Incubus - Fungus Amongus

Chronique CD album (38:13)

chronique Incubus  - Fungus Amongus

Un peu à part dans le monde de la Fusion made in 90s, S.C.I.E.N.C.E. n'en est pas moins l'une de ses plus belles réussites, même si cette vérité a tendance à vouloir être oubliée par certaines oreilles prudes qui préfèrent garder leur Infectious Grooves et leur Faith No More loin de la scène Nü Metal et des « compromissions ». Car si le 2e album d'Incubus est bien un petit bijou, il est vrai qu'on y devine de nettes tendances au Kornisme le plus assumé. Et il est également vrai que ce jalon discographique sera suivi par des albums nettement plus « Safe Rock », non seulement radio-isables mais même suffisamment présentables pour pouvoir passer sur l'autoradio de la voiture de belle-maman et beau-papa. C’est pourquoi d'aucuns ont tendance à vouloir sortir l'album de la photo de famille Funk Metal, un peu comme Agnès Soral avec son frangin (… sauf que dans ce dernier cas c'est largement justifié).

 

Quand on est un amoureux transi de ce fameux S.C.I.E.N.C.E. mais qu'on goûte peu les albums post-2000 des Californiens, quel mouvement logique amorcer ? Eh oui, c'est ça Micka : un petit moonwalk en direction de ces vertes années où le groupe était plus jeune, plus fou... Mais moins affûté si on en croit les zigotos eux-mêmes : « On avait seulement 16 ans et on ne voulait rien tant que devenir un mélange de Primus, Mr. Bungle et des Red Hot [...] On aime à penser qu'on est devenu meilleurs à présent... ». Mouais, certains groupes auraient mieux fait de rester les jeunes va-nu-pieds qu'ils étaient à leurs débuts plutôt que de mûrir en mocassins à glands... Mais passons : Fungus Amongus est donc le premier album du ‘cubus, une « compil » de ce qu'il était entre 1993 et 1995, en pleine adolescence. Un manifeste certes sous forte influence mais particulièrement brillant, loin de la maladresse adolescente évoquée dans les notes ajoutées au sein du livret de l'album (ressorti en 2000 chez Epic).

 

C'est donc en cette période où Tom Hanx participait à l'élaboration d'un livre d'histoire cinématographique sur les Etats-Unis des boomers, et où Kurt Cobain perdait à la roulette russe contre lui-même, que Mike Einziger, Brandon Boyd et leurs amis ont commencé à gratouiller leurs guitares sous les palmiers, slapper de la basse comme un jour de barbecue chez les Trujilo, et jouer les schizos du micro comme des Patton à mégaphone. Si certaines manifestations de frustration colérique (sur « Shaft » notamment) peuvent déjà faire penser à la Jonathan Davis way of life, c'est très majoritairement du pur condensé de Fusion Funk / Rap Metal US que les loustics nous proposent sur Fungus Amongus – sans les quelques expérimentations et le scratching présents sur son successeur. Autrement dit la smart ass attitude d'un Faith No More de bord de piscine, les délires gourmands de Mr. Bungle, la gouaille goguenarde des Red Hot, la basse cartoonesque d'Infectious Grooves, sans oublier quelques riffs Thrash aiguisés, parce que la Bay Area n'est pas bien loin. Plus une pincée de Primus sur « Trouble in 421 ». Et ce qui ressemble à des emprunts au « Freedom » de RATM (c'est plus particulièrement sensible après la marque des 3 minutes sur « Speak Free »)…

 

… Tous les ingrédients sont là : plus qu’à mettre les glaçons dans les verres et à siroter tranquilou !

 

D’autant que, contrairement à ce que pourrait laisser craindre la jeunesse de ces garnements, le plaisir n’est ici gâché ni par un son approximatif, ni par des compos à gros cartable tentant de singer maladroitement les standards de l’époque, ni par le caractère éruptif d’une écriture encore sujette aux vigoureuses poussées hormonales. Non : le son est gros et plein de soleil, la maîtrise instrumentale est indéniable, et l’écriture, si elle est évidemment sous influence, est suffisamment affutée pour livrer des morceaux développant leurs propres accroches et vivant leur propre vie. On ne trouve d’ailleurs ici aucun morceau honteux, de ceux qu’on pousse habituellement du pied sous la commode en espérant que l’auditeur n’y verra que du feu. Pas un. Par contre du morceau-poto qu’on a envie d’inviter à l’apéro, il y en a pas moins de 10. Parmi ceux qu’on proposera en guise d’échantillons figure « Take Me To Your Leader » et son « I Forgot To Remember » entêtant (à noter que le titre a été repris sur l’EP Enjoy Incubus, et qu’il sera le dernier titre de l’album à être interprété sur scène). Plus singulier – puisqu’avec un chant féminin qui rappelle un peu Sugarfist, ou le Sebkha-Chott de Nagah-Mahdi – « Medium » propose un chaud-froid malin plein de percus, de tension, et d’occurrences d’un refrain imparable. Gorgé d’une grosse basse qui nous claque le beignet, « The Answer » ménage l’arrivée de son dernier tiers via une accélération Thrash survoltée rehaussée de suffixes percussifs trépidants. Quant à « Sink Beneath The Line » il offre un autre de ces pics funkissimes à l’extrême décontraction, qu’on croirait presque écouter un délire interprété en compagnie de Mucky Pup.

 

Alors c’est sûr que, vu la pochette, on aurait pu s’attendre à ce que Fungus Amongus sente la mousse et les sous-bois – d’ailleurs, en parlant de champis, les quelques solos de l’album se parent parfois d’accents légèrement psyché (cf. celui qui déboule à 3:23 sur l’avalanche de leads « Psychopsilocybin »). Mais dans les faits cet album sent plutôt les vacances, les nombrils à l’air, le bruit des bouteilles qui s’entrechoquent, ainsi que l’air chaud qui s’engouffre par les fenêtres grandes ouvertes de la voiture. Alors sortez les bermudas, la crème solaire, la glacière et les serviettes de plage : il ne fait jamais moins de 30° quand ce premier album d’Incubus passe sur les enceintes !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : Non seulement il fut un temps où Incubus ne faisait pas de la soupe tiède pour radio, mais sur leur premier album les Californiens pratiquaient même une Fusion Funk Metal premium drôlement inspirée – quoique clairement inscrite dans les traces des Red Hot, Faith No More et autres Infectious Grooves. Si le groupe était alors très jeune (les gus avaient entre 15 et 17 piges !), il savait déjà porter les lunettes de soleil, faire couiner la pédale d'effet et slapper de la basse comme les plus grands. Pour un sourire immédiat, envoyez-vous cul sec « Medium », puis « Sink Beneath The Line ».

photo de Cglaume
le 19/06/2022

2 COMMENTAIRES

noideaforid

noideaforid le 19/06/2022 à 19:51:14

La basse sur l'album ♥☀️🤘

8oris

8oris le 20/06/2022 à 11:27:25

Je plussoie, la section rythmique d'Incubus est dingue!

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