

Quand on se replonge dans l’interview que le Snorre en question nous avait accordée il y a maintenant presque dix ans de cela, on se rend compte qu’il avait l’air gavé par beaucoup de choses. Par nos questions peut-être, par Slayer manifestement, et par le Death metal, donc. Mais son état d’esprit a dû quelque peu changer depuis, car contrairement à ses prévisions, le She Said Destroy nouveau n’a pas totalement renié l’héritage des tontons Chuck Schuldiner et Jeff Beccera. Par contre, on lui accordera ça : les Norvégiens refusent toujours autant de rester cantonnés à un Metal monochrome, et continuent donc de faire usage d’une palette variée allant de la puissance velue d’Illdisposed à la pesanteur résignée d’un Doom mélancolique, en passant par les noirs corbeaux d’un Black désespéré et des riffs et rythmiques pleins de nœuds meshugghiens. Sur le dernier EP du groupe, les tempos de fond de congélateur avaient pris le dessus et initié une nette décélération conduisant tout droit dans des brumes épaisses qui invitaient à une hibernation prolongée… Mais de l’eau a coulé sous les ponts, ainsi que de l’ARN messager sous les épidermes. Et si patronymiquement Elle Dit toujours « Détruit », il n’est manifestement plus question d’autodestruction, malgré ce long hiatus quasi décennal.

 

Incarnation discographique du dicton « Plus c’est long, plus c’est miam » – on parle ici des dix ans d'attente, pas de la durée de l’objet – Succession est un album aussi riche que ses deux excellents prédécesseurs, qui a en outre la particularité d’arborer un titre éminemment à propos. Pas parce qu’il y serait question d’exécution testamentaire ni de clerc de notaire des fjords, non. Mais parce que les 11 morceaux qui le constituent sont autant d’entités singulières qui s’enchaînent en une suite assez peu soucieuse d’unité stylistique. Ce côté « tutti frutti » est apparemment la conséquence d’une loooongue période de composition (de 2007 à 2019 si l’on en croit les informations fournies), mais également l’affirmation de la forte personnalité d’une formation qui n’est pas prête à se laisser enfermer dans une case. L’auditeur voit ainsi se succéder un « Eyes Go Pale » ou des lemmings beumeuh dépressifs errent dans une pale lueur mélodique, puis un « Our Will Be Down » où un jeune auroch gojirien, las de se débattre dans des sables mouvants, se laisse petit à petit engloutir en un doux abandon. On avance d’un pas et l'on tombe sur « You Will End », complainte épique semblant émaner d’un Enslaved qui se serait mis au Crust, puis sur « Greed Witches », grosse tartine de tortillons biscornus finissant par retomber sur ses pieds et un groove digne de Meshuggah. Vocaliste versatile et pas contrariant, Anders Bakke accompagne ces mues en émettant tantôt des shrieks désolés, tantôt des grognements ursidés, tantôt de féroces vociférations.

 

Et ça fonctionne crénom ! Dès « To Ourselves The World Entire », qui louvoie brillamment, révèle de superbes paysages, et impose ce grain sonore si particulier, à la fois granuleux et organique, comme une caresse administrée avec des mains caleuses. Sur « Sharpening The Blade » également, pure échappée Black Metal à la superbe et déconcertante mélodie sylvestre. Ou sur « Not Only Bridges », qui charge à nouveau à dos de D-beats héroïques.

 

L’auditeur pourra donc avoir la sensation d’écouter la compilation Bourrus, fougueux et aventureux : la relève du Metal extrême norvégien, l’avantage de Succession sur cet hypothétique best of du Grand Nord étant qu’il bénéficie d’une certaine homogénéité de ton, de son et de vision artistique. Vous aurez compris qu'on ne peut que se laisser à nouveau séduire par ce groupe hors norme (...non mais quelle pochette !), à la fois moelleux et indomptable, tourmenté mais soucieux du confort de ses invités, inscrit dans une certaine tradition atmo-automnale mais se jouant des codes. Alors si parfois le mélomane boulimique peut se retrouver à bailler, blasé par l’énorme quantité de musique qu’il s’envoie du café au coucher, ce n’est jamais du fait de groupes comme She Said Destroy, qui – conformément aux préconisations gouvernementales – ne cessent de renouveler l’air de nos intérieurs confinés.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: dix ans sans donner de nouvelles, mais pas une ride ! Le 3e album de She Said Destroy est tout aussi succulent que ses 2 prédécesseurs, entre grommeleries Death, pesanteurs mélancoliques, crocs en jambes meshugguiens, et – relative nouveauté – une accentuation légère des touches Black Metal… et même Crust mélo. Il n’a jamais été aussi agréable de chuter du haut d’une falaise enneigée en tentant d’échapper à un grizzli enragé !

photo de Cglaume
le 17/01/2022

3 COMMENTAIRES

zaaab

zaaab le 18/01/2022 à 06:47:40

énorme album, il fait tellement plaisir surtout après dix ans d'absence. 

Pingouins

Pingouins le 19/02/2022 à 11:38:45

Hop, il intègre très probablement mon #TTT.

#TopTropTard

pidji

pidji le 21/02/2022 à 13:37:40

+1 Pingouins, je l'ai écouté plusieurs fois depuis 1 semaine, j'avoue qu'il est vraiment bon.

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