Slope - Street Heat

Chronique CD album (33:57)

chronique Slope - Street Heat

Si je vous balance le triplet « Fusion / Metal / Allemagne », votre cerveau risque fort de faire jaillir des images de coulées d’acier brûlant, de hauts-fourneaux et de noirs paysages de la Ruhr. Un tableau en somme assez éloigné des bermudas, des palmiers et de la Funk qui viennent plus naturellement à l’esprit si l’on remplace « Allemagne » par « Californie ». Et pourtant il y a eu H-Blockx, Freaky Fukin Weirdoz ou encore Monkeys With Tools. Pas forcément la première division des disciples de Faith No More et des Red Hot, certes, mais néanmoins de bons petits outsiders qui ont fait leurs preuves en leur temps. Eh bien apprenez qu’il existe un nouveau maillon à cette chaîne sidérurgique: Slope, groupe de Duisbourg, ville justement située en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Comme le géant industriel Krupp, ja, barvaidement. Mais s’il est bien question ici de Metal, l’alliage produit par ces nouveaux venus (qui n’ont sorti que 2 EP avant Street Heat) n’est pas tout à fait le crossover Hard/Funk ou Rap/Thrash auquel on est habitué. En effet la base métallique sur laquelle les Germains sont campés s'avère très Hardcore (le discours promotionnel déroule une liste qui inclut Turnstile, Higher Power, Trapped Under Ice), et ce sont donc des mollets tatoués qui commandent l’activation de la pédale wah-wah, et des chœurs simiesques qui accompagnent le flow occasionnellement Hip-hop.

 

Malgré son nom, Street Heat ne va cependant pas vous obliger à passer 33 minutes, bandana noué autour du crâne, à vous forger les biceps en soulevant de la fonte dans une salle de sport du Bronx. Car la musique de Slope voit non seulement ses angles arrondis par une grosse basse dodue – régulièrement mise en avant sur le front musical – et des accents funky parfois assez prononcés (au hasard: tout le début de « Wag the Dog »), mais également par un côté arty assez inattendu (allez donc mater les clips de « Purple Me » et « I’m Fine ») et des accent occasionnellement Stoner/fumette (« Purple Me » là encore, avec son irrésistible 2e moitié psyché-sabbathienne). A cela il faut encore ajouter de grandes louchées de Beastie Boys, de Rage Against The Machine (sur « Wag the Dog » ou « Power Shift » notamment) et de Mucky Pup (quand l’ambiance se détend), et vous aurez une bonne idée de ce qui figure au menu de l’album.

 

Bonne nouvelle: ce retour par la case Fusion (par laquelle on ne passe plus très souvent, la scène Metal préférant en général aller directement en pri… en studio, sans toucher les 20000 francs que MTV offrait à la grande époque où ce Monopoly était à la mode), ce retour par la case Fusion disais-je n’est pas vain, Street Heat proposant de nombreuses pistes survoltées qui réussissent à recréer la magie d’antan – une magie complètement réactualisée, mais gardant ce bon vieux goût des 90s. Ceci est plus particulièrement vrai sur le précédemment évoqué « Purple Me », titre à la fois jovial, énergique et multiple, ainsi que sur le plus positif encore « I’m Fine », qui frôle l’enthousiasme juvénile. Cela est également vrai sur le scandé et accrocheur « High Level », ou encore sur le bouillonnant « Power Shift ». C’est peu dire que cette suite de titres compacts et pêchus – administrée de préférence par voie intra-auriculaire – file la banane!

 

On s’offrira quand même une courte parenthèse rouspétatoire afin de ronchonner à l’encontre d’une intro inutile et de deux interludes tout à fait zappables qui, quand on les soustrait, ramènent l’album à 28 minutes certes sans une once de gras, mais du coup peu à même de rassasier les grosses faims. Et puis on réservera encore un grognement ou deux pour protester contre le côté je-m’en-foutiste de la muse de ces zigotos, celle-ci se foutant royalement de la structure couplet / refrains et plus généralement de la cohérence globale des morceaux. Reconnaissons néanmoins que le seul vrai inconvénient de cette approche est que même les riffs et les idées les plus trippantes ne font qu’un petit tour et puis s’en vont – alors qu’un 2e round aurait souvent pu contribuer à les pousser vers des sommets plus himalayens encore.

 

Après avoir « revitalisé » le Melodeath via le Metalcore et avoir redonné un coup de jeune au Swedeath via des groupes comme Gatecreeper ou Fuming Mouth, le Hardcore ira-t-il à présent réveiller cette bonne vieille Fusion – qui, il est vrai, ne court plus ni les rues ni les labels? C’est tout le mal qu’on lui souhaite! Et s'il s'avérait que c'est bien ainsi que les choses se passaient, Slope pourrait se targuer d’avoir posé avec Street Heat la première pierre de cet excitant renouveau que – bien évidemment – l'on appelle de nos vœux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Slope, c’est une bande de coreux germains qui secouent fort le cocotier Fusion en faisant baigner leur [gentil] « Gangsta Metal » dans un bain groovy confectionné à base de restes des Beastie Boys, de RATM et de Mucky Pup, ainsi que de grandes cuillerées d’audace. Et la piña colada ainsi confectionnée s’avère aussi goûtue que les noix de cocos qui – conséquemment – pleuvent sur les malheureux endormis au pied dudit cocotier sont létales. Alors administrez-le vous en cataplasme, en suppo ou en cachets, mais écoutez Street Heat!

photo de Cglaume
le 31/05/2021

3 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 31/05/2021 à 09:38:01

Parfait pour ce temps estival !!! 😄

Faby

Faby le 06/06/2021 à 18:06:16

A écouter aussi l'EP Losin' Grip indispensable.

cglaume

cglaume le 07/06/2021 à 07:12:45

Merci du rappel. Je ne l'ai pas écouté très sérieusement pour le moment. J'y remédierai :)

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