Periphery - Periphery II: This Time It's Personal

Periphery - "Periphery II: This Time It's Personal"
chronique Periphery - Periphery II: This Time It's Personal

Periphery, le premier album des messies américains du djent, nous avait laissés le cul entre 2 chaises – celle de l'émerveillement et celle de l'agacement –, comme lors de l’ouverture prématurée d'un grand cru qui aurait mérité de vieillir quelques années de plus en fût de chêne: au nez, tout ça sentait le festival de saveurs explosives, mais en bouche, ça restait encore un peu vert. Deux années suplémentaires à reposer dans l'atmosphère ouatée des studios allaient-elles permettre à la bande à Misha Mansoor d’enfin révéler tout son arôme, et d’imposer définitivement sa relecture émo-geek de la parole sacrée Meshuggienne? J’y croyais…

 

… Mais il semblerait que ce qui nous avait énervés sur l’album précédent n’était pas que la marque logique d'un certain manque de maturité, mais bien l’affirmation d’une patte – à laquelle on adhère... Ou non. Bon, il faut quand même avouer que les nouveaux titres sont un peu plus focalisés que par le passé, et qu’il semble se manifester avec de plus en plus d'évidence une volonté de proposer de « vrais » morceaux, assimilables comme tels par un public toujours avide de tubes et d’hymnes fédérateurs. On retrouve de plus ce souci de la mélodie qui fait mouche, ces injections légères mais judicieuses de délicats filets électro, ainsi que cette utilisation des saccades et de la polyrythmie qui – contrairement à ceux qui s’en servent pour faire entrer l’auditeur dans une transe hypnotique – permettent cette fois encore de dynamiser des compos par ailleurs foutrement techniques, dans une démarche pas si éloignée que ça du breakcore en cela qu'elles agissent comme un shoot maousse de caféine. Le problème c’est que, à quelques exceptions près, le groupe continue d’écrire des morceaux qui se visitent comme autant de musées pleins d'œuvres hétéroclites plus ou moins logiquement reliées les unes aux autres, avec, par moment seulement, des passages véritablement fabuleux. A l'image de ce « Ragnarok » assez classique et peu accrocheur au premier abord, mais qui explose soudain à 3:18 sur un pic émo carrément puissant. Ou de « Make Total Destroy » qui commence dans un impressionnant mode « tachycardie & mélodie », mais qui se perd dans les méandres de nœuds polyrythmiques entre 2 poussées mélodiques. Ou de « Mile Zero » qui propose les habituelles communications saccadées façon "morse", mais qui ne brille réellement que sur son exceptionnel refrain. Peut-être le groupe laisse-t-il traîner ses titres trop en longueur, ou peut-être s’impose-t-il trop systématiquement une dose syndicale de galipettes techniques arides – sans doute afin d’asseoir plus solidement encore sa position sur le podium djent. Malheureusement le résultat est tel que cela conduit souvent à « détubiser » des morceaux qui auraient pu autrement être définitifs de bout en bout.

 

Et puis il faut avouer que si le chant de Spencer vous avait fait grimacer sur l’opus précédent, sur Periphery II: This Time It's Personal, cela ne va pas s’arranger. Le gus est certes tout à fait excellent dans son registre, mais le problème c’est que pour apprécier la performance, il faut supporter 1) les teenageries à la Linkin Park 2) le pseudo growl coreux à la Slipknot. Eh oui, cette fois encore, ça clignote « teen music » de partout derrière le micro, et c’est d’autant plus énervant que des groupes comme Textures – qui semble beaucoup inspirer les américains dès qu’il s’agit d’inclure de vastes plages aérées au milieu de la tourmente – réussissent à merveille, eux, à injecter du chant clair dans leurs compos, sans pour autant que cela sonne chamallow. Un jour peut-être, Periphery se dotera d’un chanteur dont les cordes vocales se trimbalent sans cartable sur le dos… Autre point négatif, le groupe semble avoir développé quelques automatismes d’écriture dont il abuse un peu trop. Le coup du morceau qui commence ou bien par une petite poussée d’électro mignonne, ou alors par une source timide de lead située en arrière-plan revient un peu trop souvent. Puis c’est l’enchevêtrement coreries revêches / couplets « beau gosse » qui mène jusqu’au climax du refrain, et rebelote, la trame musicale étant secouée au moins une fois par un sommet de violence syncopée, et assouplie au moins une fois par une pause quasi-totale de l’activité. A cela se greffe une nouveauté peu bandante – pas systématique mais presque – consistant à caler en fin de morceaux de longues outros cotonneuses et inutiles... Tous ces tics contribuent à créer une impression de gros bloc indigeste et monochrome seulement percé de ci de là par quelques moments de grâce – alors qu'on attendrait un album constitué de tubes ayant chacun leur personnalité propre…

 

Mais si cette chronique est si acide, ce n’est pas du fait de l’indigence de Periphery II: This Time It's Personal. Non, c’est juste que je croyais sincèrement que Perirphery allait enfin nous mettre une claque monumentale qui ne supporterait pas la critique... Alors qu'il ne réussit qu’à faire un peu mieux que le coup précédent, les défauts restant peu ou prou les mêmes. Bref, au lieu d’être exceptionnel, cet album n’est que très très bon, avec quelques pointes occasionnelles d’excellence. On retrouve cette majesté, ces guitares incroyablement volubiles, cet équilibre parfait entre technique et bucheronnage cyber, cette prod clinique qui sied si bien au genre, ces envolées mélodiques envoûtantes… « Have a blast » est l’exemple parfait de cette démarche artistique ambitieuse qui peut – donc – parfois aboutir à un résultat aussi digeste que passionnant, aussi pointu que poignant… Si l’on arrive à faire abstraction de ce chant un peu trop typé « boyz band ». L’excellemment nommé « Facepalm Mute » offre lui aussi une leçon du genre, avec un contraste appuyé et judicieux entre caresses au fil de fer barbelé Meshuggien et refrain « beau gosse ».

 

Periphery, c’est l’exemple-même du groupe de petits surdoués à qui l'on a envie de botter le train. Pour qu’ils cessent leurs miaulements de minets. Pour qu’ils brisent leur cocon-geek et assimilent enfin les fondements du rock, histoire de revenir avec un album qui mettrait tout le monde d’accord. Avec l’expérience d’un Textures plus la démarche organique et les cordes vocales d’un Klone, ce groupe aurait de quoi déplacer des montagnes. D’où la note et l’agacement. Et d’où la supériorité d’un Animals As Leaders qui 1) sait composer des morceaux variés et cohérents 2) a l’intelligence de préférer l’approche instrumentale aux postillons à peine pubères. N’empêche, ne désespérons pas: tout ce talent va bien finir par accoucher d’une œuvre vraiment à la hauteur…

 

PS : il ne faudrait pas oublier de signaler que l’on retrouve sur « Erised » un solo de John Petrucci (Dream Theater), un autre de Guthrie Govan (Asia) sur « Have A Blast », ainsi qu’un dernier de Wes Hauch (The Faceless) « sur Mile Zero »

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: un nouvel album de geek-émo-djent aussi époustouflant de par sa technique débridée et ses grandioses poussées mélodiques qu’énervant de par sa touche US teen tête-à-claques et son inaptitude à atteindre une perfection qui semble pourtant à portée de main…

photo de Cglaume
le 12/12/2012

1 COMMENTAIRE

Matt666

Matt666 le 13/12/2012 à 17:43:00

Tellement d'accord avec cette critique, et notamment sur l'abus total des voix (gutturales ou chantées)... Putain de voix claires dégueulasses qui polluent nombre de groupes aujourd'hui. C'en est devenu insupportable.

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