Electric Wizard - We Live

Electric Wizard - "We Live"
chronique Electric Wizard - We Live

"Monde de merde, junk de merde, je vous hais tous ! Nous vous haïssons !" s'écrie le vieux barbu, émergeant du tonneau de vinasse mal fermentée. On avait voulu le noyer dans son vice, on l'avait traité d'imposteur, on l'avait enfermé là pour qu'il leur fiche la paix. Mais le vieux rebouteux en avait d'autres dans son sac, il avait su se libérer des planches cloutées qui l'enfermaient depuis tant de temps... Il trébucha du tonneau, qui se vida sur lui, dans une odeur ignoble de pisse mélangée au vomi qu'il avait dû déverser des heures durant, coincé qu'il était dans cette maudite barique. Il progressa lentement vers le fond de la cave, entendant au dessus la rumeur du pub Londonien qui avait déjà clos et oublié, depuis les semaines, l'incident du magicien qui menaçait de brûler vives les personnes qui refusaient de lui fournir leur progéniture et de servir ses desseins sacrficiels. Il essora tant bien que mal sa cape, grava quelques signes sur le sol, entonna une incantation en vieil Enochien, une porte surnaturelle d'un noir d'ébène s'ouvrit, qui l'engloutit.

 

"Vivant... Je suis vivant !"

 

Cette offrande qu'est "We live" a le mérite d'avoir soulevé d'abord une suspicion de la part du public d'Electric Wizard, et, tel un faux pas, se faire rétammer ensuite par un Witchcult today bien plus "easy-listenning". Et pourtant, si l'on me le demande, We live recèle, renferme bien plus, tellement plus de trésors et d'ingéniosité que l'opus qui le suit. Le cercle du Wizard s'était pourtant resseré de près autour de Jus Oborn, et c'est dans la frappe de Justin Greaves (Teeth Of Lions Rule The Divine, Iron Monkey) et la basse de Rob Al-Issa qu'il fit son choix, ainsi que cette blonde sortie des rêves les plus fous d'un Witchcraft excédé par l'ascèse, Liz Buckingham (Sourvein). Un nouveau départ ? Trop de drogues, trop d'acide, c'est ça ? On fait une cure et on reprend à zéro ? Ca laisse des traces, et on le sent dans ce disque, la voix s'exprime depuis ses plus noirs tréfonds, ayant trop longtemps refusé une réalité insupportable. On a perdu la pilulle bleue.

 

Vivant, péniblement il semble, mais vivant tout de même, The Electric Wizard mise là sur un certain galon, en atteste le "The" précédant le titre, un galon acquis non sans mal au cours de ses pérégrinations, et c'est tout à leur honneur. Alors aujourd'hui, il semble que mr Oborn n'aime guère revenir sur cet album, durant lequel il n'y avait pas cette aura permettant de composer correctement, cela étant manifestement dû à l'absence (ou interdiction ?) de stupéfiants. Cela doit en faire un souvenir pénible, une fenêtre musicale vers la dépression.

 

Et pourtant, cet album est incroyable. Le son est magnifique, pachydermique comme le demande le style, et raffiné à la fois, les riffs sont grandioses... Par exemple ce morceau magnifique qu'est "Flower of evil a.k.a. Malfiore", ouvre littéralement des portes vers des abysses de malévolence. On notera aussi le morceau qui suit, "Another perfect day", ou une interprétation du Sorcier électrique de ce que peut être le Stoner rock, sans équivoque à mon goût. Mais c'est le final qui fait toujours autant d'effet même après une centaine d'écoutes, ce Saturn's children, épuisé, mélancolique, mais regardant vers les cieux, vers le fond de l'espace, sondant ces créatures Lovecraftienne du bout des yeux, rêvant d'une impossible apocalypse...

 

Parfois j'en viens à me demander, au vu des plus récentes compositions de Witchcult today et de Black Masses, si c'est véritablement le génie de Jus Oborn qui oeuvre là, ou si ce ne serait pas plutôt Justin Greaves qui aurait proposé de (trop ?) bonnes idées... Ou Rob Al-Issa ? Pourtant on note clairement une continuité entre Let us prey et We live, alors comment cela se fait-il ? Quoi qu'il en soit, de toute la discographie actuelle, il serait difficile d'élire meilleur album que celui-là, devant tant de perfection, tant ce son est profond, se subdivisant sur tant de couches qu'il en devient une véritable exploration de spéléologie, et ce jeu tribal qui mène à la transe d'une messe noire...

 

We Live est un album émouvant, puissant, désespéré, mélancolique, dépressif, et d'autant plus touchant qu'il est passé à la trappe par l'équipée de Poudlard (oui des fois je les déteste) : jamais aucun titre joué en live, aucune réédition vynile, aucun respect pour un tel album... Enfin qui sait, Rise Above semble porter un regain d'intérêt pour ces vieux opus à rééditer, espérons que celui là suive aussi...

 

 

Achat ou pas achat ? Achat, évidement.

photo de Carcinos
le 02/12/2012

4 COMMENTAIRES

vkng jzz

vkng jzz le 02/12/2012 à 20:06:44

le meilleur en tous points sans aucuns doutes

Kkp

Kkp le 03/12/2012 à 10:56:07

Il serait honteux de vous contredire .... Des fois le sevrage a du bon ... Et faudrait peut être qu'ils s'y remettent .

el gep

el gep le 03/12/2012 à 13:27:55

Ah oui, puta madre, ma quel beau disque, rajoutons-en une couche!

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 03/12/2012 à 14:59:14

quelqu'un a des nouvelles d' Aqua Nebula Oscillator ^^

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