Klone - All Seeing Eye

Klone - "All Seeing Eye"
chronique Klone - All Seeing Eye

Mais, mais, attendez voir… Eh bien effectivement, après vérification le constat est accablant: nous avons bel et bien occulté la sortie de All Seeing Eye, l’exceptionnel avant-dernier album de Klone qui – allez, mouillons-nous un peu – est encore meilleur que le pourtant superbe Black Days. Là, comme ça cette chro’ démarre bien, sur une vérité tout ce qu’il y a de plus subjective, et qui par ailleurs développe de faux airs de conclusion comparative. Mais que voulez-vous, on est une bande de jeunes étalons fougueux sur CoreAndCo, on s'éclate et on a du mal à se contrôler parfois (Quoi? C’est « jeune » ou « étalon » qui vous fait sourire?).

 

Alors non, clairement All Seeing Eye n’est pas le brouillon mal dégrossi de Black Days. Sur ce 2e album, le groupe bénéficie déjà d'un son gros comme un postérieur charolais, et en même temps léger comme la culture métallique de Charlie Oleg. Il y fait également preuve d'une finesse et d'une largeur d’épaule dignes des plus grosses pointures internationales. La classe, quoi... Et de la personnalité: en effet, les poitevins y pratiquent déjà ce metal moderne, puissant et riche en émotions qui est leur marque de fabrique. Pour être plus précis et éclairer au passage les lanternes, la « Klone touch » en question, kézako? Eh bien c’est cet aspect très rock’n’roll – malgré un ancrage indubitablement « Saccades & Syncopes-core » – ainsi que cette propension à développer de judicieux clairs-obscurs, entre sombres accès de rage et illuminations chaleureuses, les uns et les autres se mettant mutuellement en valeur. Et non seulement cette approche est déjà parfaitement rodée sur All Seeing Eye, mais elle aboutit à l’écriture d’une impressionnante collection de missiles. Comme par exemple « All Seeing Eye », l’archétype du morceau habité, passionnant – en un mot « grand » – qui dose la tension et les jets de vapeur libératoires avec l’expertise d’un metteur en scène hollywoodien (et qui en prime propose un featuring de Joe Duplantier). Ou « Promises » tiens, plus orienté « blues rock à grosses coucougnettes », dont le refrain léger, lumineux et expertement relevé de délicates coulées de harpe, vous colle des frissons avoisinant les 9 sur l’échelle de Richter. Ou encore l’über-groovy et pourtant rocailleux « Empire of Shame », ainsi que « Last Breath » qui abandonne progressivement le velours pour, vers la marque des 3 minutes, déchaîner toute la sombre puissance qui jusque là ne faisait qu’affleurer, nous offrant pour l'occasion une apothéose en forme de transe moderne et céleste.

 

Bordel, quel panard! Rassurez-moi: ce groupe fait de monumentales et triomphales tournées mondiales… Non?

 

L'alchimie Klonienne repose de fait sur une riche combinaison de multiples talents. Parmi ceux-ci, on identifie clairement:

1) l’incroyable inspiration de Guillaume Bernard, compositeur principal – et talentueux, donc – du groupe

2) l’exceptionnel chant de Yann Ligner, aussi à l’aise en mode arraché que virilement poignant dans les envolées en chant clair

3) de discrets mais extrêmement pertinents apports extérieurs – tels le saxo de Matthieu Metzger et la harpe de Valérie Patte

4) la polyvalence de Laurent Thomas, aussi à l’aise dans la caresse délicate de cymbales que dans le bombardement blasté – ce dernier s'avérant parfois de circonstance, comme sur la fin de « Last Breath »

5) un écrin sonore aux petits oignons confectionné par Sylvain Biguet, qui permet entre autre de profiter de la basse de Hugues Andriot, clairement pas là pour faire de la figuration (le démarrage de « Nightime »!)

Bref, avec ces pièces de choix, pas étonnant que le moteur ronronne avec autant de gourmandise, et rugisse avec autant de coffre.

 

Des défauts? Mineurs. Un « Chocked » un peu moins marquant – mais doté d’un final carrément superbe. Et un morceau caché dont on se demande à quoi il peut bien servir. Bref, rien de bien méchant à l’horizon capitaine!

 

Alors, All Seeing Eye: meilleur que Black Days ou pas? Plus métallique et rageur je dirais, et peut être plus tubesque aussi. En tous cas les qualités des deux restent les mêmes: puissance, nuance, intelligence et personnalité (que ne dit-on personnalitance, pour l’assonance!). Si vous aimez Black Days, procurez-vous All Seeing Eye. Si vous aimez le metal racé, possédant âme et cerveau, moderne mais toujours profondément enraciné dans le terreau tiède du bon vieux rock, procurez-vous All Seeing Eye. Si votre grand-mère fait du vélo, procurez-vous All Seeing Eye. Si ce soir, vous n’avez pas envie de rester tous seuls, si ce soir, vous avez envie de vous casser la voix, procurez-vous All Seeing Eye.

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: du metal moderne qui arrose largement ses saccades et contrepieds de rock viscéral, d’envolées mélodiques et de rage pas toujours contenue. Plus des tubes, des vrais, de ceux qui vous blindent une setlist de festival.

photo de Cglaume
le 06/09/2012

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