The Erkonauts - I Want It To End

Chronique CD album (38:20)

chronique The Erkonauts - I Want It To End

Euphorie et félicité dans les chaumières covidées: revoilà The Erkonauts, les Suisses champions du monde de basse 2.0! Si vous avez autant de mémoire que de bon goût (axiome: goût = « bon » ⇔ goût identique au lapin. Corollaire: j’aime pas ⇒ c’est d’la merde), vous devez avoir la truffe qui s’humidifie dès que Pavlov vous susurre « Little Mary » ou « The Great Ass Poopery » à l’oreille. Pour moi en tous cas, c’est ce qui se produit. Ce qui explique que mon extension caudale se soit mise à battre follement quand a été annoncée l’arrivée de I Want It To End, le troisième album des adorateurs du dieu Erkon.

 

L’écoute de « War Flamingoes » – premier extrait dudit album – n’a pas, loin de là, fait baisser la fréquence à laquelle l’air se faisait fouetter à l’arrière de ma lapine personne. Une telle débauche d’énergie, de basse, de grandeur, d’intelligence (… et ce clip Maman!): ça frôlait l’hyperventilation et la tachycardie dans mon clapier! Par contre il faut bien avouer que la mise en ligne du deuxième extrait (« Five Orange Seeds »), ainsi que les toutes premières écoutes de l’album ont fait sensiblement retomber la fièvre.

 

« Ça ‘sentirait pas un peu le marasme grisâtre tout ça? »

« On dirait que leur réparateur de trampoline s’est mis en grève dis… »

 

Bah oui mais regardez bien, c’est marqué dessus: « I Want It To End ». Autrement dit « Qu’on en finisse ». « Débranchez-moi ». « Marre de ce monde de merde ». « Ça va couper chérie »… Car pour la petite histoire, ce 3e album a été écrit dans des circonstances qui rappellent la genèse de Pitfalls, le dernier Leprous: au fond du trou, des nuages de suie plein la tête, le spectre d’une dépression vorace collé au thalamus. Heureusement pour nous, Ales Campanelli (bassiste de Samael, ex-Sybreed, et propriétaire des murs) s’est sorti de là avec les mêmes armes et le même panache qu’Einar Solberg. Autrement dit en utilisant la musique comme exutoire, et en transformant les monceaux de merde qui comprimaient sa faculté à être heureux en 9 lingots d’or durant au total 38 minutes.

 

Et une fois assimilé le fait que le The Erkonauts nouveau n’a pas pour unique vocation de nous bifler les oreilles à grands coups de basse survitaminée – mais qu’il adopte une approche plus sombre, plus introspective, plus profonde – on peut profiter de ce cette nouvelle œuvre pour ce qu’elle est: un voyage merveilleux et très personnel à la croisée du Prog moderne, du gros Rock crasseux vaguement Stoner, d’un Post-truc-core coloré de SF, et de l’héritage croisé de grands noms comme Meshuggah, Gojira, Mastodon & co. Alors heureusement, en dehors de « War Flamingoes », on trouve encore sur I Want It To End de ces séances de galipettes frénétiques tellement pétillantes qu’on aurait presque envie de les qualifier de « Disco » (cf. « Losing Is The First Step »). Et puis la froideur de ces univers tourmentés est toujours aussi régulièrement tempérée par de grosses guitares suintant la sueur et le « d’Jack » bu au goulot (cf. « The Sun », « The Future Ends With You », ainsi qu’un « The Curse of Scotland » constituant une conclusion presque trop roots et rugueuse après tant de sophistication).

 

Mais la nouveauté c’est donc que I Want It To End a pris un virage plus sensible, plus Prog, qui propose de magnifiques points de vue sur des paysages tout en dégradés de gris traversés par de vives et vastes coulées brûlantes… La chose est d’ailleurs parfaitement illustrée par la superbe pochette réalisée pour l’occasion. Elévation, contrastes chromatiques, espoir, force et lumière perçant un froid éther, élégance: l’artwork résume idéalement le contenu de cet acte III. Musicalement, le nouveau visage de The Erkonauts s’incarne dans les morceaux « Five Orange Seeds » (profondeur, résignation sereine et fragments d’absolu), « The Cult of the Burning Star » (balancier mélodique caressant les herbes à l’aller, et contractant les muscles au retour), « It Could Be Over » (dépression épurée qui touche sans mettre le bourdon) et « Caravaggio » (progression délicate débouchant sur une vision de fin du monde terriblement attirante). Le groupe s’y révèle sobre, juste, et subtilement puissant.

 

Alors évidemment, vu que musicalement je suis plutôt clowns funky, guitares fonceuses et / ou golgoths cyclopéens, cette approche sombre et spleenesque me prendrait plutôt à rebrousse-poil. Et je ne peux qu’espérer qu’Ales s’épanouisse pleinement dans les années à venir – via un régime Nyotaimori, la pratique du yoga bière ou du bilboquet – afin que le 4e album de The Erkonauts reparte la basse fièrement en avant pour de nouvelles séances de cabrioles fiévreuses. N’empêche que I Want It To End est à ce point varié, intelligent, profond et bon qu’il a réussi à séduire ce vieux renfrogné de chroniqueur peu amateur de sombres pensées. Malgré ce triste titre, il semblerait donc que « The End » ne soit pas près de s’afficher sur l’écran projetant le film de l’ascension du groupe – c’est en tous cas ce qu’on lui souhaite après trois albums aussi excellents!

 

 

PS : la prod et le mix sont assurés par Drop (cf. Sybreed) et le mastering est signé Jens Bogren. Traduction : GROS son.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: s’il frétille toujours autant de la basse et qu’il continue d’affiner sa personnalité en mêlant Stoner Rock, Prog et Metal moderne, The Erkonauts (qu’on pourrait résumer à Ales Campanelli) profite de son 3e album pour explorer des paysages plus sombres et effectuer des voyages plus introspectifs. OK, la chose sonne tristoune, pour ne pas dire sinistre. Et pourtant le résultat est magnifique.

photo de Cglaume
le 23/11/2020

7 COMMENTAIRES

dayedayedaye

dayedayedaye le 23/11/2020 à 19:19:25

Totalement fan du groupe a cause de vous depuis le 1er album ahah !!

cglaume

cglaume le 23/11/2020 à 21:31:19

Eh bien on ne s'excusera pas ;)

pidji

pidji le 23/11/2020 à 22:58:08

Ok, il est plutôt sympa celui-là ;)

nipalvek

nipalvek le 24/11/2020 à 13:34:54

C'est peut être la conjecture actuelle mais l'impression spleen,tristoune et sombre je l'ai  ressenti sur l'album d'avant.  Ce n'est pas la joie niveau texte mais musicalement c'est + optimiste dans mon ressenti. Une impression d'être dans une bulle loin du bordel ambiant

cglaume

cglaume le 24/11/2020 à 13:44:43

Effectivement. Et l'artwork laisse brillamment transpirer cette impression. :)

nipalvek

nipalvek le 24/11/2020 à 14:44:16

Et tu te sens comment après l'écoute de l'album? Niveau émotion?

cglaume

cglaume le 24/11/2020 à 18:40:27

Comme toi. Tout comme le dernier Leprous, ce dernier The Erkonauts est né dans le noir et le froid, mais il n'y pousse pas l'auditeur, loin de là. De notre côté des enceintes il y a un beau paysage à contempler, sereinement. Noir dans les coins, clairement, mais globalement apaisé.

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