PSYKUP - Interview du 08/05/2005

PSYKUP (interview)
 
Pour commencer, peux-tu me rappeler brièvement l'histoire de PSYKUP, depuis sa formation jusqu'à aujourd'hui?
Milka (chant): On fait du bruit ensemble depuis 9 ans: on a sorti une démo, un live, un LP intitulé " le temps de la réflexion " puis 1 EP avec de la vidéo et remixes et puis " l'ombre et la proie " sortie en 2005 chez jerkov. Le noyau original comporte: Ju (guitare/chant), Brice (batterie), moi au chant et puis vidda a pris le poste de 2e guitariste après avoir tenu la basse qui est maintenant aux mains de Stephen.

Sur " l'ombre et la proie " on a l'impression qu'il y a moins de passages funky que sur " le temps de la réflexion ". De plus les passages lourds (plus présents) le sont encore plus que sur le précédent LP: vous avez fait un travail particulier sur la prod ou c'est plus une évolution naturelle de la musique de PSYKUP?
Milka (chant): C'est sur qu'il y a eu un plus gros travail de fait sur la production vu qu'on était pas satisfaits du rendu final du son sur " le temps de la réflexion ": on a pas eu le temps de faire ça comme on voulait. Là on a fait ça chez les GOJIRA, enfin Jo (qui nous fait le son ce soir) et là on a vraiment pris le temps...

Qu'est-ce qui vous a déplu au niveau de votre son sur " le temps de la réflexion "?
Milka (chant): C'est un son peu traité; qui n'est ni suffisamment traité ni suffisamment " garage " pour être revendiqué dans aucunes de ces cases en fait...Là on a été content d'avoir pu faire un travail plus personnel avec Jo en studio, on a un son qui nous correspond beaucoup plus. Pour en revenir au fond et au fait qu'il y ait moins de passages " funky ", l'album précédent était plus un album patchwork de ce qu'on faisait depuis un moment...
Brice: Le deuxième album s'est fait plus vite, sur une période beaucoup plus courte donc y avait plus de chance que ce soit homogène à ce moment-là...
Milka: Il y a aussi l'évolution naturelle qui fait que les parties plus funky ou " crazy " comme me disait une radio suisse sont plus rares ou alors incorporées dans l'ensemble.
Milka (qui observe le balladeur/enregistreur de pidji posé au milieu de la table de plus près - bah ouais on a des putains de moyen chez coreandco): Nan, juste je regarde, c'est rigolo...


Comment le récent départ de votre guitariste Yannick a-t-il influé sur le dernier album? Sur les compos, le son?
Milka: Il est parti à un très mauvais moment, en fait.
Brice: Au plus mauvais moment, d'ailleurs. Ca a surtout joué sur le son vu qu'il devait se charger de la prod: du studio plus des prises de guitare. On a du trouver un autre studio pour nour acceuillir (ndlr: l'album aurait du être enregistré dans le studio de Yannick). Les choses se font dans l'urgence du coup.
Milka: C'est vrai qu'on a du gérer ça vachement dans l'urgence et ça nous a remis en question et du même coup un gros coup de boost psychologique qui a influé sur la manière de finir l'album. Au moment où il est parti, seul Brice avait mis des trucs en boîte...
Brice: On avait fait que la moitié des prises batterie et au moment où il a quitté le groupe il a repris son matériel. On a du retrouver le même matériel pour avoir un son homogène et comme on est pas super calé en matos ça a mis un gros bordel quoi... Et ça nous a remis beaucoup en question...
Milka: Et trouver un autre studio aussi... On devait rendre le master le 20 décembre, on était début novembre et on se retrouve sans studio. On avait tout planifié par rapport à toutes nos activités, et c'est devenu très problèmatique par rapport à ça.
Brice: Il faut trouver un studio qui puisse t'accueillir un mois avant l'échéance ça devient chaud quoi.. On aurait pu le faire artisanalement avec des potes qui s'y connaissent en son mais ça aurait été l'horreur. On a eu beaucoup de chance d'être acceuilli par les studio des Milan de GOJIRA...
Milka: Encore une fois ça nous amis un gros coup de boost énorme, ce sont des mecs qui ont une attitude super positive et participative. L'un dans l'autre cette mésaventure a été quelque chose de très positif.


Est-ce que ça n'a pas été trop difficile de concilier vos agendas à tous, entre les tournées ou enregistrements de tous vos projets comme MANIMAL ou AGORA FIDELIO? Un : pour composer pour PSYKUP et Deux : pour enregistrer " l'ombre et la proie "?
Brice: On est obligés d'être super organisés. Quand tu as un rythme de vie où tu joues tous les W-E - si t'as une nana :c'est même pas la peine, tu la vois jamais - où tu es obligé d'avoir d'autres activités pour gagner ta vie, ça demande une organisation pour arriver à gérer tout ça.
Milka: C'est en fait une organisation très en amont, c'est-à-dire que là tout est planifié pour 2 ans (jusqu'à 2007) , y compris les prochains AGORA FIDELIO et MANIMAL. Parce qu si on veut que ça fonctionne, il faut s'organiser pour qu'on puisse tous évoluer sans porter préjudice ni à l'un ni à l'autre. Et comme on a tous envie de découvrir plusieurs voies artistiques, on privilégie ce mode de fonctionnement.
On a tous envie d'évoluer, chacun a ses envies et on trouve plus notre compte avec divers projets. Ce qui est rigolo c'est qu'on est tous dans le même délire: moi je suis light dans MANIMAL, les autres changent un peu des instruments, sauf pour Brice. On est plus ou moins fans chacun de tout ce que fait tout le monde, et tout ça nous aère vachement. Pour illustrer tout ça, c'est le guitariste de PEARL JAM qui a dit : " le groupe c'est comme un meuf sauf que t'as le droit de découcher ". C'est fabuleux parce que t'as tous les avantages du meuf atitrée mais tu peux baiser avec n'importe qui, y a pas de problème... (rires)


En rebondissant là-dessus, il ya a un passage sur le titre L'ombre et la proie qui est assez énorme où vous vous foutez de la gueule des clichés du rock - dont le fait de baiser les groupies - c'est une manière de les casser ces clichés d'une certaine manière?
Brice: Ouais on l'a traité avec humour. En fait, je n'ai rien contre quelqu'un qui est dans un code ou autre mais pas celui qui est tolérance zéro...
Milka: Des clichés on en a tous, c'est pas tant qu'on les dénonce mais plutôt qu'on les montre du doigt et on se fout de la gueule de ça au même titre qu'on se fout aussi de notre propre gueule, parce que ça commence par là aussi. Et on trouve que dans le milieu rock ou métal français, il y a peu d'auto-dérision alors qu'il y a pas mal de trucs à faire. Du coup, on s'engrouffre dans cette voie-là avec distanciation et humour parce qu'on trouve ça intéressant d'amener ce débat. Tu vois il y a plein de groupes dont je me sens très proche tout en n'appréciant pas du tout la musique, mais c'est aussi fait pour ça, pour discuter et élever le débat.


C'est vrai que c'est assez rare d'entendre ce genre de passage sur un CD, ça amène une certaine bouffée d'oxygène.
Brice: (rires)
Milka: C'était le but un peu.


Question incontournable par rapport à tous les styles que vous brassez: qu'est-ce qui tourne sur vos platines actuellement, à chacun d'entre vous?
Brice: Déjà on écoute énormément de tout. On est autant touchés par la musique classique que le death voire du hip-hop, de tout quoi. Parce qu'on a eu la chance de découvrir plein de trucs via des personnes ou des groupes différents. Du coup on retrouve plein de styles...
Milka: On essaie d'ouvrir le 'style métal' même si on est des 'fils du métal' quelque part: y a de la grosse guitare saturée, de la double, on gueule comme des cons... du gros métal qui tâche quoi...


Ouais mais ça fait plaisir en même temps tout ça sur scène aussi...
Milka: Ah ouais, complètement. Mais c'est vrai que, comme disait Brice, on essaie de mettre là-dedans des influences pourquoi pas classiques ou hip-hop, enfin des trucs qui n'ont rien à voir. Y a le côté jazzy ou groove aussi qu'on retrouve sur les passages, qui viennent surtout de Brice, Ju et Vidda. Tu peux aussi aller chercher du côté des compositeurs russes du type Dvorak au niveau des influences. Mais plus près de nous, des trucs comme ALICE IN CHAINS, PRIMUS, STRAPPING YOUNG LAD ou VISION OF DISORDER sont des trucs qui nous ont marqués à vie...

Ce sont des groupes qui vous ont donné envie de jouer?
Milka: Avant ça y a eu aussi NIRVANA, SUICIDAL TENDENCIES ou RAGE AGAINST THE MACHINE, les incontournables.
Brice: Pour NIRVANA, ils ont eu une un impact énorme dans l'histoire du rock en général, c'est indéniable.
Milka: Et y a pas longtemps je me réécoutais le premier RATM et je me disais " mais jamais ça vieillira ce truc, c 'est pas possible ", et NIRVANA c'est pareil ça prend pas une ride, c'est un peu comme les DOORS ou POLICE.


Sur les groupes qui jouent avec vous, ça se passe comment: vous avez moyen de les choisir, vous avez votre mot à dire?
Milka: Peu voire pas du tout même (acquiescement et rire de Brice ).. Hormis les dates locales que l'on produit nous-mêmes avec notre collectif ANTISTATIC, sur Toulouse, où là on peut se le permettre, on a d'ailleurs programmé KLONE et BRAINSTORM, un groupe aux accents d'HELMET... [conversation de plusieurs minutes sur la prépondérance de l'influence d'HELMET sur beaucoup de groupes d'aujourd'hui; et là tout le monde est tout à fait d'accord] Au niveau des groupes ce sont les salles qui programment et qui ont donc leur mot à dire, et nous on a pas assez de poids pour imposer qui que ce soit. Sinon, après c'est le tourneur qui gère et là notre tourneur c'est 'Ter à Terre', qui est sur Bordeaux et qui bosse très bien, ils nous ont mis KRUGER et on adore.

Ah ouais, je vais dévouvrir ce soir, j'ai pas encore eu l'occasion d'écouter, c'est comment?
Milka: C'est de la grosse balle. C'est suisse: c'est fou comme c'est suisse.
Brice: J'ai fait une date avec MANIMAL en Février là-bas, on a joué avec eux. Chez eux, il y a beaucoup de groupes qui ressemblent à la scène du Nord, très " meshuggesques ", des trucs très syncopés. Ils sont beaucoup influencés par DILLINGER qui a un gros impact à l'heure actuelle... [Conversation de plusieurs minutes (oui encore) sur ce tout qu'a apporté toute la scène H*C suisse (SHOVEL, UNFOLD ou NOSTROMO - Brice apprend leur split à l'occasion) et MESHUGGAH au métal]


La tournée depuis la sortie de " l'ombre et la proie " s'est plutôt bien passée? Vous n'avez jamais rencontré de gros problèmes encore: techniques ou autre?
Brice: On a commencé à tourner depuis Mars. Tu rencontres toujours des petites galères techniques comme tout groupe, c'est normal, mais en général on joue dans de très bonnes conditions on est très bien accueillis , ça fait vraiment plaisir.

Vous avez des dates qui vous ont marqué plus que d'autres sur cette tournée?
Brice: En général ça se passe bien mais c'est vrai que des fois tout est au top niveau: la salle, la scène, le public et là c'est le top.
Milka: Sallanches, moi j'avais bien aimé (Brice acquiesce). On a joué dans les Alpes en fait, on était au pied du Mont Blanc, il faisait un super ciel bleu c'était magnifique. De plus c'était gavé de monde alors que c'est pas une région super peuplée quoi, et il y avait vraiment une super ambiance : des gens très à l'écoute etc... Et après la date toulousaine (à domicile) ça nous fait toujours bizarre et là on est contents ça s'est bien passé; parce qu'en général, la date que tu foires c'est chez toi (rire de Brice). On a joué la 1ère date du 'Ter à Terre festival' avec FISHBONE qui est quand même un sacré groupe (devant 3000 personnes) aussi, donc ça faisait bizarre. Et puis avec THERAPY aussi: ce qui est bien c'est que ces mecs sont restés vachement simples et sur scène ça envoie carrément... Quand des mecs sont hautains tu le vois tout de suite.


Ca vous est déjà arrivés de tomber sur ce genre de comportement?
Milka: On a été vachement déçus par SOULFLY, enfin par Max Cavalera. Lui on l'a pas beaucoup vu, il est tout le temps dans le tour bus, mais son staff nous a fait dégager de la salle pour faire les balances [ Sur ce, Brice nous explique comment Max est inaccessible, mais aussi qu'il l'avait rencontré auparavant au temps de SEPULTURA et que le contact avait été bien meilleur - Quoi, un entourage de merde? Moi, j'ai dit ça?] Ce qui nous a d'autant plus choqué c'est qu'il a un discours super démago sur la tribu, le respect etc... Et c'est pipo quoi.
Brice: Après des grosses déceptions, il y en a pas eu beaucoup quoi... Ou alors des réactions ou des façons de faire qu'on ne comprend pas mais ça s'arrête là. Mais avec les groupes américains c'est généralement tendu, que ce soit MACHINE HEAD, FEAR FACTORY tous ces groupes là.. et SLIPKNOT n'en parlons pas... [On évoque " l'affaire SLIPKNOT " de l'édition 2004 du Furyfest, et les 2 cautionnent assez ce qui s'y est passé - on rebondit sur " l'ombre et la proie "] ... C'est là que je rejoins les thèmes abordés sur l'album où on se fout de la gueule de ces clichés métal:ces gens-là véhiculent le plus ces clichés parce qu'ils touchent le plus de monde et ils sont super bourrins et fermés d'esprit, c'est un peu de la politique... Ils ont tout ce côté folklorique (mais pas forcément à tort), ils ont un sens du spectacle inné, ils savent se mettre en scène et faire le show.


Ouais, style :ils se revendiquent tous sataniques mais à la fin ce sont des discours avec du 'god bless you...', c'est drôle...
(Rire général)
Milka: C'est clair.


Du coup, on parlait du Furyfest, vous faites des festivals cet été?
Brice: On en a 2 ou 3 mais c'est pas les Eurockéennes tu vois, mais oui on va en faire.
[Brice et Milka évoquent ensuite les raison pour lesquelles ils ne pourraient pas faire le Furuyfest: trop de passages 'non-bourrins' etc.. Et ils parlent aussi des concerts 'Hardcore' où ils n'on pas été bien accueillis]


Pour terminer, au niveau des paroles, vos leitmotivs sont plus les faits de société comme sur Le temps de la Réflexion, et il y aussi d'autres thèmes: quels sont-ils?
Milka: Après le Temps de la Reflexion, on a passé un cap énorme au niveau de la notoriété et ça nous a fait beaucoup réfléchir parce qu'il y a maintenant tout ce côté médiatisation etc... Du coup, ça nous a donner envie d'en parler sur L'ombre et la proie mais avec ce côté humoristique toujours, c'est aussi un thème abordé sur 'Rock'n'Roll Assistance' qui traite de la consensualité de la marginalité: la 'rebelle attitude' qui est étudiée le lundi matin en réunion marketing chez universal...
Brice: A la Star Academy t'as maintenant des baggy et les musiciens qui accompagnent les chanteurs ont des attitudes super typées...


A la Kyo quoi...
Brice: ouais exactement. Et pourtant y a des morceaux que j'aime chez Kyo mais tout est fabriqué chez eux...
Milka: Et aujourd'hui ce côté fabriqué et formaté déborde et vient super bas. Le côté formatage devient même inconscient de la part des artistes: ils vont formater leur musique pour y arriver plus vite et adopter tel look parce que c'est cool. Brice: Y a maintenant tout ce côté études de marché et business qui fait que ce n'est même plus de la musique...
Milka: Pour moi, ça devient vraiment inconscient. T'es tellement dedans que tu suis toutes les modes: du néo-métal tu passe au death-core, à l'émo et au post-rock tout en reniant ce que tu étais avant. [ La conversation dérive ensuite vers les groupes qui se mettent à faire subitement du pop-rock...Voyez-y qui vous voulez, mais regardez bien 'nowhere' quand même...]


 

 


 

L'interview se termine donc là-dessus, après avoir quasiment doublé le temps qui m'était accordé, les gars me disent qu'ils ont encore plein d'interviews à faire et s'excusent mais on doit s'arrêter. Je tiens donc à remercier chaleureusement Milka et Brice pour leur gentillesse et leur disponibilité et un grand merci égelalement à toute l'équipe de Jerkov.

photo de Mat(taw)
le 11/05/2005

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