Loharano - LohArano

Chronique Maxi-cd / EP (14:22)

chronique Loharano - LohArano

Malgré la musique des mots qui crée une proximité artificielle, il ne faut surtout pas confondre « LohArano: les hérauts du Malagasy Metal » et « Nadine Morano: son héros Sarkozy au pénal ». Le premier sonne comme le titre d’un épisode de Tracks, quand le second est franchement plus proche d’une couverture de Ici Paris. Par ailleurs seul l’un de ces protagonistes peut se targuer de nous faire rêver et possède le potentiel pour aller loin. Petit indice: il ne vit pas dans le même hémisphère que Ben Barbaud.

 

A présent que la traditionnelle bouffonnerie de début de chronique est derrière nous, on va pouvoir changer de ton. Et je préfère vous prévenir: il va m’être difficile de ne pas faire dans le fiévreux et l’exalté au sein des lignes qui suivent. Parce que LohArano est l’un de ces coups de cœur qui expliquent que, année après année, et malgré des centaines d’articles et d’écoutes d’albums au compteur, la passion du chroniqueur ne faiblisse pas. Oui, l’énergumène qui vous parle a souvent le cœur qui s’emballe… Mais vous savez ce qu’on dit de l’amour chez les lapins: c’est fréquent, intense, et – oui, vu qu’aujourd’hui on va parler d’un EP 4 titres – extrêmement rapide!

 

Mais commençons par les présentations: LohArano est un trio originaire de Tananarive mené par une guitariste / chanteuse particulièrement charismatique, Mahalia. Si l’on mentionne la provenance de ces musiciens ce n’est pas juste pour la petite touche d’originalité qu’apporte ce drapeau un peu inhabituel en ces pages. C’est parce qu’ici la géographie déborde largement sur la musique, celle-ci étant profondément imprégnée de sonorités malgaches. LohArano pratique en effet un Metal lourd quoique relativement aéré (le groupe cite Pantera et System of a Down parmi ses influences) zébré de tempos, de percussions et plus généralement de vibes issus tout droit de musiques comme le Tsakipy ou le Salegy. Rythmiques ternaires, démarche chaloupée mais sentiment d’urgence, souffle tribal et grandeur spirituelle: ces 4 titres réussissent à marier l’oscillation pendulaire des nuques headbangueuses avec une identité fièrement exprimée… C’est ici qu’il me faut chausser les gros sabots du chroniqueur européen pour un parallèle qui ne sera évident qu’aux yeux de ceux qui maîtrisent mal le sujet: bien que Tana et Lomé soit distantes de près de 6000 km, à l’écoute de ce quart d’heure de musique on ne peut s’empêcher d’éprouver à nouveau le plaisir déjà ressenti à l’écoute du Zã Keli d’Arka’n. Oui je sais: la comparaison semblera sans doute aussi ridicule aux yeux des métalleux africains que l’évocation de similitudes entre le Flamenco Death d’Impureza et le Balkan Metal de Dirty Shirt. Pourtant je suis persuadé que ceux qui ont été séduits par les Togolais seront également sous le charme de la Fusion World Metal du trio tananarivien .

 

Seulement 4 petits titres au menu : on a donc le temps de se livrer à l’exercice du track-by-track. Echos gutturaux de vénérables shamans, sifflets et cris de reconnaissance, lever de soleil sur une nature généreuse: « Fototra » nous emmène sur les sentiers ocres des alentours de Tulear, des baobabs centenaires se détachant sur l’horizon tandis que la voix de Mahalia nous guide avec la ferme bienveillance d’une prêtresse de Gaïa. Le son est chaud, les percussions et les chants enivrent… Bienvenue à Mada! Puis retour dans les ruelles de la capitale sur « Tandroka »: le trajet est accidenté, le déhanché plus sec, les obstacles élégamment contournés. On s’y fait néanmoins régulièrement bousculer par un Metal frénétiquement saccadé, ainsi que par une foule nombreuse qui nous accule in fine à l’abandon moshpitesque… En troisième position « Tempo » se caractérise lui aussi par une certaine impatience rythmique, et sert là encore d’écrin au flow incroyablement soutenu, à la fois souple et déterminé, de Mahalia – celle-ci relâchant quand même la pression le temps de prières apaisantes. Le morceau se met à pilonner plus vertement avant le tournant de la première minute, ceci sans toutefois perdre sa signature rythmique spécifique. Mais là où le système pileux se met le plus nettement au garde-à-vous, c’est sur l’ode « LohArano »: doux bruit de cours d’eau, nature apaisante, pulsation vitale continue, le morceau est une longue et puissante caresse, un grandiose hymne à la vie – ce genre d’instant de communion que les réalisateurs de films tournant sous les tropiques rêvent d’utiliser afin de sublimer leurs climax cinématographiques en instants de grâce intemporels.

 

… Incroyable: c’est ma Nième écoute du morceau, et je me retrouve à nouveau avec la couenne en mode KFC…

 

Après la découverte de Zã Keli, j’appelais de mes vœux la naissance d’une scène Metal subsaharienne qui réussisse à faire en Afrique noire ce qu’Orphaned Land, Acyl et bien d’autres ont réussi à faire pour la scène Proche-Orientale. Or LohArano est un 2e pas hyper convainquant dans cette direction… un pas de géant même!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: si la scène Metal malgache existait peut-être déjà auparavant, elle n’avait jusqu’à présent pas réussi à atteindre le vieux contient – ou alors pas à le marquer durablement. Avec LohArano cette vérité devient complètement obsolète. Car sur ce premier EP 4 titres le groupe réussit une fusion symbiotique entre, d’un côté, un Metal très axé sur la rythmique, et de l’autre, les musiques et couleurs de l'Ile Rouge. Et le résultat non seulement nous convainc, mais nous met carrément sur le cul!

photo de Cglaume
le 10/04/2021

3 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 10/04/2021 à 13:54:20

Vraiment intéressant. Je n'adhère pas à tout mais ça a le mérite d'être réellement original. et super chro au passage (le coup de la couenne et du KFC m'a tué)

cglaume

cglaume le 10/04/2021 à 17:48:33

Merci ! J’espère que certains chevelus d’ici vont adhérer... Mais ça devrait le faire d’autant plus facilement qu’on a sacrément besoin de voyager ces temps-ci :)

pidji

pidji le 10/04/2021 à 19:04:48

Un peu du même avis que 8oris du coup : c'est original et prometteur, même s'il y a encore 2-3 trucs qui me gêne (certains passages répétitifs)
Mais si c'est corrigé sur l'album à venir, ça risque d'être très bon !

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