Junior Rodriguez - Stellar Dream

Chronique CD album (51:53)

chronique Junior Rodriguez - Stellar Dream

Le rock psyché est-il mort? Le vrai, celui qui intense, joue avec les codes, toujours sur la brèche, et triture les sons pour triturer nos sens.

Le style n'étant pas forcément particulièrement à la mode, on serait tenté d'affirmer que oui, il est bel et bien mort mais ce serait sans compter Junior Rodriguez. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce jeune français, il s'agit d'un hyperactif pur-jus, avec plus d'une corde à son arc et qui a troqué la Ritaline pour la musique. Chanteur de Darkness Dynamite, batteur de Dick Rivers et de Loudblast, membre du duo Tilli, héros de la série biographique Starting From Nowhere, des projets avec Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) ou Alain Johannes (Queens of the Stone Age, Them Crooked Vultures). Bref, le genre de CV qui ++a de quoi prétendre sérieusement à une petite annexe dans les locaux du Rock & Roll of Fame.

Et depuis 2014, entre autres projets, Junior a débuté son projet solo, dont Stellar Dream est le dernier bébé. D'ailleurs, plus qu'un simple album, c'est ici tout un univers. 51 minutes de rock psyché mid-tempo qui alterne entre ambiances éthérées et fuzzy-rock.

L'album commence avec un diptyque sonore de 8 minutes poétiquement et justement nommé "Starting From Nowhere". C'est progressif, on se laisse envelopper par une voix au grain particulier, vivant, juste ce qu'il faut de lancinant sans être larmoyante. Les instruments accompagnant parfaitement le tout lui conférant des ambiances éthérés, qui font voyager l'esprit. Pas besoin de LSD, ce premier morceau ruissèle de peyotl. Mais la montée en intensité est progressive, le trip se confirme et se réarticule doucement au gré de l'arrivée d'une section rythmique. 8 minutes sont passées en 30 secondes, la musique vous a embarqué dans ce voyage tonal.

Les autres morceaux sont dans la même veine, moins longs mais tout aussi construits, arrangés avec passion, alternant les ambiances rock ("Stellar Dream", "Just Like You" et son rythme martial, "Dali Was A Liar" et son intro fuzzy), avec des choses plus psychédéliques pleines de délicatesse ("My Love, My Friend", "Sur les toits de Montréal") avec une intensité toujours entière, magnifiés par des mélodies toujours bien senties même si jamais catchy.

Mention spéciale à "Pissed Off" qui m'a rappelé les belles heures de la scène de Seattle du début des années 90, preuve que Junior est plutôt à placer dans la catégorie Senior pour ce qui est de l'écriture de morceaux catchy, qui envoie sans tournicoter autour du pot.

Côté voix, on se rappelle d'Alice In Chains pour l'intensité, Soundgarden pour l'énergie avec un grain très original mais aussi un côté nasillard qui ajouté à des interprétations un peu trainantes pourra peut-être déplaire à certains.

Les guitares sont résolument rock dans toute sa belle et efficace simplicité. Les solos sont inspirés ("Dali Was A Liar") et mettent à l'amende les shreddeurs ("Pissed Off" et son outro gilmourienne). Le son est léché, fuzzy, chaleureusement tordu, parfois plus clair et nourri de roboratifs effets, ambiance shoe-gaze option grosse maîtrise.

Le travail sur les synthés relève de la nano-dentelle, en finesse et mixé parfaitement pour révéler au fil des écoutes cette somme de petits détails qui donne au tout son ton.

La batterie, souvent dans le fond du temps, appuie le propos des autres instruments et on sent clairement l'inspiration 70's avec des lignes simples entrecoupées de fills au plus dignes d'un John Bonham et au moins dont l'inspiration, jamais maladroite, rend joliment hommage. Dommage que le timbre de la caisse claire soit un peu mat bien que ce soit raccord avec le style.

Le mixage est bon et se veut définitivement 70's, analo, magneto à bande, bref de quoi faire faire dire à un audiophile qui pense que c'était mieux avant que parfois c'est aussi pas mal du tout aujourd'hui.

Malgré les nombreuses qualités de l'album, de sa musicalité criante de sincérité, de l'inspiration pleine de maturité, de ses morceaux très bien écrits, il tire légèrement en longueur sur le dernier tiers du fait d'une impression de linéarité probablement due à des lignes vocales qui au-delà de leur parfaite justesse manquent peut-être parfois de variations dans l'interprétation.

 

Si Stellar Dream n'est pas tout à fait un diamant mais s'avère malgré tout en révéler bien des caractéristiques: une œuvre multi-facette parfaitement taillée, symbole de maturité du travail d'un jeune artiste, plein de bouteille, qui n'a pas couché un énième album de rock mais y empreint son être. Alors, oui, de très bons albums de rock psyché, il y en a eu beaucoup. Mais de très bons albums de rock psyché en 2019, il n'y en a pas eu des tonnes. Stellar Dream fait largement partie du top five et il est à mettre entre toutes les mains des fans de rock psyché, urgemment.

 

On aime: l'inspiration, les ambiances, l'émotion, le son 70's par excellence, le travail de construction des morceaux

On n'aime pas: le sentiment de linéarité sur la fin, le timbre de la caisse claire pour moi, la voix un peu nasillarde pour certains

 

 

photo de 8oris
le 09/12/2019

4 COMMENTAIRES

Seisachtheion

Seisachtheion le 09/12/2019 à 10:11:43

Couv' d'album bien moisie en tout cas

el gep

el gep le 09/12/2019 à 13:03:01

Batteur de... Dick Rivers? Pour de vrai?! Noooooooon!?!

8oris

8oris le 09/12/2019 à 13:24:25

Si, si : http://www.casimages.com/img.php?i=13082303564315789311487837.jpg
Pour la pochette, on a effectivement vu parfois mieux mais on a plus souvent pire.

Seisachtheion

Seisachtheion le 09/12/2019 à 15:16:05

Cela n'enlève rien à l'intérêt de ta chro ;) !

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