Kultur Shock - D.R.E.A.M.

Kultur Shock - "D.R.E.A.M."
chronique Kultur Shock - D.R.E.A.M.

Des situations similaires, le cœur partagé entre 2 continents. Un mode de diffusion de la musique pareillement singulier, étalé sur une année complète – pratique relativement peu fréquente dans le petit monde de la musique. Bref: je ne pouvais pas ne pas faire le parallèle entre les Américano-Greco-Arméniens de Viza, qui ont révélé le contenu de leur 2 EP, The Unorthodox Revival: Volume I et II, single après single, mois après mois, et les Bulgaro-Bosno-Indonéso-Américains de Kultur Shock, dont le dernier album, D.R.E.A.M., a vu ses 8 titres sortir progressivement, d'avril 2018 à mars 2019 au sein de 5 EP / singles successivement intitulés Drama, Resilience, Evil, Awake! et Mental (d'où, au passage, le pourquoi de ce titre d'album en forme d'acronyme).

 

Musicalement aussi, le parallèle a lieu d'être. D'autant que les 2 formations ont cette aptitude commune à partir parfois dans un bon vieux pétage de boulard en règle. Néanmoins, malgré des influences compatibles prenant leurs racines dans les musiques traditionnelles d'Europe de l'Est, Viza est plus enclin à tremper un Metal peu tranchant dans une mélancolie adoucie par le soleil du Sud-Est méditerranéen (... dernièrement en tous cas), tandis que Kultur Shock est plus du genre à transcender ses états d'âme et son amertume dans des zébulonneries Punk'n'Folk Metal qui filent la pêche.

 

Pas de gros changement de ce côté-ci d'ailleurs. Et – bien que je ne sois pas un vieux rétrograde attaché à ce que les groupes restent éternellement sur les mêmes rails stylistiques – je dois dire que ça me fait plutôt plaisir, car cela fait longtemps que Gino, Val, Amy et leurs amis ont trouvé un équilibre idéal entre truculence balkanique, énergie Punk et grosse épine dorsale Metal. Entre violon virevoltant, basse sautillante, et rythmiques pétaradantes. Entre constat fataliste face à une humanité qui n'en finit pas de scier la branche depuis laquelle elle pérore, et volonté de positiver la chose via une musique festive mais couillue –  telle une version joyeusement fofolle de l'orchestre du Titanic (qui joua jusqu'à avoir les chevilles dans une eau à -2).

 

« Refugee » est l'exemple-type du traitement musical que Kultur Shock réserve aux sujets les plus graves – ici la condition du migrant qui s'expatrie à contre-cœur dans l'espoir de survivre. Un poil de speech – pour que le message passe –, un violon vif mais sachant être poignant, une guitare qui cavale sous le soleil couchant, quelques gratouillis acoustiques pour le côté organique et contrebalancer certains beats synthétiques, et la cerise: un refrain marquant. Puis, comme la vie est plus belle en dansant, « Mirakula » et son déhanché invitent à aller finir son verre sur la piste en reprenant en chœur les « I don't believe in Boom Boom, I don't believe in DumDum, I do believe in Zoum Zoum ». A noter au passage un riff qui rappelle étrangement le « Smells Like Teen Spirirt » de qui vous savez, ainsi qu'un accès de Punk furieux en fin de titre, immédiatement suivi par un lead d'une espèce de cornemuse zarbi. Toujours aussi fort, mais cette fois chanté en japonais (à vérifier, mais je parie un billet dessus), « Taiyou » démarre sur un riff qui semble venir du « Revelations » d'Iron Maiden avant de partir dans une folle farandole fanfaresque évoquant Dirty Shirt. La ligne de basse qui ouvre « GG Likes Be Nice » annonce un morceau plus léger (ou presque), un peu farfelu, qui contraste avec la déprime plus franche, plus « muezzin au fond du trou » de « Haram Para », dont les stridulations tristes, du coup, rappellent le récent virage Orphaned Landien amorcé par Viza.

 

« Superevil » reprend un peu du poil de la bête en revenant à ces saccades dynamisantes qui sortent efficacement de la déprime. Et la fiesta de reprendre tous ses droits sur deux derniers titres qui flirtent parfois avec le Nawak. De l'intro lourdement vocodée de « Realmo » – qui n'en est pas à un espièglerie près puisque le morceau propose plus loin un passage « Crooner de bal du village », puis une réappropriation pastichesque de « Despacito » – jusqu'aux multiples fanfaronneries décalées de « Fork » – qui zébulonne entre violon country, Thrash véloce, excès toonesques et break hawaïen – tout est fait pour qu'on oublie enfin les malheurs de ce monde dans la joie, l'alcool, la bonne humeur et la franche camaraderie.

 

D.R.E.A.M. s'avère donc sans surprise (mais on est content que ça se confirme) un Nième essai transformé pour Kultur Shock. D'ailleurs quel nom formidablement approprié pour le fan frileux: car un groupe qui réussit à « se répéter » ainsi, sans jamais lasser, c'est le rêve!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: toujours la même formule, mais / et toujours le même plaisir! On ne sait pas quel est leur secret, mais après 2 grosses poignées d'albums, la mélange de Punk gipsy et de Folk Metal euro-riental de Kultur Shock réussit à être toujours aussi enthousiasmant.

photo de Cglaume
le 11/06/2019

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