Klone - Le Grand Voyage

Chronique CD album (50:31)

chronique Klone - Le Grand Voyage

« J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence... »

 

Certains parlent de l'évolution de Klone enclenchée depuis Here Comes The Sun et son incartade acoustique suivante comme une mutation en Tool made in France. Si cela peut leur faire plaisir, je n'irais pas les contredire, c'est qu'on y retrouve bien ce caractère envoûtant dans la musique. Qui enfonce le clou d'autant plus cette fois, se permettant de dépasser son prédécesseur des pieds à la tête. De mon côté, je préfère amplement la comparaison avec le metal/rock prog/atmosphérique d'Anathema : il n'est pas question ici d'aller jouer un quelconque rôle pour alimenter d'autant plus un statut singulier et à part comme chez Keenan & co, ça se contente de balancer sa musique, de la manière la plus simple qui soit. La musique, juste la musique. Il n'y a aucune notion d'individu et autres frasques qui ravissent tabloïds et journaleux. De la même manière que la bande des frangins Cavanagh qui mène leur barque sans faire de vague avec la seule intention de laisser leur musique s'exprimer. Bien entendu, on pourra saluer Klone – les hommes derrière le groupe donc – pour nous avoir ravi de son merveilleux talent de composition, de l'avoir interprété avec une telle sensibilité et d'avoir porté un tel sens du détail à une production d'orfèvre qui ne laisse rien au hasard. Mais il y a un moment donné, on passe une limite où l'on se demande si les musiciens derrière ne sont pas qu'un simple catalyseur (prophète ?) d'une énergie extérieure (divine ?) qui nous dépasse, êtres humains ordinaires que nous sommes.

 

Le Grand Voyage porte admirablement bien son nom : c'est l'invitation dès les premières secondes à sortir de la réalité, voir son âme se détacher de son corps afin que l'esprit traverse les nuages. Et se dire que même si la vie n'est pas toujours facile, il y a tout un tas de choses positives. Le corps a beau être tendu comme un string, l'esprit se décharge de tout le stress accumulé. La fond sonore est là pour nous rassurer, nous englobe d'une quiétude protectrice. Qu'importe à quelle strate céleste tu pourras bien voguer, ton corps resté en bas est en sécurité. Un peu comme si ce son formait une capsule de protection qui ne laisse rien filtrer et approcher.

 

On monte, on traverse un nuage puis l'on finit par s'installer. On contemple ce spectacle fixe et surréaliste avec fascination. Rien à faire, les yeux ne veulent s'en détacher. Il n'y a rien de telle que la nature usuellement inaccessible pour le commun des mortels pour calmer même l'esprit le plus hyperactif. Jusqu'à finir par perdre pied de son sens visuel. On commence à réfléchir sur nous-même. Notre vie, comment peut-on la rendre aussi belle et réconfortante que ce magnifique spectacle. Jusqu'à se remémorer. Les souvenirs. Les plus beaux, les plus intenses ou encore les plus sécuritaires. On passe tour à tour dans les bras de sa mère en mode bambin que dans ceux de sa tendre moitié. Jusqu'à terminer ce voyage et redescendre lentement au sol. L'âme retrouve son corps. On ouvre les paupières, encore groggy et exalté et l'on croise le visage de sa moitié allongée à côté. On frôle sa peau, tendre frisson. Et si on lui faisait l'amour ?

 

« - Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible ! »

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry

photo de Margoth
le 05/12/2019

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 05/12/2019 à 15:31:27

Ah oui... Il ne t’a pas laissée indifférente celui-là!!!

Tookie

Tookie le 06/12/2019 à 06:53:12

Rien de bien nouveau sur cet album, mais toujours cette capacité à emmener très loin celui qui l'écoute.

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