Freaky Fukin Weirdoz - Culture Shock

Chronique CD album (43:35)

chronique Freaky Fukin Weirdoz - Culture Shock

« Culture Shock », oui. Tout comme les hérauts du Balkan Punk Metal qu’on croise régulièrement en ces colonnes, mais sans la faute d’orthographe volontaire. Autrement dit, en patois hexagonal, « Choc culturel ». Ce choc culturel qui est au fondement-même de la scène Fusion. Puisque c’est bien là la définition du genre: organiser la confrontation de référentiels musicaux parfois aux antipodes les uns des autres, cette rencontre étant vue parfois comme une aberration (à ma droite, réacs et sphincters contractés), parfois comme une ouverture fructueuse vers de nouveaux horizons (à ma gauche, universalistes et jouisseurs).

 

Culture Shock est le 5e album des Freaky Fukin Weirdoz. Et celui-ci réaffirme la personnalité d'un groupe qui, en contradiction légère avec l’esprit de cette touze pluristylistique, affiche un certain immobilisme conservateur en ne changeant pas d’un poil sa formule (... mon chroniqueur est gonflé, épisode 1). Car une fois de plus, celui-ci nous invite à une grande foire discographique où Reggae Metal, Funk Metal, World Metal et Rap Metal alternent, s’observent, se reniflent et se mélangent. Toujours ce même joyeux foutoir, fait de bric et de broc, d’un enthousiasme nonchalant, d’une insouciance narco-béate, et d’une volonté de préférer la multiplicité à la solidité. Un peu comme Waltari – la comparaison de toujours – mais en moins tubesque, en un peu moins varié, car adressant un spectre musical un peu moins large. Une constance qui, peut-être, trahit sa nature germanique, mais contribue à faire de lui un brillant wannabe, un brin plus proche de l’image d’Epinal « Fusion US » que son aîné finnois.

 

Pour autant Culture Shock n’est pas qu’un vulgaire copier-coller des albums précédents. Le groupe s’y ancre plus fortement que jamais dans un univers plein de palmiers qui gloussent et de fumées aux couleurs kaléidoscopiques, entre Reggae planant et spiritualité indo-tire-sur-le-oinj’. Et quand les tracklists d’autres opus peuvent s’avérer déséquilibrées (cf. Senseless Wonder), ici le niveau qualitatif reste relativement constant, sans sommets himalayens, certes, mais sans non plus aucun flop retentissant. A un tel point que le morceau qui me botte le moins ici est la nième resucée de « Bitch Make Sandwich » – à ce propos j’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi celui-ci reste l’un des porte-étendards du groupe tant, malgré un côté gentiment sympatoche, il s'avère basique et raplapla.

 

Le plus gros carton de ce 5e opus sera à trouver en tête de peloton, « Respect » fonctionnant sur un contraste juteux entre la gouaille Ragga combative des couplets et la décontraction rayonnante du refrain… De la pure graine de Skindred inspiré! Parmi les premiers de la classe figure également « Chicken Song », ses textes absurdes, son côté Funk Metal tranquillou-Bilou et son refrain qui retourne voir chez Mucky Pup si l’herbe est plus verte. Sur la compil Best of Six (sortie en 2007), le groupe trouvera judicieux de placer « Get Ya Brains Blown » et son Rap Metal à la fois sec et – à la marge – un peu expérimental, « Stoned 2 Da Bone » qui porte parfaitement son nom, et – plus étrange – « Culture Shock », dont le caractère éponyme n’est que moyennement justifié tant le Thrash tortueux qui occupe toute sa première partie pèse un peu lourd sur l’estomac (… par contre le tarpé au curry de la 2e mi-temps est effectivement assez savoureux). Avant de vous lâcher la tracklist, on indiquera encore quelques agréables éclats de malice, comme ces quelques clins d’œil à la guitare de Vernon Reid (Living Colour) sur « Desert Storm », la séance de konnakol incluse avec « Death Inna De Jungle », l’illusion auditive qui transforme le mantra ouvrant « Raga in F » en des « Non ce n’est pas très clair » assez perturbants, ainsi que des incursions dans les domaines du Blues Rock (« I Don’t Know ») et du Punk (« I Wanna »). Une joyeuse Cour des Miracles vous dit-on!

 

Nulle déception en vue, donc, sur Culture Shock. Mais nulle vraie grosse tuerie non plus. Ce qui explique la note attribuée, celle-ci ne faisant pas, cette fois, la moyenne entre du Youpi et du Mouôrf, mais qualifiant bien l’ensemble des 13 morceaux de l’album. Maintenant c’est sûr, vérifié, mesuré: se passer la discographie de Freaky Fukin Weirdoz en mode shuffle, c’est l’assurance de passer une très, très bonne soirée sous le signe de la Fusion la plus coolos et la plus débridée qui soit. Alors faites chauffer votre dealer de streaming préféré, et faites tourner!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: la discographie de Freaky Fukin Weirdoz est d’une homogénéité sans faille, tant en terme de genres pratiqués que de qualité des compos (… quoique Hula! reste un sommet inégalé). 5e album des Tontons Fusion teutons, Culture Shock est peut-être un peu plus indo-Ragga-tarpé-planant que la moyenne, mais en aucun cas il ne déconcertera les amateurs du groupe qui ne connaitraient que les tubes les plus connus de celui-ci.

photo de Cglaume
le 21/02/2021

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