Alice Cooper - School's Out

Chronique CD album (36:58)

chronique Alice Cooper - School's Out

Cela fait quelques années que l'on enregistre et faisons le deuil de divers musiciens ayant plus ou moins marqué l'histoire du rock/hard rock/metal. Et vu l'âge que commencent à avoir certains combos légendaires encore en activité qui font les beaux jours des têtes d'affiche des festivals estivaux, nul doute qu'on n'aura pas fini d'en voir de ces news tristement morbides. De toutes les figures qui ne cessent de mettre à mal le concept de « la retraite à 60 ans », s'il y en bien une qui me foutra un sacré coup de voir partir dans les abysses du diable, c'est sans aucun doute Alice Cooper. Un Vincent Furnier qui ne cesse de défier les lois de la nature en se montrant toujours plus en forme malgré qu'il frôle les 70 balais et les 50 ans de carrière. Et ce, physiquement, passionnellement et artistiquement. C'est dire, alors que beaucoup de vieux séniles s'inquiètent de la paille à adopter pour manger leur soupe, le monsieur se permet même de jouer encore le petit jeune en s'éclatant au sein d'un autre projet monté avec Johnny Deep, nommé Hollywood Vampires. La vie étant ce qu'elle est, il est peut-être temps de s'atteler à l'histoire de toute une vie, à savoir la discographie du pionnier du shock rock, avant que le destin ne joue une énième facétie en le faisant trépasser. Un sacré morceau s'il en est, qui sera distillé au compte-goutte, vu qu'on a récemment vu sortir Paranormal qui représente pas moins que la vingt-septième pierre à l'édifice. Excusez du peu...

 

 

Les Histoires de Grand-Mère Alice, acte 2, scène 3 : L'école est finie !

 

Je le préviens d'emblée : voilà là une note totalement subjective, consciemment exagérée, mais qui vient du cœur. Il suffit d'aller voir ce qu'il y a d'écrit à droite et à gauche sur la toile sur ce cinquième méfait d'Alice Cooper pour constater que mon enthousiasme à son égard est très loin d'être partagé. Ce qui est d'une part plutôt compréhensible vu que je n'aborde pas forcément School's Out de la même manière. Les avis plus pisse-froids s'expliquent sur le fait d'appréhender Alice Cooper comme une entité hard rock pure et dure. D'où le fait qu'à part se foutre sous la dent l'hymne intemporel et indétrônable qu'est « School's Out » dont on en entendra ce putain de refrain fédérateur inlassablement à chaque concert depuis 46 ans et le furieusement rock'n roll « Public Animal #9 », ces pauvres oreilles affamées de rock dur restent quand même pas mal sur leur faim.

 

Pour le reste... Il faut reconnaître que le Alice Cooper Band y est allé en enclenchant la marche arrière par rapport à tout ce qui avait été développé chez ses deux grands frères, Love It To Death et Killer. Non, la métamorphose musicale vers le hard rock pur jus n'avancera pas d'un iota ici, même si on y retrouve les rudiments développés précédemment avec les deux titres sus-cités et l'omniprésence du registre grogné et nasillard de Vincent Furnier, bien que le véritable chant clair n'est pas non plus mis aux abonnés absents pour autant (« Alma Mater »). En cela, il n'y a rien de véritablement évolutif dans la démarche de School's Out.

 

En revanche, si on l'appréhende sous un tout autre angle, ce cinquième méfait prend tout son sens et est bourré jusqu'à la moelle de qualités. On peut en effet percevoir School's Out, aussi bien dans le sens premier que laisse à penser son intitulé, que dans une dimension plus intrinsèque. Dans son sens premier pour sa thématique globale portée sur le monde enfantin, que ce soit pour la thématique écolière (le titre éponyme et sa chorale de marmots), l'utilisation récurrente de sonorités toonesques made in Warner – le groupe faisant partie de sa filiale musicale à cette époque-là, on le rappelle – donnant à un caractère complètement déjanté à l'ensemble à bien des moments (la fin de « Gutter Cat Vs The Jets », « Grande Finale » ou le côté bluesy/jazzy de « Blue Turk » qui aurait pu s'inscrire à merveille sur les frasques de Roger Rabbit) ou la technique globale des musiciens, s'inscrivant sur des choses simples, pour ne pas dire simplistes et didactiques (la descente de gammes à la basse sur la fin de « Blue Turk », la mélodie entêtante de piano de « My Stars »). Et dans son sens figuré dans le sens où School's Out représente davantage la fin d'un cycle – qui serait ici celui de l'apprentissage si l'on suit cette logique – en terme d'identité artistique. Ce cinquième album s'inscrit davantage comme un synthèse de tout ce qu'il a cherché à développer précédemment. Quitte à puiser davantage sur ses toutes premières frasques sorties sur le label de Zappa, ce qui explique le fait qu'il soit bien moins hargneux que ce qu'on aurait pu attendre en toute logique après Killer. Mais des débuts revus et corrigés ici, avec l'aide de tout ce qu'a appris Alice Cooper depuis, qu'on se le dise.

 

Parce que, définitivement, on peut voir School's Out comme un diplôme de fin d'études acquis avec mention. Les vieilles influences rétrogrades sont là, omniprésentes, que ce soit sur le caractère aussi bien bluesy que psychédélique fortement inspiré de The Doors (le chant sur « Blue Turk » très Jim Morrison, le très psychédélique « Luney Tunes »), tout en n'oubliant pas d'honorer Ennio Morricone pour ses désirs plus cinématographiques (« Alma Mater », « Grande Finale »). Mais tissées ici de manière très cohérentes et ordonnées (le très progressif « My Stars »), bien loin du patchwork bordélique de Pretties For You. Alice Cooper parvient également avec cette galette à présenter son premier et réel effort cohérent en terme de théâtralité dans toute sa longueur. Si l'on retrouvait cet aspect sur un ou deux morceaux tout au plus sur chacun de ses rejetons précédents, School's Out peut être ici, dans son ensemble comme une véritable pièce de théâtre. C'est simple : avec ses techniques scéniques actuelles, il serait très facile pour Furnier de jouer cette fournée de 1972 dans son intégralité telle quelle en offrant un spectacle visuel harmonieux. Tout régit sur une même thématique rendant le fil conducteur évident et il y a ce qu'il faut d'éléments s'inscrivant dans le délire bande-son cinétique, à la limite de la comédie musicale, pour y développer une véritable identité visuelle. Ça y même jusqu'à intégrer de l'interlude (« Street Fight ») et un tandem de scène finale (« Alma Mater » et sa douceur donnant un caractère très épilogue) aussitôt suivie de son générique (l'instrumental « Grande Finale » qui reprend un peu toutes les atmosphères développées au fil de l'album).

 

En tout cela, Alice Cooper se la joue peut-être très rétrograde avec School's Out en terme d'évolution. Mais en voulant revenir sur ses idées originelles avec de l'expérience, il faut reconnaître qu'il le fait avec beaucoup de panache, d'autant plus qu'il s'agit de la dernière fois que le groupe fera autant remonter ses premières amours, telle une dernière page qui se tourne. Certes, l'album ne revêtit pas cet aspect d'album hard rock qui aligne des hits catchy et fédérateurs comme des perles vu qu'il n'y en a qu'un (et quel hit !) mais si l'on s'intéresse à Alice Cooper pour son aspect théâtral, ce cinquième album s'inscrit comme un must-have à tous les niveaux vu qu'il déroule une bande-son qui n'aurait pas démérité à une comédie musicale. Avec tout ce qu'il faut de guignolesque et de déjanté pour porter l'image du personnage, même si on est bien loin du petit théâtre des horreurs qu'il nourrira par la suite.

photo de Margoth
le 18/11/2018

1 COMMENTAIRE

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 18/11/2018 à 11:21:32

I agree with you ;)

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