Vektor - Outer Isolation

Vektor - "Outer Isolation"
chronique Vektor - Outer Isolation

Après le « TP d’Physique death metal » de Øscillatör, 2012 nous fait découvrir (du moins pour ceux qui ne connaissaient ni les 3 démos, ni l’album précédent) l’«algèbre thrash » de Vektor. À croire que ces dernières années, la teneur en enseignements scientifiques a été revue à la hausse dans le cursus scolaire suivi par la jeunesse américaine. Mais en fait de mathcore, Vektor pratique un genre "bien plus ancien", et à vrai dire assez peu répandu – bien qu’on puisse considérer qu’il bénéficie d'un relatif regain de vigueur via les exactions de petits d'jeunes tels Revocation ou Exeloume, ainsi qu’à travers la persévérance de vieux piliers du genre, comme Coroner et Mekong Delta. Vous l'aurez compris (ou pas): on parle ici de techno-thrash.

 

Mais revenons à Outer Isolation. Open. Insert. Play… Ambiance « salle des machines bio-méchaniques du vaisseau amiral ». Intro flirtant avec le générique de X-Files, puis regard à droite par le hublot afin de voir passer le vaisseau-spatial fantôme Killing Technology. OK, le thrash de nos américains s’annonce non seulement technique, mais également imprégné d’ambiances SF sombres. Et en effet, il semble de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'on avance dans la découverte de l'album, que Voivod fait partie des fondements de la culture métallique de nos lascars. Tiens, matez-moi ce logo d’ailleurs: ça ne vous rappelle rien?

 

Sauf que malgré l’album évoqué plus haut pour décrire le début de « Cosmic Cortex », c’est plutôt la période « cyber- prog » de la bande à Snake, Away & co qui inspire Vektor quand il s’agit d’évoquer les affres de l’asphyxie sous scaphandre. Par contre, dès lors qu’il s’agit de faire souffler de furieux vents stellaires, le groupe puise dans des sources bien plus sauvages – comme Savage Grace pour la vitesse, et les vieux Destruction pour l’agression (mazette, mais je fais des rimes sans le vouloir!). Les plans les plus tortillonneux (et l’impressionnante longueur de certains morceaux) pourront également évoquer Mekong Delta (cf. le début de « Dying World »), mais on va arrêter là le jeu des 7 familles, vous devez commencer à vous faire une bonne idée du truc.

 

Quoique profitons du dernier groupe évoqué pour rebondir sur le sujet du chant, et opposer ainsi la démarche des allemands – qui ont choisi de dépoussiérer leur image « 80s » en abandonnant le registre de la crécelle grinçante pour une approche heavy-prog beaucoup plus policée – de celle de nos jeunes ricains – qui se vautrent avec délectation dans le registre ultra-old school de la hyène s’égosillant dans des aigus extrêmes et éraillés. David Disanto exhibe en effet un organe écorché à vif (ah les joies du SM qui dérape), entre le Chuck Shuldiner de The Sound of Perseverance, les petites teignes qui faisaient saigner leurs cordes vocales à l’époque où le speed metal ne s’était pas encore détaché du giron heavy metal pour devenir le thrash, voire les harpies les plus stridentes du black – Dani Filth semblant par moment pointer le bout de son contre-ut, comme par exemple au début de « Fast Paced Society ».

 

Mais le chant quasi-black ne constitue pas le seul domaine dans lequel le groupe emprunte au metal le plus récent et le plus virulent. La musique elle-même y plonge régulièrement avec une joie mauvaise et communicative, le conclusif « Outer Isolation » donnant même par moment dans l’«horror goth black » (vers 5:09), voire dans le black sympho (tiens, là, à partir de 6:15, puis après encore). Parfois ça blaste carrément, et de temps à autre, il arrive même qu'on sente poindre des plans plus franchement death. Mais rassurez-vous amateurs de trve-techno-thrash qui tâche, Vektor travaille principalement dans le respect des traditions, et truffe ses plans de soli ébouriffants, de duels de twins déchaînées et d’accélérations fulgurantes. Le groupe se fait de plus un malin plaisir de bien mettre en valeur ces dernières à l’aide de contrastes bien sentis, les morceaux commençant souvent par arpenter des sentiers tortueux pleins de détours avant de plonger la tête la première du haut de la falaise lors d'excès de vitesse supraluminiques (cf. « Dying World », « Dark Creations, Dead Creators » et « Fast Paced Society »). Ce qui ne les empêche pas par ailleurs de bourrer du début à la fin, comme sur les excellents « Tetrastructural Minds » et « Venus Project ».

 

Outer Isolation est donc une merveilleuse madeleine de Proust qui mélange black-thrash-speed old school, Voivoderies SF tortueuses et longues pièces ambitieuses à la Mekong Delta, le tout avec une fraîcheur et une maestria aussi époustouflantes qu’inattendues. Une vraie bonne surprise quoi! Et dire que d’aucuns prétendent que Black Future, le petit précédent, est encore meilleur... Il va falloir aller vérifier ça vite fait!

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: du très bon techno-thrash de l’espace, à la fois terriblement old school et doté de biscotos musclés par 2 décennies de metal extrême, entre ambiances sombrement tortueuses et démonstrations de haute voltige guitaristique.

photo de Cglaume
le 30/10/2012

6 COMMENTAIRES

slipman

slipman le 30/10/2012 à 10:12:25

très bonne chronique pour ce groupe difficile à définir , c'est techno-trash mais pas que , bref perso j'adore les 2 albums

cglaume

cglaume le 30/10/2012 à 10:19:32

... J'ai du retard: il va falloir acquérir le 1er !

sepulturastaman

sepulturastaman le 30/10/2012 à 18:33:28

Pour moi cet album méritait la première place dans mon top 10 2011. Sinon tous pareil que toi en plus court hein : Voivod + Dani Filth + X-files.

Matt666

Matt666 le 27/09/2014 à 17:46:36

Enormité d'album !

mediamus

mediamus le 29/10/2016 à 09:00:23

excellente critique pour un excellent groupe

cglaume

cglaume le 29/10/2016 à 11:44:04

Merci :)

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