Fusion Bomb + Cosmic Jaguar - EP Split

Chronique CD album (35:39)

chronique Fusion Bomb + Cosmic Jaguar - EP Split

 

« Un split ? Non mais attends, la ringardise du truc : c’est SO before-twou-saozendt ! »

« Un split ? Tu veux parler du deal kolkhozical entre punks à chien partageant le même squat, les mêmes Kros, et les mêmes socquettes ? »

« Un split ? Avec les boules glacées, la chantilly et la banane ? »

 

La banane, parfaitement. C’est ce qu’a provoqué l’annonce de cette colocation temporaire entre Cosmic Jaguar et Fusion Bomb. Les explosifs Luxembourgeois, on vous en avait déjà touché un mot lors de la sortie de Concrete Jungle, premier album proposant un Thrash crossoverisant pas renversant mais doté d’un gros potentiel youpitralalesque. Le félin des étoiles, par contre, il n’avait encore jamais posé ses papattes en ces colonnes. Ou presque. Car il s’agit en fait d’un « side-project » de membres de Bestial Invasion, formation ukrainienne dont le Heavy/Thrash technico-progressif nous avait agréablement titillé les feuilles à l’occasion de la sortie de Divine Comedy: Inferno. Et dans ce cadre nouveau, où le pelage est plus tacheté et la voie plus lactée, les natifs de Zhytomyr ont poussé le curseur bien plus loin sur l’axe de la technique technicienne, le groupe y pratiquant un Techno-Thrash tarabiscoté trempant largement dans un décorum culturel aztèque.

 

« Wait… What ? »

 

Bah quoi ? Les Serbes de Senshi font bien du Reggae Metal japanophile, pourquoi des concitoyens de Zelensky ne pondraient pas des riffs tarabiscotés à la mode précolombienne, après tout ?

 

Mais que vont foutre dans la même galère des esthètes tricotant sur les traces de Sadist, et un gang de sales garnements qui cherchent des noises dans les troquets du Grand-Duché ? C’est une bonne question. D’autant que la seule tentative manifeste de rapprochement entre les deux entités est à mettre au crédit des riffeurs du Nord. Et elle se cantonne à un titre, « Personality? », pas hyper convainquant pour être honnête, qui a la lourde tâche d’assurer une difficile transition après la cover studieuse de « Veil of Maya » (Cynic) livrée par leur cothurnes. Pour ce faire, au lieu de défourailler de par les terrains vagues, comme les loustics en ont l’habitude, cette compo louvoie, attaque de biais, fait la sournoise. Comme pour tenter de rester dans le même mood. La chose est joliment troussée d’ailleurs, et est réalisée selon les standards Prog’n’Tech les plus irréprochables… Mais elle peine à nous illuminer la mouille d’un éclair de contentement.

 

Mais regardons-y donc de plus près.

 

Hormis la reprise ardue mais convenue évoquée ci-dessus, comment le Jaguar rugit-il ? Eh bien toute basse ronde et riffs échevelés dehors. Ça tournicote, ça s’entortillonne et feinte comme chez Atheist, Watchtower, voire chez le Death le moins linéaire. De fait, le groupe évolue sur l’étroite ligne séparant Tech-Death et Tech-Thrash, la virtuosité des musiciens et l’acidité hostile du chant de Sergiy permettant de jouer sur les deux tableaux. Les partitions s’avèrent assez déstructurées, les compos évitent les chemins trop linéaires... Du coup il existe un risque non nul que cela bouscule ceux dont la boussole se dérègle facilement. Pourtant le voyage s'avère des plus agréables. Notamment grâce à cette légère touche exotico-improbable évoquée plus haut, qui contribue au rapprochement avec Sadist, et qui aboutit à l’injection de chants apaches à 0:26 sur « The Shorn Ones ». Mais également à celle d’un trait de flute aviaire à la fin du même titre. On évoquera également les judicieuses parenthèses de décompression sur « The Bleeding Tree Of Tamoanchan » – les cabrioles techniquement tortueuses étant interrompues par deux fois, à 1:55 pour un interlude béatement printanier, limite Nawak, puis à  2:44 pour une courte promenade romantique sous les cyprès. Mais en l'occurrence, s'il avait s'agit là du summum de l'art des Ukrainiens, cela n’aurait pas suffit à ce que l'on exhibe notre blanche dentition à travers nos babines. Là où le groupe finit de convaincre, c’est quand, à 0:30 sur « The Shorn Ones » (encore lui), il sort de nulle part de superbes stries mélodiques tremblotantes, la distorsion de l’espace sonore alors engendrée nous mettant immédiatement les poils au garde-à-vous.

 

Forcément, en comparaison le propos de Fusion Bomb semble moins percutant. Non seulement parce que l’effort fourni sur « Personality? » afin de tenter de recoller les morceaux ne sera que moyennement couronné de succès. Mais aussi parce que leur Thrash, mi-Anthraxien mi-coreux, semble bien frustre en comparaison de l’experte dentelle ukrainienne. Allez, « Confession » réussit à allier allure Thrash enlevée, dehors sophistiqués et sex-appeal (en partie seulement, parce que les grasses mosheries finales loupent le coche). Et puis on ne crache pas sur les faux-airs de Annihilator partiellement adoptés sur « Fifty One Fifty ». M’enfin il n'y a pas non plus là de quoi s’endetter auprès de Sofinco pour acquérir le vinyle plaqué or matérialisant cette janusserie métallique (… d’autant plus qu’aux dernières nouvelles, ce support n’est pas proposé).

 

Alors ?

Eh bien le jury a tranché : Cosmic Jaguar obtient 7,75/10, contre un plus modeste 6/10 pour Fusion Bomb. Ce sont donc les Ukrainiens qui remportent la grande bataille eurovisionnesque du split !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La chronique, version courte : à ma gauche, Cosmic Jaguar, formation ukrainienne aux prétentions technico-progressives, qui tortille du riff expertement dans un registre pas si éloigné que cela de Sadist. À ma gauche, Fusion Bomb, qui tente ponctuellement de faire croire à un véritable jumelage slavo-luxembourgeois en entortillonnant plus ou moins adroitement sa première compo, puis qui s’en revient à son Thrash rugueux aux racines plus nettement Crossover. Et quand retentit le gong final, c’est une victoire indiscutable pour la sophistication spatio-féline, dont la valeur ajoutée surpasse largement celle de la bombinette à fusion.

 

 

 

 

 

 

 

 

photo de Cglaume
le 13/06/2024

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