Witches - The Fates

Chronique CD album (29:00)

chronique Witches - The Fates

Parmi les vieux briscards de la scène extrême française, on retient très facilement quelques noms : Mercyless, Agressor, Loudblast, Massacra ou encore Misanthrope. Et il y en a d'autres qui peinent davantage à pérenniser dans les esprits et ce, alors qu'ils restent pourtant présents, confinés dans les méandres de l'underground, le rythme en dent de scie en terme de carrière n'aidant clairement pas non plus à s'extirper au-delà pour rejoindre les collègues sus-nommés. L'an dernier, j'avais abordé Mortuary. Aujourd'hui, on passe à l'autre cas que l'on a (injustement) tendance à zapper : Witches. Au démarrage entièrement féminin – fait rarissime à l'époque, surtout pour balancer un thrash/death aussi bourrin – avant de partir sur une configuration mixte avec une grosse beugleuse en chef au micro, Witches, c'était finalement notre Holy Moses de notre côté du Rhin. Et que même si le combo n'a pas été spécialement productif, il n'a pourtant jamais disparu des petites salles moites et puantes et autres MJC de rases cambrousses. Maintenu à flot par une Sybille Colin Tocquaine – frangine du gratteux d'Agressor donc – avec une poigne toute aussi virile et velue que n'importe quel vieux hardos mal léché arborant la veste à patchs d'époque sous les cheveux et barbe gras et hirsutes, on voit aujourd'hui enfin débouler le troisième album, The Fates, après le délai de treize ans réglementaires (il y a eu le même délai entre le premier et second opus, la cadence semble définitivement adoptée).

 

D'emblée, The Fates met les pendules à l'heure : on met treize ans peut-être mais ce n'était clairement pas parce que l'on faisait de la dînette qui résulterait sur un résultat sirupeux. Sybille n'est pas là pour jouer la séduisante nymphe des bois et l'on imagine qu'à la vie, sa progéniture doit acquiescer et filer droit sans sourciller tant on est loin d'un aboiement de chihuahua gentiment hystérique quand ça vient montrer son mécontentement. Non, quand ça gueule, on se trouve plutôt dans le registre doberman qui sait autant menacer et intimider que sauter carrément à la gorge pour arracher et bouffer les amygdales. Bref, la dame prend peut-être de l'âge, fatalement, mais il faut reconnaître que cela n'a pas spécialement de conséquences en terme vocal, ni même dans d'éventuelles envies de partir vers des choses plus pépères et mélodiques comme on peut le voir chez tout un tas de vieux groupes, qu'ils soient issus de la scène extrême ou non.

 

Parce que derrière le chant, le musical ne donne clairement pas dans la dentelle non plus. The Fates, c'est l'album coup de poing dans tous les sens du terme. De la bonne patate plutôt brève (à peine trente minutes) mais intense dans l'agressivité qui amoche salement et ce, sur toute sa longueur. Et bien putassier comme il faut en plus de cela tant c'est le genre de plaque qui semble à sa découverte banale et beaucoup trop homogène pour faire bonne impression d'entrée de jeu. Mais qui se révèle autrement plus riche et enthousiasmante au fil des écoutes. Derrière cette violence et agression continues, il se niche tout de même une certaine volonté de varier les plaisirs quant à la manière dont on nous pète les dents. Une base thrash/death bien vénère au goût délicieusement old-school (on fait forniquer Vader et Slayer avec une Sabina Classen, voire Angela Gossow au micro pour résumer donc) à laquelle on n'hésite pas à coller quelques éléments black de temps à autres (la gratte bourdonnante dans « Black From Sorrow » ou les vocaux plus aigus sur « Off The Flesh ») jusqu'à pousser carrément le bouchon en simili-grindcore (la dernière partie de « Death In The Middle Ages » où des mecs de Hate Beyond et Pleasure To Kill viennent se taper l'incruste dans la joie et la bonne humeur). Si l'ensemble file à une vitesse soutenue, avec sa belle petite rasade de breaks brise-cous et bien sentis, Witches n'oublie pas pour autant la petite pause mid-tempo (« Black From Sorrow »), le tout sans compromettre le moins du monde l'intensité et la brutalité du propos.

 

Bref, vous l'aurez compris : The Fates, c'est la sauvagerie bête et méchante. C'est bourrin, c'est malsain, ça chope la gorge d'emblée et puis s'en va tout aussi vite. Pas surprenant pour deux sous mais blindé jusqu'à la moelle de diverses croustillades sonores qui trouvent grâce aux oreilles (le riff « Feared And Adored » bon sang !) une fois l'homogénéité de façade estompée. En cela, la décision d'avoir choisi une courte durée est vraiment judicieuse. Ce n'est pas forcément révélateur d'une forme de fainéantise de la part de ses géniteurs, c'est surtout que la sauce n'aurait sans doute pas eu le même impact si on l'aurait étirée sur dix à quinze minutes de plus. Au final, deux problèmes à signaler : une prod' un brin trop compressée d'une part mais surtout de ne sortir que maintenant, en 2020. C'est qu'il serait sorti au début des années 90, Witches n'aurait pas eu forcément à rougir face à un Reign In Blood et The Fates aurait sans doute fait partie des albums cultissimes bien de chez nous qui traversent les années avec éclat.

photo de Margoth
le 06/10/2020

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 06/10/2020 à 10:00:11

Grosse mandale inattendue et carrément bienvenue ! En effet, un petit côté Vader thrashy carrément efficace. Dans le wagon de tête des opus 2020 !

sepulturastaman

sepulturastaman le 06/10/2020 à 10:36:03

Je plussoie.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/10/2020 à 12:25:32

Une note parfaitement justifiée: c'est méchant, c'est furax et ça sent des aisselles. Il est à la porte de mon top 10 de l'année: à voir s'il le rejoint

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