6:33 - Interview du 28/09/2021

6:33 (interview)
 

 

Après dix minutes de tentatives infructueuses de connexion à notre session Zoom, Nicko nous rejoint enfin…


 

 

Salut Nicko ! On est à présent au complet vu que j'ai cru comprendre que Cédric ne participera finalement pas à l’interview...?

Nicko : En effet. Lors de la dernière interview le pauvre n’a pas pu en placer une, du coup il a dû se dire « À quoi bon... » (rires)

Flow : Pour notre prochaine journée d’interview, j’ai demandé à Roger (NdR : Wessier) de le placer avec Nicko, histoire qu’il ait une chance de pouvoir participer un peu quand même (rires)

Bon, quasiment 13 minutes après le début officiel de cette interview, je vous propose qu'on s’y mette enfin (rires). Alors dites-moi : Metallica avait juré-craché « Nous ne ferons jamais de slow »… Avant de pondre « One », puis plus tard « Nothing Else Matter ». Plus près de nous un groupe masqué n’en démordait pas : « Nous n’aurons jamais de batteur, ça fait partie de notre identité »… Avant de finalement nous présenter le fameux Cédric. Ajoutons à cela que cela arrive pile-poil sur l’album le plus Disco / Synthwave de votre discographie – autrement dit celui qui aurait le mieux supporté de n’avoir qu’une BAR pour battre la mesure. Alors, qu’avez-vous à dire pour votre défense ? 

Nicko : Disons que ce n’est pas l’album qui nous a donné envie d’avoir un batteur, c’est la situation. Elle nous a conduit à nous remettre un petit peu en question… Et de fil en aiguille on a fini par se dire « Pourquoi pas en profiter pour prendre un batteur ». Ce n’est pas une fois l'album fini qu’on s’est dit « Tiens, ce serait marrant d'avoir un batteur pour jouer tout ça ». En fait ça aurait été un album de Polka ça aurait été la même chose.

Quand tu parles de la « situation »… C’est la Covid ? Ou ce sont les retours insistants de fans regrettant l’absence de batterie ?

 C’est avant tout le turnover qu’il y a eu dans le groupe (NdR : Sylvain Mazeau – basse – a été remplacé par Manuel Gerard. Richard Matra – clavier – a cédé sa place au revenant Mister Z. Emmanuel Rousseau s’est mis en retrait). Et puis j’avoue que je ne me voyais pas me remettre à programmer de la batterie.

Tu ne voulais pas aller caler des multitudes de Tchick Boum dans les moindres recoins comme Manu le faisait ?

Exactement. Quoique, en fait, Manu restera avec nous pour tout ce qui est travail de studio. Par contre, pour le live, ça va être un vrai nouveau départ, en effet… Et puis ‘y a que les cons qui ne changent pas d’avis après tout ! (rires) On voulait tourner une page et tenter de nouvelles choses, c’est ça qu’il faut retenir. T’es sur la même longueur d’ondes Flow ?

Flow : Oui oui, c’est complètement ça. En sachant qu’on a toujours essayé de pousser le délire au maximum de ses capacités en live. Et c’est vrai que malgré tous nos efforts, je crois qu’il nous manquait l’impact qu’une batterie peut avoir sur scène. Ses vibrations, les fréquences émises par les cymbales… Ce côté Rock nous échappait un peu jusque-là. Du coup ce choix est vraiment le fruit d’une conjonction d’événements. Comme disait Nicko, il y a en effet le fait que des membres soient allés et venus. Mais aussi la décision parallèle de ne plus utiliser de masques. Tout est arrivé en même temps, comme si c’était le moment de prendre un tournant. Et puis aussi paradoxal que cela puisse sembler, j’ai l’impression que pour trouver des salles on était finalement plus handicapé par le fait de ne pas avoir de batterie que par le fait d’en avoir une. Parce que, quand on partageait la scène avec un autre artiste, ça imposait de monter, ou démonter, ou déplacer celle-ci, au lieu de partager le kit par exemple. Plein de petites choses qui nous ont poussés à prendre cette décision… Et on est super contents d’avoir osé franchir ce cap : ça défonce encore plus avec un batteur !


Votre style évolue… Ce n’est donc pas choquant qu’il en aille de même pour vos « principes » (rires). Continuons à évoquer les changements du 6:33 2021 pour en évoquer un qui n’est certes pas le plus flagrant, mais qui est néanmoins manifeste : Bénédicte est plus présente que jamais au sein des nouvelles compos ! D’ailleurs on la voit dorénavant sur vos photos promos. Cela est-il également dû à cette volonté de prendre un tournant nouveau, ou bien est-ce juste la nature des nouveaux morceaux qui nécessitait naturellement un supplément de chant féminin ?

Nicko : Ça s’est fait naturellement en fait, album après album. Au départ on s’était dit « Tiens ce serait bien un peu de chant féminin sur ce passage ». Sur l’album d’après on était passé à « Et si on laissait du chant féminin sur tout un morceau ? ». Et de fil en aiguille c’est naturellement qu’elle est devenue une chanteuse à part entière dans le groupe. Au final elle a enregistré autant de parties de chant que Flow ou moi. Je trouve que ce trio de voix qui se complètent marche vraiment bien : on a donc exploité l’idée à fond.

Par contre, il y a encore peu, vous me disiez qu’elle ne participerait pas aux concerts, ne vous suivrait pas sur les tournées… Ça reste vrai ? Si oui je suppose que vous allez utiliser plus que jamais ces écrans qu’on avait vus sur l’Asylum Picture Show 2.0, afin qu’elle soit quand même là ?

Flow : On en reparlait justement la semaine dernière, en résidence. On se disait que ce serait quand même dommage de ne pas lui proposer à nouveau de venir faire des dates avec nous, d’être enfin présente sur scène. Du coup Nicko l’a appelée, on en a reparlé ensemble, et il s’avère que finalement ça va se faire ! On ne sait pas encore sur quelles dates, ni dans quelles mesures… Ça se fera sur Paris, c’est sûr, puisqu’elle sera à domicile. Et puis dès qu’il y aura une belle scène – et qu’on aura eu le temps de répéter avec elle, ce qui n’est pas encore le cas – on sautera sur l’occasion. Parallèlement à cela on travaillera à nouveau les animations vidéo, notamment pour les nouveaux morceaux – mais ça ce sera quand l’album sera sorti et qu’on aura passé la période promotionnelle et les toutes premières dates.

Je suppose que la date avec Psykup au Forum de Vauréal (NDLR : le 16/10/2021) arrive trop vite pour qu’elle soit alors avec vous … ?

Pour le coup cela arrive bien trop vite, oui : elle ne participera pas à ce concert. Non seulement la décision qu’elle monte sur scène avec nous ne date que de la semaine dernière, mais en plus ça nous a déjà demandé pas mal d’efforts pour réussir à trouver de nouvelles marques avec nos deux nouvelles recrues et le retour de Mr Z… Alors chaque chose en son temps !

 

Il est à présent temps pour un point de situation sanitaire (rire). Manifestement le confinement n’a pas eu d’impact négatif sur le nouvel album – vu la qualité de celui-ci. Cela veut dire que vous n’avez pas eu besoin de vous retrouver pour finaliser les morceaux ? Ou vous avez quand même réussi à vous organiser pour être physiquement ensemble de temps à autres, quitte à ce que ça ne soit pas toujours très légal, histoire d’échanger des idées face à face ?

On a réussi à se voir régulièrement. Au moins Nicko et Béné, ou Nicko et moi. On a besoin d’être dans la même pièce, tout au moins pour enregistrer.

Nicko : C’est l’enregistrement, en effet, qui a été le plus compliqué.

Flow : Ça a été compliqué mais ça a pu se faire sans tricher. On faisait les attestations appropriées quand c’était nécessaire. Et puis tout compte fait on peut dire que c’est grâce au confinement qu’on a réussi à finir l’album. Car à partir du moment où Nicko n’a plus été en mesure de bosser dans son salon de tatouage, cela lui a laissé le temps de mettre la touche finale à son œuvre.

Nicko : Et même côté compo, ça m’a aidé. Par exemple c’est pendant le premier confinement que j’ai réussi à finir « Act Like An Animal »…

 

« Un mal pour un bien » comme dirait l’autre… Évoquons à présent un aspect de l’album qui m’est apparu de plus en plus évident au fur et à mesure que je l’écoutais : son aspect cinématographique. Pour le décrire, je me suis retrouvé inconsciemment à vous évoquer évoluant entre des plateaux de tournage, à le comparer à Ready Player One… Sans doute cela vient-il entre autres de son côté très années 80s – l’évocation de cette décennie faisant souvent surgir des images de films cultes. Mais y a-t-il des éléments plus particuliers, sur lesquels vous auriez travaillé spécifiquement et consciemment, qui contribuent à faire naître cette impression chez l’auditeur ?

Nicko : Je me rends compte que depuis que je suis devenu papa, je suis beaucoup plus nostalgique qu’auparavant. De mon enfance, de mon adolescence... C'est peut-être tout bêtement la crise de la quarantaine (rires). Du coup, quelque-part, j'ai dû avoir une envie plus ou moins consciente de partager ça à travers le nouvel album. D'ailleurs je suis assez content que certains nous aient dit qu'il a eu sur eux un effet de madeleine de Proust. Mais pour être honnête, non, ce n'était pas explicitement dans le cahier des charges initial.

Flow : Je pense aussi que ça découle naturellement du thème et de l'histoire que l'on a choisi de développer. Quand j'ai imaginé l'idée du Dôme, pour moi c'était un peu comme cette série, Sliders, dans laquelle une bande de copains se retrouve régulièrement propulsée dans des dimensions parallèles : j'ai glissé dans ce nouveau monde comme dans un mélange du Gotham City de Tim Burton, et de ces villes sombres qui servent de contexte à Sin City, ou Blade Runner. Notre imaginaire est forcément intimement lié aux musiques et films qui nous ont marqués, et donc construits pas le passé – notamment entre 12 et 20 piges. Et pour le groupe, cela correspond à la période de 80s/90s. Note que ce n'est pas complètement nouveau, car ce processus était déjà là, peut-être de manière moins flagrante, sur l'album précédent. Avec « I'm a Nerd », ou « Black Widow », qui développaient tous les deux des esthétiques très typées. 

Nicko : Maintenant qu'on en parle, je me souviens que tout au début la seule ligne de conduite que l'on s'était fixée c'était de partir dans un trip plus 80s... Du coup avec Manu on avait déterré tout un tas de sons de vieux synthés, de vieilles boîtes à rythme ancrés dans cette période, ce qui a beaucoup contribué à cette coloration. Sans compter que ces derniers temps il y a une sorte de « revival » axé sur ces années-là, et il faut dire ce qui est : ça nous a forcément influencé. Après, va savoir : le prochain album sera peut-être influencé par la musique traditionnelle chinoise, qui sait !

Flow : Sauf que, étant donné que celui-ci doit constituer la fin de l'histoire entamée sur Feary Tales, on va être obligé de ne pas complètement décrocher de cet univers-là...

En même temps, comme dans Sliders, vous pourriez glisser dans un monde parallèle totalement différent ! (rires)

C'est sûr que, l'avantage avec 6:33, c'est qu'on est complètement libres, et qu'on ne se pose pas vraiment ces questions-là tant que l'on n'y est pas. Et puis comme, lors de la conception des morceaux, Nicko et moi nous nourrissons l'un l'autre à travers de nombreux allers-retours, ça peut toujours partir assez loin...

Nicko : C'est toujours l'envie du moment qui prime.

Tu évoquais Batman Flow, et je dois dire que, justement, c'est pile-poil l'univers dans lequel je me suis vu catapulté en découvrant la longue intro écrite par Manu pour « Prime Focus ».

Forcément c'est du Danny Elfman à 300% ! Et effectivement, les B.O. qu'il a composées pour les deux premiers Batman ou pour Beetlejuice sont pour moi parmi ses meilleurs travaux.

Pour continuer avec les fameuses madeleines évoquées précédemment, le terme « The Dome » m'a immédiatement fait penser à celui de Mad Max 3... Même si visuellement, évidemment, ce n'est pas trop le même trip.

… Ce n'est pas vraiment le meilleur de la série !

Ouais mais Tina Turner, quand même !

Flow : Elle ne suffit pas à sauver le film, j'en ai peur ! Ce qui est vrai, c'est que toutes ces références – au même titre que les Star Wars ou les Aliens (j'avais souvent les créations de Giger en tête en imaginant certaines parties du Dôme) – sont forcément là en filigrane, parce qu'elles sont ancrées profondément en nous.

Par contre avec tous ces néons roses, ces synthés et cette ambiance Disco, le Alien de 6:33 fait quand même drôlement moins peur que l'original. C'est Alien, mais avec un tutu (rires) !

En fait on est plutôt dans un Total Recall franchement coloré ! Du genre qui va se faire un goûter dans la chocolaterie de Charlie.

Très bonne comparaison !

Je me rappelle des images de cette ville bigarrée, avec son bar à putes...

Nicko : Ahhh, la femme à trois seins !

(rires)

Voilà, en fait c’est ça : s’il fallait condenser 6:33 en un symbole aujourd’hui, ce serait cette femme à 3 seins ! (rires)

 

Pour aborder un autre des changements qui, sans être fondamental, ne passe pas inaperçu, j’ai l’impression que le saxo est cette fois plus présent que par le passé. C’est pour accentuer le côté Pop US 80s ? Ou alors c’est Mr Z qui a eu envie d’exhiber plus régulièrement son gros instrument… ?

Alors il y a du saxo en effet, mais plus généralement toutes sortes de cuivres... Et ceux-ci sont tous programmés. Et comme non seulement Manu a fait de gros progrès sur l’intégration de ce type de pistes, mais qu'en les banques de sons proposent aujourd’hui des échantillons beaucoup plus réalistes, on s’est effectivement offert un petit supplément de cuivres. On aurait déjà aimé en mettre plus sur l’album précédent, mais c’est vrai que Feary s’y prêtait sans doute plus, et que cette fois on avait les moyens de se sentir fiers du résultat obtenu. Il y a même un morceau – « Release The He-Shes » – qui sonne très typé Electro à l’ancienne, et sur lequel, par contraste, les cuivres sonnaient trop vrais. On a donc été obligé d’aller volontairement se dégoter des sons de cuivres dégueulasses pour mieux coller à la couleur du morceau ! (rire)

Vous n’avez pas profité du retour de Mr Z pour enregistrer un vrai saxo ?

Pour tout dire il nous a rejoint trop tard, sur la fin de l’enregistrement.

Vous profiterez de ses talents sur scène au moins ?

Flow : ça m’étonnerait, il a déjà assez de travail avec le clavier

Nicko : je ne pense pas, non. Ce qu’il nous faudrait ce serait carrément un Big Band, pas juste un sax.

 

Track by track : « Wacky Worms »

Ce que je vous propose à présent, c’est qu’on se lance dans un track-by-track. L’album est tellement riche – musicalement, visuellement, thématiquement – qu’il est préférable de profiter de cette interview pour s’attarder un peu plus sur les détails, ce que l’exercice de la chronique – forcément plus réduit en longueur – ne pouvait permettre de faire. On commence donc sans surprise par « Wacky Worms », morceau qui pour moi est le parfait mélange entre le 6:33 d’avant et le 6:33 nouveau – ce qui en fait une très bonne première piste, ainsi qu’un bon single / avant-goût. Si j’ai bien compris ce qui s’y dit, ces « wacky worms » sont les voix qui se font entendre au fond du cerveau du héros de notre histoire, et qui le pousse à se bouger pour partir à la ville ?

Flow : c’est tout à fait ça. A vrai dire tout l’album a été écrit ainsi, de manière cohérente avec la façon dont moi-même je réfléchis, c’est-à-dire à travers le son de plusieurs voix concurrentes qui expriment chacune tel trait de caractère, telle émotion. Je pense qu’on fonctionne tous plus ou moins comme ça, et ce qui est intéressant c’est que ça permet de mettre en avant la complexité de la réflexion du narrateur. Ces petites voix je les ai baptisées les « wacky worms » parce que cette image de petits vers dans la tête, c’était un peu dingue, un peu joyeux, et ça sonnait bien. Ça fait aussi penser au jeu Worms, et j’aime bien l’esprit, ça colle parfaitement avec notre univers. Ce morceau pose donc les bases de l’histoire à venir, de la volonté qu’a le personnage principal d’aller faire ses preuves à la capitale, et de cette narration collégiale qui jongle entre le Toi, le Nous, le Vous et le Ils.

Le principe fait également penser au film d’animation Pixar Vice-Versa, qui rend compte de manière très concrète de cette « multitude interne » qui nous habite tous. Tu l’avais peut-être dans un coin de tête au moment d’écrire l’histoire ?

Il ne m’a pas influencé, mais j’y ai clairement pensé oui. D’ailleurs c’est un super dessin animé, qui montre bien la complexité des réactions d’un gamin, quand il réfrène ses émotions primaires au contact de ses parents et de son entourage. Sur Feary Tales c’est exactement ça, mais appliqué à un mec qui a 18-20 piges.

 

Track by track : « Holy Golden Boner »

Suit « Holy Golden Boner », clairement l’un de mes morceaux préférés de ce nouvel album. Il ne s’impose pas comme une grosse claque franche et directe, mais prend plutôt le temps de monter en pression, jusqu’à l’arrivée du refrain qui le voit ensuite culminer haut dans les sommets. C’est peut-être sa longueur et ce côté « progressif » qui vous ont poussés à ne pas en faire l'un de vos singles ?

Nicko : C’est le premier morceau que l’on a écrit pour le nouvel album. Les démos datent d’il y a… Je ne sais même plus…

Flow : 4 ans !

Nicko : Oui c’est ça, il y a 4 ans. Il est arrivé peu de temps après Deadly Scenes. Et du coup je trouve que c’est celui qui est le plus ancré dans notre passé… 

Flow : Tu n’as pas tort : on ne l’a pas sorti en single parce que l’on pensait que d’autres marcheraient mieux sous ce format. Mais surtout, en tant que premier et plus vieux morceau, on l'avait plus ou moins mis de côté – il était finalisé ! – pour se concentrer sur des titres plus récents… Avec Nicko on avait fini par perdre de vue l’impact qu’il allait avoir sur les gens.

Nicko : Ça faisait 4 ans qu’il tournait… Perso j’ai réappris à l’aimer, dernièrement.

Flow : C’est complètement ça ! C’est en faisant écouter l’album en primeur à quelques proches qu’on a constaté qu’ils le listaient presque tous parmi leurs préférés. On a alors réalisé à nouveau à quel point il fonctionnait bien. Pour autant je pense qu’il n’a pas forcément les caractéristiques d’un single : c’est plutôt un morceau à découvrir sur album. Parce qu’il met du temps à rentrer, qu’il est un peu long – bien que, paradoxalement, il soit très efficace.

Nicko : Et puis je pense qu’on voulait plutôt montrer une nouvelle facette du groupe.

Côté lyrics, je suis moins sûr de ce qui s’y passe. On suit le héros, qui semble commencer à se la jouer dans son nouvel environnement, mais qui a encore besoin d’un peu de mentoring… C’est ça ?

Flow : Pas tout à fait. Alors c’est vrai que le personnage dont tu parles sert de fil rouge au cours de la narration. Mais en l’occurrence sur « Holy Golden Boner » on suit plutôt le plus gros bad boy du Dôme, un mec qui n’en a rien à foutre de personne mais qui trouve que notre héros a du talent et qui se propose de le prendre sous son aile. C’est donc un personnage haut en couleur sur lequel on fait momentanément un gros plan, un peu comme lors d’un spin-off. Ce n’est pas le seul d’ailleurs : c’est pareil pour « Release The He-Shes » et « Hot Damn Chicas ». Pour le coup j’ai voulu faire comme dans Sin City, avec plusieurs petites histoires parallèles qui contribuent à l’atmosphère générale de notre univers. 

 

Track by track : « Prime Focus »

On passe à « Prime Focus », l’occasion d’évoquer à nouveau l’intro de Manu : vous m’aviez dit je crois qu’il a gagné un concours avec celle-ci, c’est bien ça ? Ce qui voudrait dire qu’à l’origine il ne l’avait pas écrite pour l’album ?

Nicko : J’avais demandé à Manu qu’il se charge d’écrire l’intro d’un morceau en mode « full orchestral ». Il s’en est donc occupé, et ce qu’il m’a finalement proposé s’est avéré durer plus de 2 minutes : il était donc allé au-delà de la demande initiale. Après je m’en suis servi pour construire toute la suite du morceau. Mais effectivement, il m’a dit avoir utilisé cette compo pour un concours, et ça lui a permis de remporter un prix, oui, je crois. Par contre c’est quand même bien quelque chose qu’il a écrit pour 6:33 à la base.

Je ne suis pas sûr de l’effet que vous escomptiez avec ce morceau, mais pour moi, cette éclosion progressive qui va jusqu’à une sorte de climax explosif, ça m’a fait penser un peu au « Genesis » de Devin Townsend. Je crois savoir en plus que tu as bien apprécié Empath

C’est vrai que ça faisait longtemps que je n’avais pas apprécié autant un album de Devin, en effet. Mais non, notre volonté avec ce titre c’était d’essayer de faire quelque chose dans le pur esprit Comédie Musicale. D'ailleurs je pense qu’on peut faire encore mieux dans cette optique, pousser le curseur plus loin... Mais voilà, c’était l’idée de base derrière « Prime Focus ». Je voulais que par moments, on arrive à cette limite où ça commence à sentir le Disney, tout en réussissant à éviter l'odeur de caca (rires).

Flow : C’est marrant que tu parles de comédie musicale, parce que je n’y avais jamais pensé en ces termes. En tous cas récemment je faisais écouter l’album au claviériste de Shaka Ponk – Steve – et il m’a dit la même chose : « Mais c’est une comédie musicale en fait votre truc ! ». Et c’est vrai que tu peux l’écouter dans cette optique, comme une putain de comédie musicale un peu trash. Il peut y avoir un côté un peu féerique par moment, c’est sûr, mais à la Big Fish plutôt que Disney je dirais…

On reste dans du Tim Burton finalement, mais plus coloré cette fois !

Nicko : L'aspect comédie musical ressort aussi à travers le fait que les choses soient plus « jouées », notamment au niveau des lignes de chant...

Flow : Plus jouées, et plus hautes en couleurs !

C'est sûr que si vous pouviez arriver à ces sommets où les grosses sommes d'argent se débloquent aisément, on se prendrait à rêver de voir tout cet univers prendre corps à travers une de ces grosses productions pleines de costumes et de décors fastueux !

Nicko : J'adorerais d'autant plus que je déteste les comédies musicales !

(rires)

Flow : Mais pareil !

Pour revenir sur l'histoire, si j'ai bien compris « Prime Focus » correspond à l'arrivée de notre héros dans la ville, vue à travers ses yeux pleins de paillettes...

C'est exactement ça : le kiff de la découverte d'une ville nouvelle, pleine de couleurs, avec toute la fantaisie et les fantasmes que cela sous-entend.

 

Track by track : « Party Inc. »

Nous arrivons à présent à « Party Inc. ». J'ai tendance à le comparer avec « Wacky Worms » dans le sens où il est lui aussi un bon compromis entre deux mondes : il est très typé 6:33, avec cependant une ouverture vers des sonorités plus Synthwave. Au passage : j'ai cru entendre de la flûte traversière – ou de la clarinette ? – à un moment donné… J'ai fumé ?

Demande à Nicko, c'est lui qui maîtrise le mieux tous ces délires, mais je crois que tu n'es pas loin oui !

Nicko : Oui c'est vrai, à un moment donné j'ai lâché une petite flûte. C'est pas le genre de chose qui me fait peur moi (rires).

Allez c'est la fête : je mettrais bien un peu de flûte de Pan là, puis de l'harmonica là-bas (rires)...

Flow : En même temps il y a du berimbau par-ci, des bongos par là : c'est cohérent !

Ah oui c'est vrai : c'est à la fin d'un morceau je crois, non ?

Sur la fin de « Holy Golden Boner », c'est ça ! Ça m'arrive des fois d'appeler Nicko pour vérifier : « T'as vraiment mis de ça sur le morceau ? Attends... C'est super ! » (rires)

Nicko : Je me souviendrai toujours de ton appel pour « I’m a Nerd »

Flow : Mais oui, voilà : c'est pour lui que je t'avais appelé, parce que ça me faisait délirer le banjo à la fin !

Côté lyrics, ce que j'ai compris c'est qu'on n'est pas totalement sûr de si ça marche vraiment pour notre héros, ou bien si c'est l'impression qu'il en a parce qu'il est à fond dans la dope... C'est ça le sujet ?

Ouais, il y a de ça, tu n'en es pas loin. Dans ce que j'avais en tête quand j'ai écrit cette partie, le mec est au top... Mais au top de tout, y compris dans la drogue : il se défonce, quelque chose de bien. La drogue est l'un de ces thèmes que j'aime aborder, en abordant différents axes. Au moment de « Party Inc. », notre héros est en pleine montée, sur le chemin pour devenir le Roi de la Pop.

Nicko : Comme disent les jeunes, il « croque », il en profite... Par ailleurs ce que j'aime beaucoup avec ce morceau, c'est qu'il a une sorte de double sens. Il y a le plan de la narration, intégré à l'histoire. Mais il y a aussi cette dimension nouvelle, qui découle des confinements successifs que l'on a vécus. Son refrain affirme que nous continuerons à faire la fête (NDLR : « Yeah we'll keep on partyin', yeah we'll keep on partyin', yeah we’ll keep on partyin' forever »), et pris dans ce contexte où on nous interdisait de nous réunir pour faire la fiesta, ça sonne un peu comme le cri du cœur que l'on ressentait tous à cette période.

Flow : C'est un hymne à la fête.

 

Track by track : « Hot Damn Chicas »

« Hot Damn Chicas » est pour moi l'un des morceaux les plus typés de l'album, notamment du fait de son refrain entièrement chanté par des chœurs féminins. C'est l'un des tout premiers dont on se souvient après la première écoute. Je suppose d'ailleurs à ce titre qu'il va représenter un vrai challenge à interpréter live, si Béné ne peut pas être avec vous sur certaines dates...

On utilisera des samples, ce ne sera pas plus compliqué que ça. De toutes façons Béné est très présente sur tous les titres, donc on devra y recourir de toutes façons. Par contre, si on joue effectivement ce titre sur scène, j'ai des idées particulières pour son interprétation...

Ce "si" signifie que ce n’est pas encore d'actualité si je comprends bien…

Nicko : Non, ce n’est pas encore au programme.

Flow : Ce n’est pas sûr qu’on la joue en effet, mais j’avoue que c’est important pour moi qu’on finisse par faire ce morceau, qui là aussi est un héritage de Sin City. J’adore, dans ce film, le gang des femmes super agressives qui défendent leur quartier. Et sans être des féministes engagés – pour moi on ne peut pas être complètement féministe si l’on n’est pas soi-même une femme – on avait envie de ménager une tribune pour les femmes. Dans ce cadre j’ai d’ailleurs une idée de clip dans lequel je voudrais faire participer toutes les femmes de la Terre... On en reparlera. Donc voilà, ce titre est une ode au genre féminin qui, dans notre histoire, ne se laisse par emmerder par les gars présents dans le cabaret.

Nicko : Par ailleurs, un peu de manière similaire à « Party Inc. », pour moi « Hot Damn Chicas » trouve un écho particulier dans la période actuelle, alors qu'on a de plus en plus la sensation qu’une « guerre » – attention, je tiens à ce que tu mettes des guillemets – semble déclarée entre les femmes et les hommes. C’est un aspect qu’on voulait mettre en avant, notamment via ce refrain qui répète « Tous contre tous contre tous » (NDLR : « All against all against all » en V.O.), ce climat tendu, un peu étrange je trouve, qui règne entre les femmes et les hommes en ce moment.

Côté trame narrative, ce morceau se situe donc lui aussi comme un spin-off si j’ai bien compris.

Flow : Exactement ! Alors ça se passe quand même dans le cabaret où se produit notre héros, où il boit des verres, mais c’est une scène à part, une scène de guerre entre des femmes et des hommes dont il est témoin. À noter au passage que ce titre possède sa propre illustration au sein du livret.

 

Track by track : « Rabbit In The Hat »

Nicko, je crois savoir que tu as subi des pressions énormes de la part des membres du groupe afin que vous interprétiez « Rabbit In The Hat » live… Mes sources sont-elles fiables sur ce point ?

Il semblerait que tu sois dans la confidence (rires). C’est marrant, je n’aurais pas pensé que ce morceau ferait l’objet de tant de débats avec mon acolyte ici présent. Au final, oui, on s’est mis d’accord sur le fait qu’on le bosserait pour le live – pas pour les tout premiers concerts, mais ça viendra. Mais, c’est vrai que c’est un morceau qu’on a écrit il y a longtemps, et à l’arrivée on s’est retrouvé avec des visions différentes de celui-ci, lui et moi. Il est l’un de mes titres préférés de l’album, alors que je crois que c’est l’un de ceux qui plait le moins à Nicko – pour des raisons tout à fait personnelles…

Si j’ai bien compris c’est le synthé et la BAR un peu typés Indochine, en tout début de morceau, qui te bottent particulièrement toi, Flow, c’est ça (rires) ?

Là-dessus on n’a pas la même vision du morceau mon cher (rires). Je déteste Indochine ! Non, j’adore ce passage car thématiquement c’est le « climax » de l’album : le mec était au taquet, et tout d’un coup les voix dans sa tête deviennent confuses et lui mettent le doute. Il ne sait plus s’il va dans la bonne direction, il ne sait plus ce qui va advenir de lui… Et j’avoue que j’adore le travail qu’on a fait sur les voix à cette occasion, notamment sur le refrain, mais aussi à la fin. C’est un morceau qui me fout le frisson. Du coup pour moi il fallait absolument le jouer sur scène. Alors que Nicko, « Rabbit » ne lui parlait pas plus que ça… Ce qui fait qu’avec les autres membres du groupe on a dû le travailler au corps !

Nicko : C’est pas mal sur des détails que ça se joue… C’est vrai que c’est un vieux morceau pour moi, qui a bien vécu. Et il s’avère qu’il y a des choses dedans que je n’ai pas réussi à faire sonner comme je le voulais, ce qui est à l’origine de beaucoup de regrets…

Flow : Et ce que lui n’aime pas, moi j’adore. Je ne sais même pas si j’aurais aimé autant le morceau si celui-ci avait sonné comme Nicko l’avait imaginé !

Je dois avouer que ce morceau est particulièrement riche, et que le « Tearing Me Apart » lancé à la fin me fout carrément les poils !

Et puis toute la partie instrumentale avant, quand ça part de quelque chose d’assez intime pour s’ouvrir et exploser comme chez Townsend – que je maîtrise assez peu – ou Pink Floyd – qui me parle plus ! C’est ça qui me transcende, ces claviers qui se superposent, cette montée… Nicko est très fort pour ce genre de passage.

Ce n’est quand même pas ce passage que tu n’aimes pas toi, Nicko !?

Nicko : Non (rires). Moi c’est plus le début un peu Electro qui me chiffonne. C’est dur de réussir à prendre assez de recul pour écouter notre musique sans être titillé par ces petits détails qui n’ont pas pu être finalisés comme j’aurais voulu… Et sur le nouvel album c’est « Rabbit » qui joue le rôle de l’empêcheur d’apprécier en rond (rires)

 

Track by track : « Release The He-Shes »

Avec « Release The He-Shes » on arrive sur le titre le plus à fond dans le trip « synthétique »... Pour autant il s’agit de l’un de mes titres préférés. C’est marrant, j’en parlais à l’un de mes contacts qui, ayant fait une précommande, a déjà reçu l’album – c’est un peu bizarre au passage (interview réalisé le 28/09, alors que l’album sortait le 01/10)…

Flow : J’ai effectivement lu que des gens ont déjà l’album, mais j’avoue que je ne sais pas comment cela est possible…

Nicko : Le problème c’est que je voulais absolument que les gens qui ont fait cette précommande puissent l’avoir le jour de la sortie. Et vu que je ne suis pas super au point avec La Poste, je me suis dit que ce serait une bonne idée de prendre un peu de marge, d’autant que certains paquets – une bonne moitié – devaient partir à l’étranger. J’ai donc voulu assurer le coup en les postant vendredi après-midi (NDLR: 24/09), en me disant que le week-end jouerait son rôle de ralentisseur, et que les destinataires le recevraient donc sans doute vers le milieu de la semaine. Tu parles : au final j’ai reçu un tout premier message dès le samedi matin : « Ouais, j’ai reçu l’album, c’est super chouette, merciiii ! »

(rires)

Bordel La Poste a décidé de se sortir les doigts justement quand il aurait fallu un peu de mou ! (rire)

… Pour en revenir au pote en question, il me disait avoir été soufflé par « Release » lui aussi. C’est marrant ces retours assez unanimes, quand on se souvient qu’au début vous étiez un peu anxieux quant à la capacité de vos fans à pouvoir absorber ce genre de virage.

Flow : C’était un gros pari effectivement, on est très content de cet accueil enthousiaste. On espère que ça va continuer « de prendre ». Perso, étant très fan de Daft Punk, à l’époque où j'ai découvert le morceau j’ai été très heureux que l’album propose ce genre d’hommage aux musiques Electro – c’est vrai que Daft Punk, ça remonte déjà… Mais autant j’étais content de nous sur ce point, autant je n’étais pas à 100% sûr que la chose serait comprise et acceptée…

Il y aura toujours des gens qui trouveront ça trop ceci ou trop cela…

Nicko : Evidemment ! Après si tu remontes à Orphaned of Good Manners, tu avais déjà dessus un morceau 100% Electro, qui flirtait même presque avec la Techno (NDLR : « The Fall of Pop »). Du coup c'est une carte qu'on avait laissée de côté sur les deux albums précédents, mais qui était là dès le départ finalement...

J'oubliais, c'est vrai, que vous aviez démarré sous le haut patronage d'East 17 (rires)

Exactement ! (rires)

Pour en revenir à ce titre, il comporte quelques petites incursions « exotico-tribales » qui me rappellent un peu Waltari et ramènent le morceau sur un terrain plus organique...

Oui on y trouve des bongos et une cithare. D'ailleurs, pour la petite histoire, cette dernière m'a coûté un ordinateur ! Parce qu'effectivement, sur le début du morceau je voulais un vrai beau son de cithare, un peu comme tu as pu en entendre chez les Beatles par exemple. Du coup j'ai chopé un VST sur le net, sauf qu'il était vérolé et qu'il m'a pourri un ordi... C'est donc de la cithare qui coûte cher !

On ne vous y prendra plus (rires) ! Côté textes, il semblerait que ce morceau mette en scène des chevaliers de l'apocalypse version drag queens si j'ai bien compris... ?

Flow : Mortelle ta description, c'est exactement ça (rires) ! Après « Hot Damn Chicas », qui est une ode aux femmes, on a ici une ode à tous ceux qui sont « non binaires ». Je crois que l'une des choses les plus difficiles pour quelqu'un c'est de ne pas pouvoir assumer sa sexualité, et ce qu'il est. C'est un thème qui me touche beaucoup, qui n'est pas abordé plus que ça en général... Du coup j'aimais bien l'idée de ces personnes qui dansent dans la journée et vengent la veuve et l'orpheline à la nuit venue.

 

Track by track : « Downtown Flavour »

Avec « Downtown Flavour » on se retrouve dans une ambiance « Détective privé ». On visualise l'imper' et le feutre du gars, comme dans l'un de ces vieux polars...

Nicko : C'est exactement ça. Tu sais, dans les vieux films il y a toujours ce moment condensé qu'ils appellent un « montage » (NDLR : avec l'accent anglais), pendant lequel, sur quelques secondes ou minutes, tu vois les gars braquer des banques, jouer au casino, s'en foutre plein les poches – bref, pendant lequel l'histoire fait un bond soudain dans le temps. Eh bien c'était ça l'idée de « Downtown Flavour » : faire une musique de « montage ».

Ce morceau a un petit côté frustrant je trouve, car il se finit trop vite... En même temps c'est cohérent, notamment avec la toute fin de l'album, lors de laquelle, pour le coup, vous jouez consciemment avec cette corde de la frustration !

Flow : C'est ça. Mais c'est important de jouer là-dessus aussi. Si tu n'en as rien à foutre à la fin du morceau c'est qu'il était nul. Et si ce genre de conclusion subite te fait chier, c'est qu'il était cool ! Je trouve ça super intéressant.

Nicko : Perso j'aime beaucoup les blasts à la fin. Je revois encore Manu me dire : « Je me suis tapé un petit délire. Tu vas peut-être trouver ça too much... ». Oui, c'est too much, mais du coup on va le garder ! (rires)

 

Track by track : « Flesh Cemetery »

On arrive là sur le morceau « oxymoresque » de l'album, qui fait ressortir votre côté trublion avec force. Parce que si on est bien ici dans un morceau purement Funk, contrairement à ce qui caractérise ce genre habituellement – l'appel de la piste de danse et du remuage de boule – vous prenez le contre-pied en partant sur des chemins assez zen, assez vaporeux...

Flow : C'est de la Funk « lounge ».

Nicko : C'est ça que j'aime bien dans ce morceau. Tous les couplets sont Funk, très sec au niveau des guitares. Et dès que le refrain arrive, tout à coup il y a beaucoup de delay, au niveau des voix ça devient très planant...

Flow : Et puis le saxo qui ajoute sa touche « so 80s »...

Nicko : Tous ces effets sont vraiment à l'inverse de l'esprit Funk, et j'adore ce changement d'ambiance

Flow : Il y a un petit peu ce côté « Relax » de Frankie Goes To Hollywood... Un peu lounge, un peu planant, un peu crade aussi. C'est marrant tu vois, je n'avais même pas tilté initialement, mais en l'évoquant ensemble ça me semble à présent complètement évident.

Thématiquement, il semblerait que pour notre héros il s'agisse d'une sorte de « réveil », de retour à la réalité. C'est le moment où il redescend sur terre, c'est ça ?

Les voix dans sa tête sont en train de lui dire « Casse-toi ! ». Tu la connais cette petite voix qui te dit « Ttttt, c'est pas bien, non »...

Nicko : « Ça pue ! »

Flow : Du coup ce côté lounge crade colle parfaitement, parce que le mec se retrouve dans une soirée, la soirée de trop, ce genre de soirée lors de laquelle tu es un peu trop défoncé. Tu as déjà un début de gueule de bois, tu n'es pas encore rentré chez toi, tu as un peu de gerbe sur les fringues, une gonzesse dégueulasse au bras... Et cette atmosphère ressort assez bien dans le clip, même si ce n'est pas nous qui l'avons dirigé.

Du coup entre le thème négatif et ce côté planant, ce n'était pas un choix évident, voire c'était même un peu risqué de faire de ce titre votre 3e single, non ? Qu'est-ce qui vous a poussés à choisir ce titre plutôt qu'un autre pour en faire une vidéo et le mettre plus particulièrement en avant ?

Nicko : Alors en ce qui concerne le clip, notre « lighteuse » a des contacts à l'I.N.A.. Et il se trouve que pour leur projet de fin d'année, des élèves étudiant là-bas devaient réaliser la vidéo d'un morceau. Et à l'époque où on a eu cette opportunité, on n'avait que trois morceaux de prêts (rires).

Flow : Il fallait idéalement que le morceau fasse entre 3:30 et 4 minutes. C'était donc vraiment le seul candidat possible ! Et puis après tout ce morceau montre une couleur qu'on assume également complètement. Après « Act As Animal » – dont on va parler juste après – qui est peut-être le plus agressif et le plus rentre-dedans, puis « Wacky Worms » qui révèle un côté plus Disco / 80s, c'était bien de montrer également cet autre côté, et ainsi donner un bon panel d'échantillons du 6:33 nouveau

Nicko : Ça prépare les auditeurs aux petits changements qu'ils vont trouver à droite à gauche...

Vous avez eu de bons retours sur ce clip d'ailleurs ?

Oui oui, on a eu de bons retours. De toutes façons les métalleux purs et durs, mangeurs de bébés, qui auraient pu « être choqués », ça fait longtemps qu'ils ont quitté le navire... (rires).

 

Track by track : « Act Like An Animal »

Avec « Act Like An Animal » on est sur du 6:33 classique – du moins pour ceux qui connaissent les albums précédents. A l'époque où il était sorti j'avoue que, si je n'avais pas été déçu, j'avais du moins trouvé dommage qu'on n'y trouve pas ces petites nouveautés qui avaient été annoncées... C'est d'ailleurs ce qu'il était ressorti de quelques commentaires ayant suivi sa sortie. Par contre, avec le temps, il se bonifie franchement, et bénéficie d'ailleurs du contraste avec « Flesh Cemetery ».

Personnellement j'avoue que j'apprécie beaucoup ce morceau. Par contre c'est vrai que le choix du premier single est toujours un casse-tête. Cela faisait 6 ans que l'on n'avait rien sorti, on a voulu rassurer les gens, leur dire qu'il ne fallait pas qu'il s'inquiètent : on fait toujours du 6:33... Pour les bousculer un petit peu plus par la suite. Mais c'est vrai qu'en toute première approche on a voulu que les gens se sentent en terrain connu. Je ne sais pas quelle aurait été la réaction si on était parti directement sur un titre plus « choquant ». Je pense que quelle que soit l'approche, tu as toujours une part de déçus, et une part de gens ravis...

Personnellement, j'apprécie aujourd'hui plus qu'à l'époque son refrain bien efficace, et ce petit côté « claque derrière la tête » qui secoue fort par les bretelles après la séance de relaxation « Flesh Cemetery »...

Voilà c'est ça. Il te ramène dans l'album. Et puis il a un côté « easy listening » en ce sens qu'il propose un refrain assez « facile » (mets bien les guillemets !). Autant d'arguments qui, pour moi, en faisaient un bon single.

Et en termes de narration, où en est-on ? Il semble que le héros fasse le bilan, prenne conscience de sa situation et se révolte ?

Flow : Oui, on est bien là-dessus. Et sur le fait qu'il faut se faire confiance, faire confiance à ce que l'on ressent, à son instinct. Il faut savoir laisser parler le monstre qui dort à l'intérieur par moment, plutôt que de trop se laisser influencer par l'extérieur. Souvent on ne prend pas les bonnes décisions parce que l'on ne s'écoute pas assez. Et ce morceau énervé était l'occasion parfaite de mettre en scène ce moment où il prend le taureau par les cornes – pour rester dans la thématique animale.

 

Track by track : « Hangover »

Ce dernier morceau propose une avancée progressive vers un grand final explosif, ce qui en faisait effectivement le candidat idéal pour conclure ce premier chapitre. L'une de ses caractéristiques est donc sa toute fin particulièrement frustrante – assumée à 100%, mais qui met les nerfs (rires). C'est le moment où le héros décide de passer à l'action, une action suffixée par des points de suspension...

A ce stade le gars est en pleine prise de conscience décisive de lendemain de cuite...

Nicko : … Et pour le coup, oui, on tenait à ce que l'auditeur visualise bien le “To be continued” quand le rideau tombe. C'est trop marrant le nombre de personnes qui m'ont envoyé la question “Mais euh... C'est normal, la fin abrupte là ?

Flow : “Il y a un problème non ?

Nicko : On m'a même carrément fait “C'était sympa. Par contre il y a eu un problème dans l'export, du coup je n'ai pas eu la fin

Flow : Ce qu'il faut savoir c'est que Nicko avait pondu le début du morceau il y a très très longtemps. A l'époque il me disait “Je vais en faire un truc très simple, tu verras”...

Nicko : Mais je n'y arrivais pas...

Flow : Et puis un jour, finalement, il m'envoie le morceau. J’hallucine : “Nicko, hey, je croyais qu'on devait terminer sur un morceau facile !”. “Oui mais non, je n'ai pas réussi...”.  Et c'est parti sur ce truc incroyable, dans lequel a un moment tu as même un son Hip-hop chelou. “Mais c'est pas possible vieux...” (rire). Et en même temps c'est tellement génial ! Du coup c'est un morceau inattendu, qui va super loin, alors qu'initialement ce n'était pas du tout prévu comme ça.

Nicko : J'ai quinze versions du morceau chez moi ! D'ailleurs c'est marrant, ça me refait penser à “Wacky Worms” : pour celui-là c'était pareil. Initialement j'avais tout le morceau, avec le refrain... Mais à la réécoute, je restais un peu dubitatif. Et ça m'emmerdait, parce que je trouvais le refrain mortel... Mais je trouvais que tout le reste, non, ça ne prenait pas. Et puis il y a ce moment où tu te décides à tout supprimer, sauf le passage cool. Ça m'a fait mal au cul hein, mais je l'ai fait. Puis j'ai reconstruit tout le morceau autour du refrain, from scratch. Parce qu'à l’origine, hormis le refrain, il n'avait vraiment rien à voir avec ce que tu connais. Quand je réécoute la première mouture aujourd'hui, au moment où le refrain arrive, ça a vraiment un goût bizarre, du genre “Mais... Hein ? Il se passe quoi là ? Ça n'a rien à foutre là !”. Et si pourtant, c'est ta première maison mon poussin...

Ça sera un chouette bonus pour les fans qui achèteront la version hyper deluxe de la réédition japonaise de l'album dans quelques années (rires). Eh bien merci pour ce track by track Messieurs ! Et puisque l'on termine sur un “To be continued”, c'est tout naturellement que l'on arrive à la question suivante : alors, et l'épisode 2 ? La feuille est toujours blanche ou bien on a une idée de ce qui se profile après ?

Nicko : J'ai quelques démos déjà. Logiquement on n'attendra pas 6 ans pour pondre la suite. D'autant qu'avec Madame on n'a pas prévu de refaire un deuxième enfant tout de suite...

Une voix au loin : Jamais !

(rires)

Il n'y a plus qu'à attendre une 5e ou une 6e vague pour que tu aies le temps de t'y mettre à fond alors !

Alors oui, si en plus on se retrouvait à nouveau confinés, ce serait vite réglé !

Et toi Flow, le scénario de la suite, tu l'as déjà en tête ?

Flow : Je n'ai pas le scénario complet, mais il y a deux-trois thèmes que j'ai envie d'aborder.  Par exemple j'ai envie de parler d'un gang de gamins super hostiles qui doivent se démerder comme ils peuvent pour s'en sortir. Ça laisse plein de place à l'imagination... Et puis avec Nicko on aimerait bien avoir des chœurs d'enfants. J'ai toujours eu cette idée en tête, et j'aimerais bien qu'on arrive à la réaliser. Mais sinon aujourd'hui je suis plus dans le présent, dans le fait de défendre Feary Tales. Donc je n'ai pas trop réfléchi à la suite. Ça coulera tout seul quand Nicko commencera à me balancer ses premières idées.

 

Il me reste quelques petites questions éparses, que je vous soumets en guise de digestif. Comme par exemple celle-ci : sur « Wacky Worms » et « Party Inc. » j'ai senti des touches un peu Djent parfois, au niveau des rythmiques. C'est vrai que c'est un genre qui, très à la marge, fricote un peu aux limites de l'univers de Devin Townsend...

Flow : Attention hein : tu as déjà évoqué Indochine, si en plus tu évoques le Djent maintenant... (rires)

On peut quand même entendre quelques saccades un peu typées !

Nicko : Perso j'ai toujours aimé les saccades. Là où je me suis le plus fait plaisir à ce niveau c'était sur Orphaned of Good Manners. Mais pour moi ces saccades ne viennent pas du Djent – que je n'aime pas spécialement – mais plutôt de The Dillinger Escape Plan, qui nous influençait beaucoup aux débuts du groupe. Ce côté Mathcore, j'avais vraiment à cœur de le mettre en avant quand on a démarré notre aventure. Mais effectivement, je vois ce que tu veux dire: ces rythmiques, sur le papier, elles font Djent en effet.

J'ai une idée de sticker de l'horreur du coup, pour vendre Feary Tales: “Vous aimez Indochine ? Vous aimez le Djent ? Vous aimerez 6:33” ! (rires)

Flow : Alors mettons-nous d'accord : à la limite, le Djent, ça va. Mais Indochine, non.

Pourtant, Nicolas Sirkis, quel parolier ! (rires)

Nicko : (rires) Mais laisse les tranquilles, Flow, ces pauvres Indochine !

Flow : J'ai clairement une dent contre Indochine

 

Autre question : on a pas mal parlé de Synthwave. J'avoue que ce n'est pas un genre dans lequel je suis à fond à titre perso. Est-ce que de votre côté vous en écoutez, et que ça a transpiré sur le nouvel album ? Ou c'est juste que les néons et les synthés sont venus naturellement avec la coloration 80s, et que ça a induit les références à ce style ?

Nicko : Je n'en écoute pas beaucoup, mais je dois dire que j'aime bien le mouvement.

Pour autant pas de bouts de Carpenter Brut ou de Perturbator sur Feary… ?

Non, je ne pense pas. Par contre les deux groupes que tu cites sont en effet les deux seuls que j’écoute parfois. Ce qui me fait marrer, c’est qu’il y a 15 ans, à l’époque où j’ai monté mes premiers groupes de Prog, tous les métalleux trouvaient ça naze, notamment parce qu’il y avait du synthé dedans. Et aujourd’hui il y a du synthé et des néons partout…

Tu vas voir que dans pas longtemps ça va être cool de ne pas avoir de batteur (rire) !

(rire) Les mecs qui ont toujours un train de retard…

Flow : … Ou un train d’avance !

 

On a évoqué plusieurs fois le live dans cette interview, par petites touches. Mais je ne crois pas que vous nous ayez encore jamais dit à quoi vont ressembler vos concerts à venir ? Les setlists ont été mûrement réfléchies ?

Flow : Alors pour commencer on a prévu d’intégrer 3 nouvelles compos lors de notre show en première partie de Psykup. On sait également quelle sera la 4e à rejoindre cette shortlist, pour les concerts ultérieurs. On a envie d’en jouer beaucoup, mais on étalera ça dans le temps, et on verra bien ce qui marchera et ce qui ne marchera pas. A Vauréal il y aura « Holy Golden Boner », « Party Inc. » et « Act Like An Animal », auxquelles on ajoutera par la suite « Wacky Worms », qui est un morceau efficace, et qui devrait bien se prêter à la scène. Et puis évidemment on jouera « Rabbit In The Hat », vu toute l’énergie qu’on a mise à convaincre Nicko (rires).

… A ce stade il nous manque juste « Release » !

En effet il y a « Release The He-Shes » qu’on aimerait bien jouer aussi, parce que c’est un morceau qui nous semble important. Mais encore une fois tout ça va s’étaler dans le temps. De toutes façons ça va nous demander de bosser encore un peu pour pouvoir proposer tout ça.

Et pour les fans des « Hot Damn Chicas » & co, il faudra prendre son mal en patience…

Nicko : On ne peut pas tout faire non plus. Il faut aussi représenter les autres albums un petit peu… En tous cas on a déjà eu de bons retours. Le peu de personnes qui nous ont vu répéter les nouveaux morceaux étaient vraiment très enthousiastes sur l’interprétation des titres du nouvel album. « Party Inc. » par exemple, sur scène, qu’est-ce qu’il envoie ! Je te préviens, ça va être la fête du slip !

Et pour ce qui est de la scénographie, on aurait à nouveau droit à vos écrans ?

A Vauréal on sera sans écran, ce sera plus Rock’n’Roll. Mais dès qu’on aura passé la période promo et le premier concert, notre but ce sera de très vite tourner des petites vidéos pour les nouveaux morceaux, afin que l’écran puisse refaire vite son apparition dans le show.

Flow : Le truc c’est que, quand on fera des petites scènes, on ne pourra pas se permettre d’emmener tout ce matos.

D’autant plus que vous aurez une batterie à caser à présent !

Nicko : Il prend de la place le joueur de tamtam (rires)

Flow : Grave ! En plus on aimerait bien pouvoir aller jouer à l’étranger. Et pour ce genre d’occasions ce ne sera pas toujours facile d’avoir l’écran avec nous… Il faudra donc qu’on soit capables de faire sans. D’autant qu’avec un batteur, en effet, on peut se permettre de jouer plus facilement en configuration Rock. L’écran a moins de manques à combler. Par contre, évidemment, dès qu’on aura la place et les conditions, on se fera un plaisir de le placer.

Et en ce qui concerne les masques, on leur dit donc définitivement aurevoir ?

Plus de masques, en effet.

Tu avais évoqué un possible recours à du maquillage à une époque, je crois, pour une transition plus douce entre les masques et les visages découverts…

C’est vrai. Mais tu sais quoi ? Au final ça m’a cassé les couilles. Ça n’a pas marché une fois où ça aurait dû, du coup je me suis dit que ça risquait de recommencer quand on aurait des dates à faire. Alors Non. On se contente de porter des fringues qui collent bien avec l’univers qu’on a créé. A présent on préfère jouer une autre carte, et laisser tomber ces masques qui mettaient une sorte de distance entre le public et nous. D’autant que – moi le premier – on fonctionne beaucoup avec les expressions du visage. Ces masques sont un héritage du passé qui remonte au premier album et au premier chanteur. Mais pour être honnête, c’est assez désagréable à porter sur scène.

Nicko : C’est clair. Et puis le groupe a dix balais à présent, et ça m’emmerdait de continuer avec ces vieux codes qu’on avait mis en place au tout début – en sachant qu’il ne reste que moi de la période où on avait fait ce choix.

Flow : Quoiqu’il y a Mr Z qui est revenu à présent.

Nicko : C’est vrai. Mais ça ne nous ressemble plus. Et puis la pandémie a joué son rôle de « Finish Him ! ». Sur Facebook j’ai écrit ça une fois, en rigolant, mais au fond c’est vrai : on en a tous marre des masques qu’on doit porter à longueur de journée sur la tronche pour raisons sanitaires. Alors on ne va pas continuer sur scène !

 

Bon eh bien ce « Finish Him » de circonstance me semble tout indiqué pour terminer cette interview... Merci beaucoup les gars !

 

 

photo de Cglaume
le 24/01/2022

5 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 24/01/2022 à 16:55:31

Superbe interview qui atteste, une fois encore, de l'énorme capital sympathie de ces joyeux lurons!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/01/2022 à 17:14:39

Mad Max 3 est bourré de bonnes idées jusqu'à la gueule d'abord !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/01/2022 à 17:14:40

Mad Max 3 est bourré de bonnes idées jusqu'à la gueule d'abord !

cglaume

cglaume le 24/01/2022 à 18:08:12

Merci 8obo !

@Cromy: z'ont pas l'air convaincus... Et je dois dire que je l'ai vu il y a tellement longtemps que je ne m'en rappelle plus du tout haha

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/01/2022 à 18:31:43

Nan mais il est moins bon que les autres mais fallait que je trouve un truc à dire vu que le groupe me laisse froid comme un coucou tombé du nid un soir de pleine lune.

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