Yattering - Murder's Concept

Chronique CD album (41:45)

chronique Yattering - Murder's Concept

Le Dernier du Kvlt (ou "les classiques découverts sur le tard") – épisode 4

La plupart du temps, dans les rédactions des médias métalophiles, une règle tacite veut que les grands classiques ne soient chroniqués que par ceux qui s’en sont abreuvés dès le biberon, ceux qui les connaissent sur le bout des tympans. Agir autrement serait risquer le faux pas, la risée générale, bref: l’opprobre publique. Et puis ce serait une faute de goût, un manque de « professionnalisme », et le ridicule assuré pour le malheureux qui serait passé à côté de la vérité collective – et donc universelle.

Eh bien rien à battre…! CoreAndCo et le lapinmikaze vous proposent en effet une série de chroniques thématiques qui revisitent certains classiques à travers un regard neuf, sans préjugé, suite à une découverte récente. Alors à vos fatwas: 3, 2, 1… C’est parti!

 

Certains d’entre vous se rappellent peut-être d’un temps (révolu) où la sortie en kiosque d’un numéro spécial Metal Extrême constituait une sorte de noël avant l’heure. Parce qu’en dehors du petit cercle du fanzinat et du tape trading – activités que votre serviteur n’a pratiquées qu’à la marge, et sur le tard –, l’absence du Web faisait de nous des êtres douloureusement rationnés, voire carrément frustrés, si bien que l’arrivée du mag’ spécialisé était vécu comme l’approche du bordel pour le régiment de sous-mariniers en permission.

 

Si je vous dis tout ça, c’est entre autre parce que je m’apprête à effectuer un zoom sur le 2e numéro du hors série Metal Extreme de Hard’n’Heavy. Dans la juteuse liste des albums chroniqués au sein des dernières pages de ce canard, on trouvait Winds of Creation de DecapitatedConquerors Of Armageddon de Krisiun,  Litany de Vader… Et Murder’s Concept de Yattering, chacun de ces 4 albums bénéficiant de critiques particulièrement élogieuses.

...Grosse grosse tranche de nostalgie dégoulinante, c'est clair…

Et grosse grosse séance de bave à l’époque. Sauf que le portefeuille souffrait alors d'une forme particulièrement sévère d’anorexie. Pas de pépettes le pépère! Qu'importe, après de nombreux sacrifices et autres menus larcins (romançons un peu…), les 3 premiers opus finirent par atterrir sur mes étagères – à l’époque encore relativement peu garnies. Ce ne fut malheureusement pas le cas de l’album du 3e des groupes polonais précités. D’où la naissance d’un « mythe Murder’s Concept » tout à fait personnel. Cependant, le temps faisant son office, s’ensuivirent oubli progressif, split du groupe (en 2006), arrivée dans la vie active, enfants… Puis, plus tard encore, une grosse claque « Madeleine Proust style » le jour où le macabre bébé de la pochette croisa mon regard au beau milieu d’un amas de CDs bradés.

 

Gloria gloria alléluia: je vais enfin connaitre la sainte parole de l’évangile selon St Yattering!

 

...Allégresse qui fut bientôt suivie d’un dur retour à la réalité, voire même – disons-le – d’une certaine déception. Parce que Murder’s Concept est emballé dans une vieille prod’ broussailleuse, épaisse, mate, étouffée – alors que l’experte horlogerie qui cliquette là-dessous aurait mérité qu’on y voir clair comme en plein jour. Et puis quand même, quel fatras touffu, certes ambitieux, et impressionnant aussi, mais au final relativement lourd sur l’estomac. Bref: pas tout à fait l’usine à tubes escomptée…

 

Mais essayons de nous extraire des sombres brouillards subjectifs de la déception pour tenter de causer plus objectivement du groupe et de sa musique. Murder’s Concept est le 2nd opus de Yattering, sorti au bout de 4 années d’existence. Les 10 titres de l’album se caractérisent par une touche polonaise indéniable, autrement dit c’est carré, massif, ça bastonne façon « tir d’artillerie lourde » plutôt que « débit de barbaque à la scie sauteuse », et c’est clairement influencé par Morbid Angel – ses  détours vicieux, ses ambiances occultes, ses soli hystériques, ses invocations d'obscures entités lovecraftiennes.

Mais Yattering c’est aussi une dextérité technique impressionnante, avec entre autre 1) un batteur qui, tout en allant souvent à fond de train, n’oublie pas d’arroser largement son kit de multiples goodies rythmiques 2) des structures alambiquées, pas immédiates, voire franchement retorses. Le groupe pousse d’ailleurs quelquefois le bouchon jusqu’à partir dans de petites expérimentations pas-révolutionnaires-non-mais-quand-même, genre en balançant des croassements black cybernétiques (« The Murderer »), des passages tortueux placés sous l’égide d’un rugueux chant d’ivrogne (« The Species » - à noter le passage « aspiré »  à 1:52, où seule la batterie s’active comme une folle), ou encore une incongruité comme « Damaged », morceau décalé où la batterie fait une fois de plus comme bon lui semble, et où apparait un chant clair mais sombre (ne faites pas comme si ne me compreniez pas hein…). Cette propension à l’« avant-gardisme » conduira d’ailleurs le groupe à livrer par la suite Genocide, 3e album qui, à l’époque déjà, m’avait fait l’effet d’une douche froide.

 

A côté de l’influence Morbid Angelienne, majeure, on décèle sur Murder’s Concept des accès de brutalité plus directs et maléfiques à la Deicide (sur les 2 premiers morceaux notamment), de sombres tortillons à la Immolation, et de nombreux accès à la fois chaotiques et furieux, à la limite du grind. Cette impression est d’ailleurs renforcée par l’ajout de cris très Mitch Harrissiens, et ce mélange de dextérité technique et de chaos apparent rappelle parfois l’approche de la scène mathcore (allez ouais, c’est la fête, on se lance dans des comparaisons osées!). De l’album on retient finalement « The Art of The 20th Century » (avec notamment ce chouette break à 1:03), « « Exterminate » (très influencé Morbid Angel, mais pour le meilleur), la chouette fin de « … An Inanimate », le relativement catchy « Anal Narcotic », ainsi que le court final « Rescue » qui rappelle les pérégrinations instrumentales de Mekong Delta. On retient aussi l’agacement provoqué par ces fins de morceaux constituées de plages plus ou moins longues de quasi-silence… Bordel mais ça sert à quoi?

 

Vous l’aurez compris, Murder’s Concept est un album qui mérite le respect, mais qui est doté d’un enrobage sonore, de détours et d’élans expérimentaux pas toujours heureux. Ce qui le rend bien moins jouissif que le premier Decapitated, ou Litany – sortis la même année dans le même pays. Impression finale: « mouaif, sympa » plutôt que « ouiiiiiii, je jouiiiis »…

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courteMurder’s Concept est un album de death polonais classique – brutal et influencé par Morbid Angel –, les menues expérimentations et le niveau technique supérieur en plus. Dommage que tout ça manque un peu d’huile, de clarté et d’accroche.

photo de Cglaume
le 03/03/2013

2 COMMENTAIRES

Cobra Commander

Cobra Commander le 04/03/2013 à 01:00:59

Deux très bons albums et après...
Plof!

cglaume

cglaume le 04/03/2013 à 06:45:30

Ouais Genocide j'ai vraiment eu du mal...

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