Soul Grinder - Chronicles of Decay

Chronique CD album (47:37)

chronique Soul Grinder - Chronicles of Decay

Amis de la Fusion extrémiste, vous aviez craqué sur le mélange Disco/Grind de Not A Br(a)in et rêviez secrètement de voir à présent copuler Soul et Grindcore? Eh bien désolé: ce n’est pas du tout le propos de Soul Grinder. Pour autant vous n’êtes pas obligés de laisser retomber les commissures de vos lèvres. Car Chronicles of Decay, premier album de ce gang germain, est un joli condensé de Death Metal que l’on pourrait tout à fait qualifier d’« Old School », mais que l’on n’a pas envie de réduire à cette niche crapoteuse tant il offre des expériences subtilement nuancées. Si l’étiquette OSDM pourrait néanmoins s'avérer justifiée, plus encore que pour ce son respectant à 100% les standards du genre (sans pour autant être cracra sous les ongles ni étouffant), c’est finalement pour l’aptitude du groupe à écrire des titres mémorables possédant chacun leur personnalité – caractéristique de nombreux albums des 90s, à laquelle on n'est malheureusement plus tellement habitué, submergé que l'on est par tous ces clones systématiquement salués dans les chroniques par des « Ils n’ont pas inventé l’eau tiède mais font bien le taf ».

 

Côté Yin, donc, Chronicles of Decay séduira l’OSDM-addict qui dort en vous d’autant plus aisément que celui-ci aimera se faire tabasser vertement le groin. Car si le groove n’est pas absent de ces trois quarts d’heure de gros son (on y reviendra), ce que l’on retient surtout c’est que les 11 titres ici proposés vont régulièrement blaster des peaux dans la cour du Brutal Death. Dès l’ouverture de « Infernal Suffering » (…ou Internal?) c’est ratatinage en règle et gilet pare-balles de circonstance. Pour tout dire ce qui nous retient de véritablement parler de gros Brutal Death qui meule ici c’est cette capacité à rester mélodique ainsi que ces méchants breaks qui donnent au final l’impression d’entendre un Hypocrisy énervé-façon-Hulk croisé avec la noirceur d’Immolation et la nervosité du premier The Haunted. Et plus loin « Flesh Defiler », « My Unwilling Giver », puis d’autres encore continuent de s’acharner sur ce pauvre kit de batterie comme un Vader au plus fort de Litany.

 

Il l’aime mid tempo son good ol’ Death le Monsieur? Il va devoir serrer un peu les miches alors…

 

Continuant néanmoins d’évoluer sur des chemins par d’autres jadis arpentés, Soul Grinder laisse très souvent entrevoir des influences scandinaves. Car il n’y a pas qu’au sein d’« Infernal Suffering » que le groupe injecte de sombres mélodies: c’est tout au long de l’album que les guitares vont cueillir du givre dans les terres blizzardeuses du Grand Nord. Mais les Allemands ne font pas non plus une fixette sur les fjords: ils sont tout autant capables de groove’n’rolliser leur propos tel un SFU qui se sort les doigts (cf. « March of the Dead ») ou de se dégourdir les chenilles et la tourelle tel un Bolt Thrower habillé de jolies mélodies (mmmh, sur « Ruins of Existence », après la barre des 2 minutes). D’ailleurs les plans « Hélico DM » typiques – mais si, vous savez, avec ces riffs tournant comme les lourds pales d’un EC665 Tigre – ne sont pas rares.

 

Varié ce « old school », donc, on est d’accord. Sauf que ça va encore bien plus loin!

 

Ainsi, côté Yang, Chronicles of Decay joue la diversité, quitte à surprendre. Tout comme certains accompagnent leur fromage de chèvre de miel, Soul Grinder agrémente certains titres d'éléments inattendus... Et ça fonctionne grave! Ainsi l'excellent « Signs of Decline » (Big Up à Massacra) démarre-t-il sur des percus et des harangues tribales rappelant fortement le Sepultura de Roots. Le non moins excellent « The Sun And The Serpent », de son côté, rehausse ses charges mystico-épiques de vastes chœurs féminins, colorant ainsi son propos d'un supplément de grandeur païenne à la Hollenthon. « The Withering » finit sa course sur une minute et demie d'un mantra glaçant, tandis que « Hymn of Death » prend un virage plus bonhomme, plus routier et chantant, pour nous offrir une carte postale finale faite d'horizons lointains et de batailles à venir. Et bière dans la pâte à crêpe, le groupe use de D-beats (corde relativement usée me direz-vous) pour aérer « Morbid Masquerade » d'un peu de Punk canaille, ce qui n'en rend que plus goûtue la soudaine accélération qui se produit à 1:43 et envoie Mamie et son déambulateur valdinguer au fond des couloirs de l'EHPAD.

 

Des compos musculeuses, variées, marquantes, faisant preuve de maturité (… s'il s'agit d'un premier album, les zigs ont en fait traîné leur godillots dans d'autres formations auparavant): il ne faut pas se fier à la simplicité râpeuse de cette pochette, de ce patronyme et de ce nom d'album. Chronicles of Decay a bien plus à offrir! Il est de ces albums qu'on met sur la platine comme on se servirait une poignée de cacahuètes Lidl pour accompagner la bière... avant de se rendre compte qu'en fait d'amuse-gueule du pauvre il s'agit plutôt d'un mélange gourmet « Fruits secs & noix de cajou » du Bon Marché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: « old school » le Death proposé sur Chronicles of Decay? Certes, mais bien plus raffiné qu'il n'y paraît au premier abord! Plus varié, plus pertinent, plus accrocheur. Ne vous fiez pas à cette pochette sentant fort l'attitude cracra /régressive: tout en faisant preuve d'une grosse puissance de feu et en ne rechignant pas à mettre les mains dans le cambouis, Soul Grinder s'avère être un très bon élève, du genre à chopper la meilleure note à l'interro surprise de Death 90s/00s.

photo de Cglaume
le 08/03/2021

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 08/03/2021 à 11:09:24

Nom d'une vieille coureuse de rempart syphilitique, c'est bon ça !!

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • Winteriip II - Metal Hardcore Festival à Tours le samedi 18 Décembre 2021