Trapped In Freedom - Hummingbird Riot

Chronique CD album (28:46)

chronique Trapped In Freedom - Hummingbird Riot

Cela fait bien longtemps que l’on n’avait plus entendu parler de Trapped in Freedom. Depuis 2019 pour être exact, à l’occasion de la sortie de son 2e EP. En 5 ans, pas une tournée mondiale, pas un show généreusement pyrotechnique en prime time sur une Main Stage. Pas une École des Fans dédiée, pas un seul membre embauché au jury de The Voice. Il fallait donc voir les choses en face : les Lillois avaient manifestement renoncé à faire inscrire leur blaze à la suite de ceux d’AC/DC et de Metallica dans le marbre du Rock’n’Roll Hall of Fame. Or là, Pop-Pop-Pop!, remontant de nulle part pour surgir au sommet de mon mur Facebook, telles des bulles de savon ayant traversé près d’un an et demi de mutisme réseausocial (c’est un adjectif, si), voilà-t-y-pas qu’un triplette de messages annonçait soudainement un 3e EP intitulé Hummingbird Riot ?!? 

 

... Comment-comment ?

Après Six Frites Under et Welsh Ma Gueule, n’était-on pas en droit d’attendre un Tr-moulegum by Trappyste?, ou un Bien-velu chez les Ch’Trve ? C’est quoi ce titre tout à fait potable ?

Et cette pochette ? Il est où le Coq sapé en béret vert relookant une maternelle au bazooka ? Il est où Super Poulet et ses Ergot-fulgure ?

Putain, j’ai compris : les mecs se sont mis au Post-Djent progressif. Ou au Math-Schoegaze lofi. Et ils jouent dorénavant en costard, lors d’happenings sponsorisés par Technikart… C’est ça ?

 

Rhaaa naaaaaaaan, pas eux !

 

Alors non. Déjà, pas de costard, parce que pour le moment ils ne jouent plus. Du tout. Pause indéterminée, mode veille, tensiomètre à 2. Pour tout vous dire, les 6 morceaux nouveaux ont été composés pendant la pause covidesque, enregistrés de 2022 à début 2023… Puis la chose a traîné, traîné, jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit a priori là de leur dernier tour de piste, mais comme cette dernière carte de visite s’est avérée particulièrement brillante, les zigs ont refusé qu’elle finisse à la corbeille. Même s’il est plus question d’un sursaut d’orgueil que de l’éjaculation d’un étalon en plein rut artistique.

 

« Et il est comment donc, le pot de départ de Trapped in Freedom ? »

 

Eh bien tout aussi coquin, tout aussi festif, mais peut-être un brin plus rouspéteur, plus sombrement Metôôl que les EPs précédents. La dose de riffs à la Pantera et de Death Boogie-Youpla à la Trepalium a été un peu revue à la hausse. On a également l’impression que les compos empruntent des détours plus nombreux, plus fous, plus élaborés, comme si la dimension Psykup de leur personnalité avait également été explorée plus à fond... Ceci sans faire disparaître ce côté frais, estival, Funk Metal qui les rapproche d’Osaka Punch – ou, plus près de nous, des Cool Cavemen.

 

Mais les lieux sont exigus : parcourons chacune des pièces en enfilade afin de goûter à l’ensemble des parfums.

 

« Polarity Jane » nous accueille en chemise à fleurs, verre de Planteur à la main, puis nous invite à enfiler des sandales afin d'être plus à notre aise sous ces latitudes latino-caribéennes… Avant de montrer les dents sur un riff en montées et descentes successives qu’on croirait tout d’abord extrait de Cowboys From Hell… Mais qui s'avère, après écoute attentive, bien plus proche de celui du « Jungle Boogie » de Kool & The Gang ! Défilent alors grunt énervé, basse slappée, pauses zen éthérées, passages chantés les paupières fermées… Tout ça pour finir secoué par un Metal aux babines retroussées, grognant comme un 8 Kalacas renfrogné à qui l’on aurait confisqué sa dimension Ska – mais pas ses percus. Bilan : Huuuuuuum, oh OUI !

 

« Straight Forward » s'annonce plus indolent… Quoiqu'il se laisse réveiller doucement par le souffle amical et léger d’une brise caribéenne. Arrivent alors les grognements et les coups de latte du Death Metal, sauf que le groove n’est jamais bien loin. Bilan : câlin, coussins, Grrrrr aussi, mais sans jamais en venir aux mains.

 

Sur « Dig Deeper », les cuivres sont de sortie. Ça brille, ça fanfaronne dans le micro : on se croirait sur le Horns de Simon Fache. Voire, quand la pilosité devient plus dense, sur le Voodoo Moonshine de Trepalium. Mais trop de Ouaiiiis tue l'Broadway. C’est pourquoi le morceau finit en terrain plus malaisant, à mastiquer fiévreusement comme un Carnival in Coal en bad trip anthropophage, puis à louvoyer comme un vil reptile. Bilan : d’abord les doigts claquent, puis ils craquent.

 

Mais le Funk Metal, les cuivres, l’apéro, c’est la vie ! D’où la présence de « Gamma Brownie Boogie » en piste 4. Ça swingue, ça groove, ça trepaliume et osakapunchise à nouveau. Et nous on aime ça. Bilan : oh oui Johnny Johnny fais-moi encore gouzi !

 

On peut voir « Syphilitic Revenge » comme le passeport de Trapped in Freedom pour Nawakland. Car c’est Patton himself qui semble nous y guider de brumes douteuses en groove sudiste, de chambre capitonnée en cha-cha-cha chancelant, de hamac insouciant en agitation syncopée. C’est joyeux, fouillis, fumeux… Ça rappelle Kunamaka, parfois. Bilan : Youpla !

 

Et c’est « Lima Syndrom » qui fait office de terminus. Tout d’abord feutré, celui-ci nous propose bientôt un Metal’n’Roll un peu Death, super groovy, croustillant – assez irrésistible pour tout dire. Comme du bon Trepalium, une fois de plus – on en revient souvent là. Bilan : cool, bonnard, juicy, on prend un big panard.

 

Du coup, mauvaise idée. Très mauvaise idée. Que ça serait, de ne pas continuer l’aventure Trapped in Freedom. Certes, le groupe n’est pas à proprement parler une machine à tubes. Il n'en est pas moins un réservoir débordant de bonnes vibes, un Feelgood band dont la musique suffit à faire sortir de la morosité sans pour cela avoir à chausser un gros nez rouge, sortir la boule à facettes Lidl pour mettre l'ambiance, ni faire quelque compromis que ce soit. Le genre de formation qu’on chérit, donc, et ne veut point voir disparaître.

 

... C’est vraiment – vraiment – fini les copains ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : Osaka Punch, Psykup, Trepalium, Kunamaka, ils sont tous là, dans le grand sac à malice de Hummingbird Riot. Oui mais non : il ne s’agit pas de gros Nawak Metal à coussin péteur. Plutôt d'une Fusion multifacette, riche, voire complexe, et relativement velue. Et puis sombre aussi, finalement, quoiqu’il vaudrait mieux dire « contrasté », car le noir qui y est broyé est quand même très souvent celui de lunettes de soleil. Tantôt Big Band, tantôt gang de metalleux patchés, tantôt groovy, tantôt assombri : tel le Janus Funkibus, Trapped in Freedom montre une fois de plus de nombreux visages. Ce serait dommage qu’autant de personnalités s’éteignent avec ce 3e EP, malheureusement présenté comme leur dernier tour de piste...

 

 

photo de Cglaume
le 26/03/2024

4 COMMENTAIRES

C'est grave docteur ?...

C'est grave docteur ?... le 27/03/2024 à 10:49:06

Je trouve que la ''fusion'' est vachement foutraque et mal... fusionnée finalement!

Rien de réellement accrocheur même si l'exécution est bonne (comme quoi...) !

Un dernier tour de piste salvateur pour qui aime réellement le groove à proprement parler !

Ç'aurait même pu être ''free'' mais : avec une recette suivie sans respecter certaines règles basiquement liantes, la sauce ben... elle prends pas !

cglaume

cglaume le 27/03/2024 à 10:56:51

Le groupe ne fait pas dans la Fusion easy/tubesque, c'est sûr. Mais leur musique est pleine de belles joyeusetés qui, tu l'auras compris, me parlent vraiment 🙂

noideaforid

noideaforid le 05/04/2024 à 15:17:27

C'est vraiment dommage que ça s'arrête là... Il est plaisant cet EP. Janus Funkibus ça serait cool comme nom de groupe !

cglaume

cglaume le 05/04/2024 à 16:11:21

Je cède les droits gratuitement, à condition que le groupe face dans le Funk Metal ou le Nawak haha

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