Revocation - Netherheaven

Chronique CD album (44:45)

chronique Revocation - Netherheaven

En 2018, la France des gilets jaunes découvrait que tout n’était pas rose dans la Start-up Nation, et ce faisant voulait faire tomber Jupiter de son trône. Au même moment, à Boston, Revocation découvrait Lovecraft, tandis que de son trône céleste c’était une couleur bien moins chatoyante que celles de l'Hexagone qui tombait. Ce parallèle tracé aux forceps pour vous rappeler qu’après de nombreuses années à pratiquer un Death/Thrash technique à la fois varié et mélodique, les Américains se décidaient à relocaliser leur salle de répète dans la banlieue de R'lyeh, et sortaient pour l’occasion The Outer Ones, un 7e album plus sombre, plus effréné… plus Death que Thrash, à vrai dire.

 

Quatre ans plus tard, allaient-ils s’en revenir aux terrains vagues et aux paysages urbains où il fait bon riffer en jean ? Penses-tu, à force d’invoquer des divinités plus effroyables les unes que les autres, le groupe a fini par tomber sur la moins fréquentable d’entre toutes : la coquine, fourchue et poilue Lucie Fère. La Bible satanique ayant désormais remplacé le Necronomicon sur leur table de chevet, pas question que la musique se remette à respirer le bon air frais ou à retrouver des tonalités plus positives. Sur Netherheaven, le Death / Thrash de Revocation continue de patauger dans des endroits pas clairs. Mais la poussière et le souffre y ont remplacé la gadoue et la suie, les sonorités se faisant dorénavant plus volontiers Black Metal – ou Death / Black pour être exact, les mélodies mélancolico-glacées (et parfois les blasts robustes) de « Diabolical Majesty », « Galleries of Morbid Artistry » et « The Intervening Abyss of Untold Aeons » semblant émaner de musiciens ayant pris Dissection en LV2 au Conservatoire.

 

Cette cuvée 2022 s’inscrit donc dans la logique « Noir c’est Noir » de la précédente. Mais la continuité entre les deux ne s’inscrit pas qu’à ce niveau. Alors non, il ne faut pas chercher pareille constance au niveau du line-up, vu que Dan Gargiulo a claqué la porte du local (ou bien s’est-il pris ladite porte en pleine poire, pas plus d’info sur cékiki qui a été vilain dans l’affaire), David Davidson restant depuis lors le seul Dr ès-médiator du dorénavant trio. Là où le groupe est resté sensiblement régulier, c’est dans sa capacité à proposer autre chose que de strictes brouettes de Diabolus in Musica. Car il se doute bien que ce n’est pas l’amour des boucs et des pentagrammes qui fédère les troupes de fans qui le suivent, mais plutôt cette capacité à mettre une technique sans boursouflures au service de la mélodie et de l'efficacité. D’où certains moments aussi dansant et généreux en notes qu’une création gorodienne (sur « Re-Crucified », à partir de 1:30). D’où certains lâchers de bride déboulant sur des cavalcades pêchues jouant au coude-à-coude avec At The Gates, The Crown et leurs amis (à 2:40 sur « Nihilistic Violence », puis à 0:25 sur « Strange & Eternal »). D’où ces instants plus particulièrement chéris où l’on quitte le Metal « dark’n’tech » tout venant pour du premier choix vieilli en fût de chêne. Si de ce point de vue les Américains ne se montrent pas trop avares, on mentionnera deux gourmandises qui mettent le point de Gräfenberg plus particulièrement en émoi. Tout d'abord cette alliance chaud-froid de zébrures riffées assez sèches avec de magnifiques ascensions mélodico-artistocratiques (sur « Galleries of Morbid Artistry », la première occurrence apparaissant à 0:55). Et pour aller crescendo dans le Rhaa Lovely on citera ensuite, au milieu d’un « Godforsaken » particulièrement hostile, cette géniale vision d’apocalypse qui, à 2:55, déchire le voile morose qui jusqu’ici nous voilait les tympans, et lors de laquelle deux leads sublimes tournoient au-dessus d’une rythmique incarnant la fatalité dans toute son inexorabilité.

 

Réservons encore quelques courtes lignes pour parcourir la fiche technique et vous dire que ce nouveau paquet cadeau discographique a été emballé (mix, mastering) par Jens Bogren au Fascination Street Studios, et que deux invités viennent jouer le rôle de cerises sur le clafoutis au sein du dernier morceau : George "Cannibal Corpse" Fisher et Trevor "The Black Dahlia Murder" Strnad – ce dernier étant mal parti pour fêter le passage en 2023, il se voit dédié l'album de façon posthume.

 

Sombre, plus que jamais porté sur les atmosphères (et à ce titre parfois lancinant et dissonant, ce qui est raccord avec la thématique), mais globalement toujours aussi pointu et jouissif, ce huitième Revocation s'écoutera en dégustant une Belzebuth en compagnie d'une poignée de potos portant T-shirt Beyond Creation et slip Dissection (... et pourquoi pas des socquettes Immolation).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: continuant dans le trip « occulte », mais troquant cette fois Chtulhu pour Asmodée, Revocation fait souffler un vent glacial (quoique toujours chargé en mélodies) sur les compos de Netherheaven. Ce dernier est donc un album où les atmosphères ont une importance capitale – pas de technique pour la technique, même si ça n’a jamais été trop le style de la maison – mais où les morceaux sont plus souvent bleu glacé à la Dissection que noir charbon à la Germinal… Pour autant n’ayez crainte : même si on peut apercevoir l’ombre de la bête au fond à droite, le groupe continue avant tout à jouer un Death / Thrash sans corpse paint ni croix renversée sur le front…

photo de Cglaume
le 10/10/2022

1 COMMENTAIRE

Seisachtheion

Seisachtheion le 10/10/2022 à 08:15:12

Quelle merveille technique ce groupe de... trois seulement !

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