Kvelertak - Splid

Chronique CD album (58:24)

chronique Kvelertak - Splid

Ce nouvel album de Kvelertak, Splid, fait partie des cas qui me chagrinent dans le cadre d'une chronique. Un peu comme l'a été Kelem d'Arkan à l'époque. Cromy, qui avait fait le reste de la discographie, d'ailleurs ne s'y est même pas risqué et je ne comprends que trop bien sa volonté de passer la main. C'est que les deux premiers albums, Kvelertak et Meir, poutraient sévère. Et puis, il y a eu Nattesferd, montrant une évolution bien fade et lisse de ce black'n roll qui était pourtant jadis si instinctif, mêlant côté fun et accrocheur du rock'n roll mais enrobé d'une bonne dose de corrosif écorché et bourdonnant issu du black. Bref, déception pour lui. Et de mon côté également je l'avoue : j'en avais bien fait l'acquisition, les quelques écoutes ne m'ont clairement pas ravies les esgourdes et aujourd'hui encore, lorsque je le vois prendre la poussière dans le meuble à CDs, jamais l'envie ne me prend de lui laisser une chance d'écoute à-posteriori. Et puis, le combo norvégien revient avec son dernier bébé sous le bras et honnêtement, ce qui a été dévoilé en avant-première n'était pas très inspirant et laissait à penser qu'il allait continuer à patauger dans la même semoule que la débâcle précédente. Le mal était donc fait : Cromy a senti la poussée d'urticaire arriver et a préféré jouer la carte de l'arrêt de travail préventif.

 

C'est là où j'arrive, n'étant pas une viking en carton, mon métabolisme en béton armé prêt à s'en prendre pour son grade. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas par professionnalisme n'est-ce pas ? Et honnêtement, je m'y suis plongée et les premières écoutes ne se sont pas spécialement inscrites dans les bons sentiments : après la déception de Nattesferd – qui a touché énormément de chroniqueurs et fans de la première heure soit dit-en passant – Kvelertak a la dure tâche avec Splid de renouer un lien de confiance avec son auditoire. Et malheureusement, il s'avère que j'ai beau être quelqu'un de fondamentalement gentil et bonne patte, j'ai tendance en revanche à être rancunière. Pas dans le sens vengeresse mais plutôt « on n'oublie pas ». Et qu'en plus, je n'oublie pas pourquoi j'avais adoré le bel aller-retour bien senti qu'était le tandem éponyme/Meir. Et c'est justement la principale raison que Splid me pose un énorme problème : allez voir toutes les autres chroniques, c'est du positif en barre et honnêtement, au fil des écoutes, je le juge moins sévèrement qu'au démarrage, ce qui n'empêche pas de rester tout de même modérée et perplexe de certaines choses. Qu'importe que le combo ait changé de frontman ou qu'il se décide parfois à partir vers des textes anglophones alors que l'une des particularités du combo depuis ses débuts étant de chanter en norvégien, je n'en ai que cure, ce n'est pas ce qui me reste en travers, c'est que ce que l'on continue de tendre vers quelque chose de plus accessible et plus doucereux, alors que ce que j'appréciais le plus était justement son côté cracra et écorché à la fibre de verre blackisante. Et lorsqu'un fondamental de ce que l'on appréciait à la base s'estompe, il y a comme un blocage dans le fil d'acceptation d'une évolution/mutation. Car si le visage montré de Turbonegro ne me dérange pas aujourd'hui, c'est parce qu'il conserve ce côté guignolesque kitsch dans ses derniers délires 80's à claviers permanentés. Ou encore que le feeling global du « désespéré pathétique » est toujours présent dans les itérations blues blackisant de Kvarforth au sein du Shining suédois.

 

Dans le cas de Splid, ce fondamental que j'aimais jadis continue d'être mis en retrait. Mais pas totalement non plus. Car contrairement à Nattesferd, cette cuvée 2020 remonte la pente pour sortir du trou où Kvelertak avait glissé il y a quatre ans. On renoue ici avec un côté spontané que l'on avait pas mal perdu lors du précédent album, ce qui fait plaisir. Et par-delà que la balance mise encore sur le côté « rock'n roll » dans son plateau le plus lourd, il y a des moments qui font du bien par là où ils passent. Notamment ce « Crack Of Doom » en duo avec Troy Sanders de Mastodon, tubesque et accrocheur à souhait, où l'on joue autant sur le festif éthylique que les cordes vocales écorchées. Ou encore « Bråtebrann », équivalent Splidiesque du « Bruan Brenn » de Meir, plus doucereux, notamment dans son refrain mélodique, sans qu'il ne vienne oublier pour autant d'en être mordant en dehors de celui-ci. « Necrosoft » également porte en lui très bien les vestiges du Kvelertak des premières heures tant l'on se retrouve en terrain connu dans sa base, le tout rehaussé de cette volonté d'amener de nouveaux éléments issu du punk rock léger qui ne manquera pas de rappeler leurs compatriotes de Turbonegro.

 

Et c'est lorsque l'on entend ce titre justement que l'on se dit que les bougres tiennent l'évolution que j'aurais bien voulu entendre sur son intégralité. Malheureusement, il faudra faire avec d'autres moments plus discutables. Oui, entendre du riffing AC/DC sur « Fanden Ta Dette Hull ! » ou le « punk rock copainnnnggg » dans sa version la plus sirupeuse sur tout le long de « Uglas Hegemoni », ce n'est pas désagréable en soi mais certainement pas au sein d'un disque portant le sceau de Kvelertak. Ce ne sont bien évidemment que deux exemples parmi d'autres, Splid comprenant d'autres passages que je placerai dans la catégorie hors-sujet.

 

Par chance, Splid, contrairement à Nattesferd, joue davantage dans la demi-mesure. C'est pourquoi d'ailleurs je me montre plus modérée que chez les autres crèmeries : Kvelertak montre ici un côté autrement plus « cul entre deux chaises ». Comme s'il peinait parfois à intégrer correctement ses idées novatrices au sein de sa tambouille de départ. Comme si l'on s'en partait garnir une pizza en la considérant comme ronde alors que son fond de pâte est triangulaire sur le plan de travail. Voyez l'idée : parfois la garniture reste sur le plan de travail et ça passe de travers, parfois, ça arrive à destination et ça marche bien (on citera de nouveau « Fanden Ta Dette Hull ! » qui part malgré tout dans un break thrashy décapant qui sauve tout). Et parfois, l'on se trouve avec une pâte vierge de toute garniture comme les deux morceaux de clôture où l'on retrouve un côté diamant brut où le black reprend de son importance dans la balance (mention spéciale à toute la seconde moitié de « Delirium Tremens » bourdonnante à souhait, jubilatoire).

 

Avec ses bons moments et d'autres plus discutables, Kvelertak parvient malgré tout à s'excuser de son tollé précédent. Splid parvient un peu à remonter le capital confiance mais montre une volonté de mutation plus cohérente vis-à-vis de ses racines qui n'est pas encore présentée dans sa forme la plus affirmée. Il y a encore du boulot à faire pour arriver à un résultat qui mettra tout le monde d'accord. D'où le fait qu'il soit un album pas si facile à appréhender en premier lieu et que l'on perçoit ses bons aspects sur la longueur, au fil des écoutes. En d'autres termes, ce n'est pas la grosse claquasse mais il faut lui laisser sa chance malgré tout. Et surtout avec de l'attention et du temps devant soi.

photo de Margoth
le 31/03/2020

6 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 31/03/2020 à 09:47:31

Pas emballé perso ; j'ai écouté, je n'ai rien retenu.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 31/03/2020 à 20:48:41

"n'étant pas une viking en carton": Revenge will be mine. Je serai moi aussi gentil et bonne patte.

Margoth

Margoth le 31/03/2020 à 20:56:14

Certes, mais n'oublie pas de rester histo ;)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 01/04/2020 à 14:09:50

Je ferai de l'évocation historique, pour toi, avec un bel aigle de sang.

Margoth

Margoth le 01/04/2020 à 14:35:05

Allez, je te donne de la bonne matière : je suis Normande, cette région blindée de baltringues qui se prennent pour des vikings en lançant des haches en plastiques dans des bars en fantasmant sur le look cheveux longs-grosse barbe glamour d'Amon Amarth alors que ce sont en réalité de vraies chiffes molles à la moindre contrariété ;)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 02/04/2020 à 12:55:10

Tous des baltringues les Normands, c'est clair.

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