Soulvasq - Out Past Ours

Chronique CD album (31:17)

chronique Soulvasq - Out Past Ours

C’est vrai: en quittant un groupe pour un autre, les musiciens changent parfois totalement de registre. Peu de rapport, par exemple, entre le Michael Amott plaquant des riffs tranchants sur le Necroticism de Carcass et le porteur de pattes d’eph qui tripe dans le kaléidoscope Spiritual Beggars. Rien de plus éloigné des doux songes émanant du Devin Townsend de Casualties of Cool (qui, plus qu’un album, est vu comme une formation à part entière) que les déflagrations apocalyptiques générées par le même bonhomme au sein de Strapping Young Lad. Cependant, dans la grande majorité des cas, les musiciens emmènent un peu – voire beaucoup – d’eux-mêmes d’une formation à l’autre. D’où l’idée – pour l’insatiable consommateur de Metal bariolé que je suis – de farfouiller dans la vieille malle des groupes auxquels ont pu appartenir tel ou tel musicien connu pour son apport à la Nawakosphère. C’est ainsi que, en tirant sur les ficelles Dog Fashion Disco et Duct Tape Mustache, je me suis retrouvé à dérouler une bobine HTML qui me conduisit bientôt du côté de The Ideamen. Et en tirant un poil plus fort, je remontai bientôt d’un cran supplémentaire dans le temps, jusqu’à Soulvasq… C’est qu’on se sentirait parfois comme un mélange d’Ariane et d’Indiana Jones du Web, la boussole dans une main, le fouet dans l’autre, le fil entre les dents, à la recherche de l’Album perdu.

 

Alors si Out Past Ours n’est peut-être pas de ces St Graal que les nawakophiles cherchent avidement, il n’en est pas moins un beau petit fragment de Rock métallique brassant large, la chose ayant été sculptée sous l’influence évidente de Faith No More et Mr. Bungle. Ce chant espiègle et nasillard, ces nappes de clavier, ces accroches récurrentes, ces accès de singularité rigolarde flirtant avec le Nawak: le rapprochement ne fait pas débat. Et si jamais, malgré cet évident gros nez stylistique au milieu du visage, le parallèle ne s’était pas imposé de lui-même, « Before The Law » se charge de dissiper les derniers malentendus via une série de « Hey! Hey! Hey! Hey! » (à 0:54) qui renvoie clairement à la trille semblable lâchée par Mike Patton sur « A Small Victory ». Et le début tendu de « Aliens Ate My Buick » de renvoyer tout aussi clairement à l’époque d’Angel Dust.

 

Alors oui, c’est sûr: cette comparaison un peu trop évidente nuit à l’image que l’on finit par se faire de Soulvasq. Et puis il faut avouer que s’il n’est pas complètement miteux, le son d’Out Past Ours est quand même un peu maigrelet. Ce qui contribue à rappeler un autre groupe pas si éloigné finalement, quoique français celui-là: Aspirateur de Langue. La même décontraction, la même nonchalance, avec quand même – soyons sport – une bonne longueur d’avance pour les Américains. C’est que leur musique est quand même plus ensoleillée (même qu’on aurait parfois envie de parler de « Blue Sky Fusion/Rock »). Et qu’elle a mis une grosse basse dans son moteur, celle-ci faisant décoller une grosse moitié des morceaux (« Liquid », « Sloppy Fisted Coffee Guzzle » & co) très haut au-dessus des hamacs. Si une grosse partie de la tracklist réveillera idéalement vos enceintes lors de matins langoureux à la météo clémente – quelques passages Reggae ajoutant même une couche de crème solaire sur vos oreilles –, il ne faudrait pas non plus résumer Out Past Ours à de la pure musique de transat. Parce qu’un « Sloppy Fisted Coffee Guzzle » finit dans une tension psychotique toute pattonienne, tandis que « Two Dollar Bill » transpire le swing par tous les pores… Que dis-je: le Swing, avec un sexe majuscule et insolent, des corps qui se frottent et des doigts qui claquent. « Sa mère comme c’est bon! », pour le dire autrement...

 

Alors certes, on n’ira pas forcément claquer 300 patates sur eBay pour acquérir l’édition originale de l’album. On se contentera de récupérer les morceaux sur le site du groupe (dépêchez-vous tant qu’il est encore en ligne!). Par contre on bisquera qu’un Deezer ou un Spotify ne nous offre pas ces 7 morceaux en ligne afin de pouvoir ambiancer nos petit-déj’ tardifs, la plupart de ceux-ci étant des candidats évidents pour figurer sur les playlists « Toasts, pastèque & café en terrasse » estivales…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: évidemment, si on veut se montrer cinglant, on peut décrire l’unique album de Soulvasq comme l’entreprise sympathique mais un peu vaine de garçons de plage indolents tentant de rendre hommage à Faith No More. Mais ce serait bêtement réducteur. Car si sur la forme c’est proche de la vérité, le mot « vain » est de trop. Et cette description occulte le kiff réel vécu par l’auditeur qui, les pieds dans l’eau, n’en revient pas à quel point « Sloppy Fisted Coffee Guzzle », « Two Dollar Bill » et leurs petits-frères de tracklist sont juteux!

photo de Cglaume
le 09/09/2020

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