Warbringer - Weapons of Tomorrow

Chronique CD album (40 mn)

chronique Warbringer - Weapons of Tomorrow

Les sons de cloche de "Notre Dame (King Of Fools)" qui carillonnent au début du 9e morceau du nouvel album des Californiens de Warbringer, glacent l’échine.

15 avril 2019-24 avril 2020 : la sortie de Weapons of Tomorrow est quasiment placée à la date anniversaire de ce jour funeste où le feu qui a consumé « la vieille pierre de la cathédrale » et « englouti sa mémoire ». Jour de damnation pré-pandémique, que le tabloïd anglais The Sun a cristallisé dans cette une remarquable et désespérante à plus d’un titre, propice à nourrir nos pires craintes collapsologiques. Ces craintes siéent tellement bien aux thèmes défendus par les Américains, qui se repaissent faussement de la perte de repères de notre monde ultraviolent, qui s’effondre sous nos yeux à l’image de la flèche de Notre Dame, avec à la clef un fort relent de fin-d'un-monde. D’ailleurs cette une du Sun aurait très bien pu être la couv’ du single des Américains !

 

 

Et le frontman d’augurer à la fin de ce très bon titre : « And the world will go on, but forever changed... » Tu m’étonnes John !

 

La guerre, les armes, la violence : les thèmes chers à Warbringer demeurent inchangés. Les errements passés de nos aïeux captifs de guerres d’anéantissement (soulignés dans "The Black Hand Reaches Out" et "Glorious End", deuxième et dernière des 10 marches militaires de cet opus), l'accroissement bien actuel de la rivalité entre grandes puissances, la quête effrénée qui en découle pour acquérir des armes « technologiquement supérieures » et à fort degré de létalité (idée reprise dans "Firepower Kills"), voilà d’inextinguibles sources d’inspiration pour le quintet de Los Angeles. L’Homme, prisonnier de sa « dynamique destructrice », n’est pas prêt de revenir en arrière : en 2019, les dépenses militaires mondiales ont connu leur plus forte hausse depuis dix ans, avec quelque … 1 800 milliards de dollars. Youpi :( ! Warbringer en a encore pour des années pour se délecter/s’affliger de l'accélération de la course mortifère à la technologie, dans un monde prétendument en paix, d’autant que les États-Unis à eux-seuls représentent près de 40% de ces dépenses !

 

Ne vous fiez pas à la couv’ plutôt ratée de Weapons of Tomorrow, rien de poussiéreux, ni de kitch dans le Thrash déployé par Warbringer dans ce 6e album studio. Pourtant le groupe balance dès "Firepower Kills" et "The Black Hand Reaches Out" un condensé old-school que tu reçois en pleine trombine comme une rafale de Hotchkiss. Comme s’ils voulaient rassurer : « T’as vu tonton Gary [Holt avait bossé avec eux sur leur album de 2009], on sait toujours faire ! T’as entendu le scream à la Tom !?! » Ici, comme dans l’ensemble de la galette, les riffs percutants et les solos maitrisés de Carroll et Becker, répartis au cordeau, s’enchâssent avec talent. Pas étonnant que ces deux morceaux aient été les premiers dévoilés et mis à l'écoute...

 

C’est ensuite que Warbringer change de braquet et prend du coffre. Il propose un travail truffé de nouveautés stylistiques et rythmiques, qui n’étaient qu’un frémissement lors de leur Woe to the Vanquished de 2017. Comme si le groupe voulait se débarrasser par instant de ses oripeaux old-school. Il se met alors en mode « rien à branler » : vas-y que je crache mon venin avec un "Crushed Beneath the Tracks" très Death, avant d’enchaîner de suite avec "Defiance of Fate" sur … du Power offrant l’occasion à John Kevill de calmer son jeu vocal et aux gratteux de proposer deux passages mémorables (à 2mn et 3mn20), où on a l’impression qu’ils frottent leurs Jackson à la brosse métallique. Les trois dernières minutes de ce long morceau (plus de 7 mn) sont rompues comme ça, sans prévenir, par du Heavy qui renifle bon le Metallica. Résultat : cette « pause » met la branlée à celle qui avait déjà été proposée en 2017 ("Spectral Asylum").

 

Warbringer reprend sa route tortueuse avec "Unraveling" et "Power Unsurpassed" (ouf la fin de la 3e mn !) qui nous passent sur le râble comme un A7V en plein champ de bataille. Les Amerloques ne quittent toujours pas leur mode « RÀB », puisque ces deux morceaux slayeriens de trois/quatre minutes encadrent une autre décélération maitrisée de 7 minutes ("Heart of Darkness"), dont les débuts fleurtent avec le Black et où les hurlements de John deviennent scarifications. Les lignes de basse y sont absolument scotchantes ! Et quel passage au tout début de la 5e minute ! L’atmosphère, au fur et à mesure que l’on s’approche de la fin de l’album, s’assombrit et devient plus pesante encore avec "Notre Dame (King of Fools)" et ses premières secondes de feu, ainsi que "Glorious End" aux riffs et solos décapants.

 

Je me suis surpris à apprécier cet album, même si une question me taraude : le Warbringer millésimé 2020 bastonnerait-il moins que celui de 2017, qui offrait il est vrai de vrais bons moments de neck snaps (enchainement "Remain Violent"/"Shellfire") ? À vous de le dire, quand vous écouterez "Outer Reaches", déstabilisés que vous serez par son souffle épique, mais rassurés je pense par ce gros moment à la toute fin de la 3e minute, qui va vous titiller le conduit nucal.

 

Avec son twisty Thrash, moderne, complexe et ambitieux (jusque dans la voix), paré de solides plaques de blindage, Weapons of Tomorrow arrive à point nommé, cinq mois après le dernier concert de Slayer à Los Angeles et alors que l’on remarque la sortie quasi concomitante (et non fortuite) du nouvel album d’Havok. Une nouvelle division internationale du travail se présentera-t-elle au Thrash US ? Tandis que des formations bien connues (Anthrax, Death Angel, Exodus, Flotsam And Jetsam, Overkill, Testament) en resteront – quelques-uns pour notre plus grand bien – au (Speed/Heavy) Thrash paternel, Havok (l’Overkillien, mais pas que) et Warbringer (le Garyholtien, mais pas que), formés d’ailleurs l’un comme l’autre en 2004, seront sans doute les deux noms le plus importants de la planète Thrash dans les prochaines années. Et cela grâce aux novations/adaptations fraichement apportées qui ne renient pas pour autant les racines old-school. Ils le seront bien davantage que la tendance Crossover finalement limitante, portée par des groupes comme Toxic Holocaust ou Municipal Waste. Havok ? Warbringer ? À vous de faire votre choix (si tant est qu’un choix doit être fait) : pour ma part, avec ces p’tits dixièmes en plus, j’ai fait le mien. Mais, dans tous les cas, pour faire mienne la phrase claquée par notre Lapin jaune à la fin de sa chro sur le dernier Havok, lui aussi bien troussé, une chose est certaine : grâce à sa violence addictive, « le Thrash est loin d’être mort ! »

 

 

photo de Seisachtheion
le 22/04/2020

4 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 22/04/2020 à 12:12:46

Il n'a commencé à tourner qu'il y a peu chez moi, mais les premières impressions sont très bonnes. A première vue il claque un peu moins que le Havok (je suis plus Overkill que Exodus perso :) ), mais il y aura photo pour vérifier :)

MoM

MoM le 25/04/2020 à 09:37:10

J'ai l'impression de ne pas avoir écouté le même album...
J'ai trouvé ce Weapons of Tomorrow absolument pénible, à commencer par le son de caisse claire que je trouve trop en avant et qui me sort totalement du truc, car ça rend le jeu de batterie crispé et crispant (phrase facile, je sais). Je trouve que les morceaux traînent en longueur, utilisent des éléments de compositions déjà entendus mille fois ailleurs. J'ai eu envie de ressortir Woe to the Vanquished, plus efficace même dans ses tentatives plus originales, ou du Demolition Hammer, plus percutant dans ses phases hargneuses et sans pitié.
Puis sur les derniers morceaux, le rire du chanteur, ça m'a définitivement tué.

Pas un album dégueulasse non plus, faut pas exagérer. Mais j'ai trouvé ça pénible, lourd, pataud et, finalement, tout juste moyen.
Bref, je passe complètement à côté et, vu que cet album a du succès, je sais bien que ça vient de moi. Tant pis :)

Seisachtheion

Seisachtheion le 25/04/2020 à 14:26:18

Nop, pas nécessairement MoM ! Je ne suis pas un thrasheux 100% pur ADN. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai bien aimé les variations et les nouveautés apportées (pas des nouveautés stylistiques en soit, mais des changements comparés aux précédents opus). Spécialement les deux propositions de + de 7 mn qui dénotent (positivement pour moi, négativement pour toi) des titres bastonnants moulés autour des 3/4 mn. Il faut dire que le thrash à papa - très TOUC-A-TOUC-A-TOUC... - comme celui que j'ai pu voir lors de la dernière tournée de Testamant-Exodus-Death Angel est plaisant d'abord, puis un peu lassant à la longue. On traîne là je pense une évolution classique de groupes qui castagnent depuis plus de 15 ans maintenant et qui souhaitent tester d'autres trucs, sans garantir de recevoir une pleine adhésion. Peut-être à la faveur des réécoutes, MoM, cet album dégagera d'inattendues lignes de force ^^.  

MoM

MoM le 26/04/2020 à 12:28:12

Je ne pense pas revenir sur ce disque, la faute à des choix qui me sortent totalement du disque.
Faut savoir que je suis féru de prog, c'est avec ça que j'ai grandi (merci Nobuo Uematsu) donc les propositions ambitieuses, ça me parle. Pour ça que j'adore le Tech Death des 90's, qui lorgne sans problème dans des éléments Prog, et le Thrash de la fin de la première ère, donc début 90's également. Par exemple, je me suis ressorti le Fallen Angel de 92 avec leur album "Faith Fails" et ça a été un bonheur de me replonger dedans !

Le côté straight forward toucatouca du Thrash ne me gêne absolument pas, sauf chez les trois que tu as cités, que je trouve très limités à la longue - ça je suis d'accord. Mais tu prends Demolition Hammer suyr Epidemic, c'est pas varié pour un sou, mais il te choppe tellement au col que t'arrives pas à en décrocher.

Warbringer tentent des trucs, mais je trouve ça beaucoup trop timide, voire complètement à côté de la plaque. Mais c'est parce que j'ai, à plusieurs reprises, plongé à fond dans le Thrash technique et/ou prog-isant et que, en terme de revival, le "The Menace" de Crisix m'a clairement fait comprendre qu'en faisant du neuf avec vieux, ces gars-là ne plaisantent pas et ont placé la barre super haut ! Woe to the Vanquished, j'appréciais la prod vraiment percutante, et les compos très équilibrées. Finalement, je pourrais dire avec du recul que Weapons of Tomorrow est à Warbringer ce que Hadeon est à Pestilence : pas honteux, mais à côté il y at ellement mieux ! Pour Warbringer, leur précédent reste pour moi une très bonne pioche. Pour Pestilence, le "Devouring Mortality" de Skeletal Remains lui met un peu la fesée ;)

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