Demoniac - So It Goes

Chronique CD album (42:05)

chronique Demoniac - So It Goes

À moins que des trucs se soit passés dans mon dos en des endroits de mes oreilles inconnus, on ne peut pas dire que 2021 ait été l’année du Thrash. L’année du [Brutal] Death technique, oui – cf. les derniers Archspire, Ophidian I et First Fragment. Mais en matière de pur Thrash pas trop imprégné des genres avoisinants, le moins que l'on puisse dire c'est que ça n’a pas été la grosse folie. Attendez voir que je jette un dernier coup d’œil rapide dans les cartons de l’année écoulée, histoire de m'assurer que les faits corroborent bien mes souvenirs… Vektor s’est fendu d’un micro-EP, Evile ne nous a pas vraiment refait la peinture à neuf, Flotsam And Jetsam s’en est pas trop mal sorti, Killing a montré les crocs sans provoquer d'excessifs rugissements de plaisir, Cryptosis a sorti une belle petite pépite… Ah oui : et Enforced a tout enviagraïsé notre Cromy, c’est vrai. Par ailleurs je veux bien reconnaître avoir zappé les derniers Artillery, Exodus et Angelus Apatrida, parce qu’on ne peut pas être sur tous les fronts. M’enfin a priori on était bien parti pour ne pas se rappeler de cette année comme d’un grand cru du genre…

 

« … C’est peut-être qu’on ne regardait pas au bon endroit », me direz-vous à raison. C’est en tous cas ce dont semble attester notre découverte tardive de Demoniac, groupe chilien dont la virulence n’a d’égale que l’excellence.

 

« Dis, t’essaierais pas de nous entourlouper aux entournures ? Il date d’octobre 2020 ton So It Goes ! »

 

Si on s’arrête à la toute première sortie officielle à diffusion très limitée, certes, la remarque est pertinente. Mais si on considère plutôt le jalon du passage chez les Norvégiens d’Edged Circle Productions et le supplément de visibilité résultant (en janvier 2021), on peut bien compter le skeud parmi les sorties de l’année écoulée.

Et puis après tout on s’en fout non ? Ce qui compte c’est que ça tabasse nom de nom !

 

Parce que c’est bien de ça dont il s'agit sur ces 5 titres. De sauvagerie, de violence sublime… Et bien plus encore. Parce que, croyez-le ou non, ces 5 titres s’étendent sur 42 minutes, dont un interlude de 4 minutes et demi, « Extraviado », sur lequel le musicien le plus mis en avant se tripote… la clarinette ! Bref, c’est compliqué cette histoire. Mais c’en est une belle, d’histoire. Très belle même.

 

Alors non, je ne sais pas qui, quoi, ni quand. Seulement où : Limache, au Chili. Et je sais également que So It Goes est le 2e album du groupe. Quand on en découvre les premières minutes, on se dit que cette avalanche de décibels et ces matraquages frénétiques de fûts sont drôlement véhéments, chaotiques presque, à la croisée de la scène allemande des débuts – Kreator, Sodom – et d’une virulence toute sud-américaine (ça tombe bien !), dans un esprit punk / nihiliste pas si éloigné que ça du Venom des débuts. Mais on réalise bientôt que cet album recèle également de superbes mélodies, des tableaux apocalyptiques fastueux (qui peuvent évoquer le Darkness Descends de Dark Angel)… Ainsi que la basse de Steve Harris, là, qui cavale follement sur le bas-côté. Et puis des leads menés tambours battant, en mode twin, comme si l’esprit fougueux des premiers Iron Maiden s’était réincarné tout là-bas, le long de la cordillère.

 

Alors oui, cet album est un fabuleux oxymore – à la fois cracra et grandiose, un peu comme le Animate​/​/​Isolate d’Obsolete sorti plus tôt cette année. Mais il n’est pas que cela. Ce qui le place bien au-dessus de nombre de ses congénères, ce sont deux points essentiels. Et d’un, il n’est qu’un enchaînement continu de plans fulgurants. Là où un album classique lie ses 5/10/20% d’idées vraiment top les unes aux autres via 80% de riffs bateaux et de plans pas-mal-mais-sans-plus, So It Goes ne propose quasiment pas de gras : les tueries et mandales s’enchaînent sans quasiment laisser à l’auditeur le temps de souffler. Et de deux, cet album parle aux tripes. Profondément, là où ça picote, là où ça donne envie de lâcher prise et de jouer les super héros à cheveux longs, les yeux fermés et la porte verrouillée, histoire que cette chorégraphie de la honte ne soit pas filmée ni mise en ligne sur les réseaux sociaux. Cette diatribe solo qui occupe toute la fin de « Equilibrio Fatal », c’est un long frisson d’orgasme ininterrompu ! Cette formidable armada rugissante qui menace, puis fond sur nous après la minute d’introduction démarrant le morceau-titre, c’est dantesque ! Cette démonstration de toute puissance NWOBHMienne qui démarre à 2:34 et dure une bonne minute vingt, ça s’écoute à genoux ! D'ailleurs mon petit carnet à spirales est formel : quand je parcours les notes prises au cours des écoutes préparatoires à cette chronique, je ne vois qu’un long festival de points d’exclamation extatiques…

 

Et rebelote: c’est toujours quand on a fini son Top de fin d’année qu’un invité surprise vient s'y engouffrer et tout foutre en bordel … Mais que le désagrément est ridicule au vu du bonheur apporté par ce méchant skeud ! Alors si vous aimez Xoth, Vektor (oui, parce que la chose est technique également) ou l’un quelconque des groupes cités plus haut, sautez sur So It Goes… Et même chose si vous êtes tout simplement amateurs de riffs brûlants, d’accélérations assassines et de compos intelligente sachant confectionner de délicieux cocktails adrénaline / endorphine: Go go go !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: vous cherchiez le meilleur album de Thrash de 2021 ? Regardez en direction du Chili, et savourez So It Goes, le 2e album de Demoniac ! La virulence old school des vieux Kreator et Sodom, des visions apocalyptiques sublimes, une intelligence d’écriture issue du Metal progressif (certaines compos font 6, 7, voire 20 minutes), des guitares pouvant faire preuve d’une intelligence mélodique rare… On vous prévient : vous n'êtes pas prêt de redescendre sur le plancher des vaches !

 

 

photo de Cglaume
le 17/12/2021

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