Ultra Zook - Interview du 29/03/2013

Ultra Zook (interview)
 

Allez, passons d'abord par la case Présentations: comment vous êtes-vous rencontrés tous les 3, et comment est né le concept Ultra Zook ?

Manu: Bonjour Cyril. J'ai rencontré Ben grâce à Johan Deschamps, le couturier avec lequel a travaillé Kunamaka, mon ancien groupe... Ils étaient voisins et amis, et quand on a évoqué l'idée d'emmener quelqu'un en tournée pour incarner Guy la Mouche, divinité qui faisait des apparitions aux concerts de Kuna', Ben s'est proposé. Il a fait une quarantaine de concerts avec nous en France, en Europe de l'est, jusqu'à un trip de 4 dates à Saint-Petersbourg, et si je ne dis pas de bêtises on a commencé à parler de faire de la musique tous les deux à ce moment-là... C'était il y a environ 4 ans... On ne savait pas du tout ce qu'on allait faire, et d'ailleurs ça a pris beaucoup de temps avant qu'on se mette d'accord et qu'on maquette 5 ou 6 morceaux. A partir de cette maquette – dont les batteries étaient toutes écrites et jouées en midi –, on s'est dit que ça valait le coup de chercher un batteur.

Ça faisait longtemps qu'on connaissait Kafka, le groupe de Rémi, et je venais juste de sortir leur dernier album Geografia sur mon label de l'époque, Pyromane Record. On a pensé à lui en premier, sans trop savoir si ça le botterait. Il a écouté et a adoré. On a essayé de jouer ensemble, ça a super bien marché et du coup on a continué à écrire tous les 3.

 

D’où est venue l’idée de ce nom d’ailleurs ? Il semble que le côté « zouk » vienne de votre envie d’ensoleiller vos compos, m’enfin on ne peut pas dire non plus que le ukulélé soit un élément central de votre musique… Et puis pourquoi ces 2 « O » d’abord ? C’est pour le côté ZOO, ou le côté CARTOON ?

Manu et Rémi: Tu as raison, il y a l'idée que le côté "zouk" souligne la couleur et le groove de nos compos. On s'efforce de mettre un peu de soleil dans chaque morceau... Sinon les 2 "O", c'est pour le côté ZOO. En plus "zook" ça peut être vu comme un charabia qui définit notre son et notre envie d'écrire en n’en faisant qu’à notre tête, du moment qu'on s'éclate.

 

Continuons à gratter un peu le pourquoi des appellations: votre premier EP s’appelle Epuz, le 2nd Epuzz… On peut raisonnablement penser que le 3e s’appellera Epuzzz, non ? Quel est donc « le concept » derrière cette surenchère de Z ?

Ben: Nous faisons un pari sur l'avenir, et après 16 réunions étalées sur 24 mois, nous avons développé la conviction profonde que le Z sera la lettre à la mode d'ici une ou deux décennies, et nous tenions absolument à être les précurseurs dans la surenchère du Z. En ce moment, nous bossons ardemment sur la lettre à la mode courant 2040.

 

On pourrait presque dire qu’Ultra Zook est un groupe instrumental… Sauf qu’il y a toutes ces interventions cartoonesques aiguës, à la mode Chapi-Chapo / Snorkies. D’où vous est venue cette idée ? Vous n’avez pas peur qu’on pense plus à vous pour écrire des génériques de dessins animés que pour des nominations aux Victoires de la Musique avec ce genre d’approche ? :)

Rémi: Au fur et à mesure de l'écriture des morceaux, l'envie de chanter s'est imposée comme une évidence. Après, chanter de façon mélodique ou cartoonesque, c'est selon l'écriture du morceau, le ressenti... L'aspect comique ou déjanté nous plait beaucoup. En tout cas ça doit être un véritable défouloir. Après, si ce genre d'approche nous éloigne des Victoires de la Musique ou nous attire vers les génériques de dessins animés, c'est juste parfait !
 

A la fin de « Pisote ! », ainsi que tout du long de « Aluminium C4 », on sent de nettes influences Meshuggah – où plus largement « djent »… Non ? Vous appréciez cette scène ? 

Manu: Ben aime bien Meshuggah, mais pour ma part pas du tout: c'est trop froid, trop technique et ça manque de dynamique… Ce n'est pas du tout ma conception de la musique. Sinon c'est la première fois que j'entends parler de Djent, et comme cette interview est faite par écrit (NDLR: sur CoreAndCo, on vous montre tout, y compris les coulisses!), j'ai le temps d'aller m'écouter quelques groupes de cette scène… Et non, ce n'est pas mon truc... Alors, si tu entends des similitudes, c'est qu'il doit y en avoir, mais je vois notre musique comme quelque-chose de plus brut, de moins sophistiqué et léché, de moins technique... On nous a également dit que notre musique faisait penser à Magma, ou à la scène zeuhl, et ça m'a étonné sachant que je n'avais pas écouté mon disque de Mekanik Destruktiv Kommando depuis dix ans... J'aimais beaucoup à l'époque. D’ailleurs on s'est mis le disque quelques fois pendant la dernière tournée, et on a bien kiffé musicalement. Après, ça me fait rire jaune le délire mégalo, et j'espère qu'il ne se prend pas trop au sérieux...

 

Pour continuer avec les quelques rares parallèles que l’on puisse tracer entre Ultra Zook et d’autres groupes établis, votre musique me fait pas mal penser à Chrome Hoof, dans une version plus bondissante. Vous connaissez et aimez ? Tiens d’ailleurs, plutôt que de vous orienter dans les réponses: qu’est-ce qui vous branche musicalement ?

Manu: Oui, je connais et j'aime bien Chrome Hoof. On écoute tous les trois des trucs différents. Ben écoute beaucoup de classique, il est à fond sur des groupes balkaniques en ce moment. Rémi aime beaucoup le jazz arraché, genre Happy Apple ou la musique psychédélique. Ce qui tourne dans le camion ces temps-ci, c'est Les Trucs, duo de synthés foutraques, entre musique de dessins animés et pop barrée, Staer, groupe de rock d'avant-garde norvégien, Milk Man de Deerhoof, Poil...

 

Connaissez-vous le groupe Aspirateur de Langues ? L’année dernière, eux aussi proposait un album dont la sortie était éclatée en 3 EPs… Cette démarche résulte d’une envie de faire durer le buzz sur une période plus longue, ou bien existe-t-il une vraie différenciation artistique / thématique entre vos 3 bébés ?

Manu: Je ne connaissais pas Aspirateur de Langues - chouette nom de groupe ! Notre idée était de faire 3 EP et 3 clips, pour les clips c'est mal parti... Mais pour les EP on a fait plus de la moitié du chemin... En fait, faire un EP, c'est beaucoup moins de travail que faire un album, c'est mathématique, ça demande moins de temps et d'énergie. On peut en faire plus souvent que des albums... Alors oui, ça permet d'avoir de l'actu presque en continu, et en plus les morceaux sont frais. On ne se retrouve pas comme pas mal de groupes qui ont écrit 20 chansons en un an et demi, bossent 6 mois sur un album, le sortent un an après et se retrouvent à jouer des morceaux qui ont 3 ans et ne correspondent plus à ce qu'ils ont envie de défendre, ils ont envie de jouer leurs derniers morceaux écrits il y a 2 mois, et nous c'est ce qu'on fait... Les 2 premiers EP sont différents, il n'y avait pas trop ce côté voix de chépers joyeux foufous dans le premier EP, et on est très content que ce soit apparu. Si on avait dû faire un album avec ces dix morceaux, plus ceux qu'on a écartés, ça n'aurait pas été aussi cohérent. Là, on voit bien une évolution.

 

Les titres des 5 morceaux d’Epuzz sont bien farfelus… Dans la grande tradition de Pryapisme ! C’est Ben qui en est responsable ?

Ben: Il n'est jamais facile de donner un titre à un morceau instrumental (ou presque) et la tentation de faire naître l'amphigouri est grande... Nous n'y résistons pas toujours.

 

Tiens, puisque l’on parle de vos autres groupes: Manu, c’est fini l’aventure Kunamaka ? Et Ben, je suppose que tu restes dans Pryapisme… La gestion des 2 groupes en parallèle n’est pas trop problématique ?

Manu: Oui, Kunamaka c’est fini. On a fait une belle fête d'enterrement à la coopé de Clermont-Ferrand en mai 2012. Un beau concert en 2 parties avec tous les anciens guitaristes invités, 4 au total, et plein de potes sur scène. C'était vraiment une fin réussie ! L'idée de faire de la musique ensemble mais sans Virgile – le clavier, qui ne voulait plus faire les dix heures de route aller-retour pour chaque répète – nous a effleurés, mais une courte session a mis au jour nos divergences artistiques. Joann, Nico et Greg jouent ensemble dans When We Were Twenty One, un projet new wave, et ont quelques autres projets musicaux sur le feu. Pour ma part, j'ai intégré Kafka, qui m'a invité sur leur ciné-concert, projet super intéressant avec lequel on tourne pas mal. Ben joue bien sûr toujours avec Pryapisme, et son temps est aussi partagé avec Babayaga, un groupe réarrangeant des morceaux trad de l'est, et Speed Running The Apocalypse qui reprend les soundtrack de vieux jeux nintendo 8-bits tels que Megaman, Contra et Castelvania...

 

Entre les dates effectuées et les dates prévues, vous avez déjà une belle quantité de concerts à votre palmarès ! Finalement ce n’est pas si difficile que ça pour un « petit » groupe de trouver des dates, même sans le support d’une grosse structure ?

Manu: On a eu de la chance de rencontrer Ithak et Barberos, avec lesquels on a fait 3 tournées de 7-8 concerts. C'est plus facile de trouver des dates à 2 groupes parce qu'on met en commun nos contacts. Cependant, des organisateurs de concerts nous contactent spontanément pour qu'on vienne jouer chez eux, c'est plutôt cool !! Et on a plusieurs potes qui nous aident à tourner: Stephen de Moutard’core, Antonio et Gianpiero de Human Feather...

 

Un dernier mot, une dernière info, un dernier Yapati-Yupato ?

Manu: nos deux mini-albums sont sortis en vinyle chez Gnougn Records, mon label de disques vinyles de rock expérimental et alternatifs de qualité. Il faut acheter des vinyles, c'est totalement le futur !!!

 

photo de Cglaume
le 23/05/2013

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