Klone - The Dreamer's Hideaway

Klone - "The Dreamer's Hideaway"
chronique Klone - The Dreamer's Hideaway

Mille sabords! Comme si la déception causée par le dernier Trepalium ne suffisait pas, voilà qu'en cette fin d'année 2012, à l'occasion de la sortie de The Dreamer's Hideaway, c'est le tableau Klonien qui voit son jusque-là-immaculé parcours discographique tâché d'un gribouillis petit mais vicieux. Et m****, alors que le groupe venait tout juste de gagner quelques galons supplémentaires dans mon estime, suite à la découverte tardive de l'excellent All Seeing Eye, ainsi qu'à l'EP The Eye of Needle dont l'entêtant « I'm – still – hungry for – your – flesh » s'est planté profondément dans les méandres du dedans de ma boîte crânienne. Bizarre quand même, H.N.P. et The Dreamer's Hideaway, même topo: enthousiasme critique généralisé, youpi par ci, cotillons par là... Alors pourquoi diable ne vois-je point la lumière, pauvre audiognorant que je suis?

 

En même temps, vous avez aperçu la note – 7: on ne parle pas ici d'une catastrophe discographique hein, juste d'une petite et agaçante frustration. Parce que sur The Dreamer's Hideaway, on retrouve la patte « Modern metal-rock Main-de-Fer-dans-Gant-de-Velours » typique des poitevins. La voix de Yann, whisky et miel, nous promène toujours sur des sentiers faits d'un mélange de rage sourde et de mélancolie viscérale. Et puis bien sûr, les coups de bélier de Florent, la souple intensité de l'arbalète de Hugues, le tranchant des hallebardes de Mika et Guillaume... Toute l'artillerie habituelle est de sortie, aiguisée, experte, impressionnante. Qui plus est le son est nickel, le style reste inchangé – maîtrisé, nuancé, chaud, puissant – et le saxo de Matthieu Metzger est cette fois encore de la fête, par 2 fois.

 

Mais dis-nous alors: c'est où-donc qu'il blesse, le bât ?

 

Pas si facile à pointer du doigt. C'est sans doute une histoire de sensibilité. M'enfin quand même: les 2 albums précédents étaient forts d'une tracklist qui, régulièrement, nous bottait l'arrière-train à grands coups de hits bien placés. On y trouvait de ces riffs, de ces mélodies, de ces refrains qui – soudainement – nous emmenaient un peu plus haut, au-dessus de la mêlée, là où le soleil brille plus fort. Et ils avaient la patate.

The Dreamer's Hideaway, lui, est moins définitif, plus ouaté, plus dans l'attente de l'instant d'après, dans le suggéré, dans la tension sourde, le demi-ton. Rares sont les moments où l'on a envie de poser notre journal pour entrer en transe, à l'unisson avec le groupe. Et c'est quasi exclusivement en début d'album que l'on a le droit à ces moments si particuliers, où l'on décolle vraiment, notamment sur le superbe « Rocket Smoke », qui est fait du même bois que celui qui alimentait le feu des 2 albums précédents. Bordel, « Let's get hiiiii-gher to shiii-iine, and take off through the rocket smoke !!! », ça c'est mon Klone!! « The Dreamer's HideAway » se lâche déjà moins, mais la première moitié est très bonne, smooth et groovy, et une fois encore forte d'un très bon refrain. Argh, ce début d'album: que d'espoirs! « Into The Void » commence franchement à réorienter la trajectoire du groupe vers le domaine de l'intimiste, de l'émotion plus que de la passion, m'enfin on est encore chaud, et puis merde cette voix, ce rock chaleureusement rocailleux et intelligemment caressant... Non, définitivement on reste encore du bon côté de la Force. « Siren's Song » est un autre bon morceau, mais Klone y évolue de plus en plus dans un univers extrêmement ouaté. Ça commence à manquer un poil de peps, même si la voix de Yann continue à nous mener là où elle veut.

 

Puis ça y est, la sonnette d'alarme se fait entendre à l'occasion de « Corridors ». Bordel, le potentiel de ce morceau est énorme, notamment ces passages tout en attente où Florent mène la danse avec poigne. Mais le refrain ne convainc pas, et jamais le morceau n'atteint les sommets de majesté qui semblent pourtant à portée de main. Essai non transformé. Et de là on tombe dans le gros creux de l'album. Car « Rising » a du mal à prendre et ne réussit pas à faire tilt. « Statum » irrite carrément avec ses presque 2 minutes de glitch minimaliste. Et « Walking on Clouds » est toujours aussi cotonneux, flou – agréable certes, c'est quand même Klone qui raconte l'histoire! – mais sans grande envergure.

 

Heureusement, « The Worst Is Over » ramène un souffle rageur dans nos enceintes. On retrouve le Klone racé, chaleureux, qui va de l'avant. Il manque l'accroche ultime, le petit truc qui en ferait un vrai tube, mais on ne va pas cracher dans la soupe: on retrouve le sourire. « A Finger Snaps » prolonge un chouilla le plaisir et bouscule quelque peu cette longue rêverie en nous offrant un duo intéressant entre Yann et Doug de King's X. Puis, enfin, « At The End Of The Bridge » finit d'entériner le constat: Klone s'en va de plus en plus loin sur la route du rock progressif, délicat, intimiste, nuancé – et il le fait bien –, en abandonnant toutefois un peu de cette colère pas toujours intériorisée qu'il savait auparavant faire fructifier au sein de morceaux divins...

 

Bon, je pense que le message est passé. Si vous aimez les albums variés en mode clair-obscur, à la fois intimistes et puissants, servis dans un écrin technique, sonore, et qualitatif irréprochable, capables de souffler le chaud et le tiède sans jamais bousculer trop fort l'auditeur, vous allez être aux anges. Mais j'avoue trouver The Dreamer's Hideaway trop uniforme, trop dans la retenue... Et moins inspiré – non, soyons objectifs et disons plutôt moins « in your face » – que par le passé. M'enfin une telle qualité globale... Je ne peux décemment pas mettre moins de 7, même si je suis quand même plutôt déçu...

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: The Dreamer's Hideaway voit Klone aller vers plus de retenue, plus de rêverie intimiste, plus de tension sourde... Bref, moins d'éclats rageurs et d'hymnes irrésistibles que ce que nous avaient offert les 2 albums précédents. Un must pour les fans du Klone Toolien, un « gloups... » pour les fans du Klone metal. 

photo de Cglaume
le 17/01/2013

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