Wolvennest - Interview du 08/03/2021

Wolvennest (interview)
 

Pourriez-vous, s'il vous plait, vous présenter aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore? Le line-up a sensiblement évolué depuis la création du groupe et je ne pense pas me tromper en disant que Wolvennest est un iceberg dont seule la partie émergée nous est connue. Beaucoup de personnes participent discrètement, secrètement à ce projet. Donc : qu'est ce que Wolvennest

Corvus : Dès notre premier concert, à part un changement de batteur, on a eu une équipe stable sur et en-dehors de la scène. On s’autorise des collaborations, des guests et c’est une partie importante du projet. Ce groupe, c’est un voyage à la destination qu’on tente de garder surprenante pour nous-mêmes aussi. On se fait plaisir, on expérimente. Il n’y a pas vraiment de secret, si ce n’est qu’on garde la démarche pure sans se mettre de pression ou d’objectifs particuliers en tête. Il y a toujours de la place pour les surprises.

 

Kirby : En effet, on peut considérer que Wolvennest a une face cachée car si tu creuses un peu, tu remarques le nombre de personnes qui s'investissent et participent au projet, et c'est bien plus que juste les membres du groupe. Wolvennest est un collectif que nous appelons "The Nest", et il compte à son actif quasi toutes les mêmes personnes depuis le début du groupe.

 

Vous venez d'horizons et avez des passés assez différents les uns des autres, avec des expériences et des vécus hétérogènes. Que trouvez-vous, que recherchez-vous chez Wolvennest? Quel est son centre névralgique?

Corvus : La seule certitude que nous avons tous sur Terre : la mort. La vie est très courte, donc si tu veux faire quelque chose, n’attends pas que le timing soit parfait. Lance-toi. On avait tous des projets avant de commencer Wolvennest, qui était à l’époque un petit plaisir entre amis. C’est maintenant devenu notre principale source de joie, avec bien entendu des épisodes plus compliqués. Mais on a toujours su les gérer avec calme et empathie. Dans Wolvennest, l’empathie est à mes yeux un élément central. Si je compose les bases d’un morceau, c’est avec le besoin que les autres s’y retrouvent totalement, ce n’est pas « pour moi ». Si Michel (Kirby) vient avec un texte, c’est avec la volonté que Shazzula se l’approprie et le fasse grandir. Il en est de même pour les solos de Marc, qui sont émotionnellement très généreux. Notre section rythmique est entièrement dévouée à faire briller les autres musiciens et il en va de même pour les gens qui nous entourent (video, ingé-son, équipe technique). Personne n’est présent dans l’équation pour en tirer quelque chose de personnel, à part de la joie et de l’amour. J’ai vraiment le sentiment qu’on est tous là pour faire briller les autres. Cela peut paraître bateau, mais je crois que c’est ce qui explique notre stabilité. C’est une belle expérience humaine depuis le premier jour et ça doit le rester jusqu’au bout.

 

Kirby : C'est le fait que nous venons d'horizons différents avec des expériences et des bagages différents qui donnent à Wolvennest tout son sens, sa dimension et permet en même temps au projet d'atteindre ce résultat musical et visuel qui lui est propre.

 

Pour vous avoir vu live, j'ai été frappé par la grande diversité des visuels cinématographiques devant lesquels vous jouez et surtout de la cohérence qu'ils peuvent avoir avec votre musique. Quelles sont vos sources d'inspirations, visuelles et musicales, et quel est le processus d'écriture?

 

Corvus : Leslie /A Thousand Lost Civilizations s’occupe de nos visuels. C’est notre fidèle ami depuis de longues années, il nous connaît comme sa poche, a une compréhension de la musique très pointue et sait comment l’accompagner visuellement. Il a quartier libre et continue de nous surprendre. J’ai personnellement hâte de voir les nouveaux visuels, c’est toujours une « belle » surprise. Pour la musique, il n’y a jamais de période « creuse ». Nous sommes 3 guitaristes et compositeurs, donc l’un de nous 3 aura toujours quelque chose à proposer aux 2 autres. C’est un luxe extraordinaire, on a su trouver petit à petit un sain équilibre. Cela peut partir d’un son d’hammond/mellotron, d’un loop de batterie, d’une guitare, il n’y a pas réellement de règle ou de formule toute faite.

 

Kirby : Niveau visuel tout le crédit revient à Leslie de A Thousand Lost Civilizations qui crée tous nos visuels, et cela depuis le début du groupe. C'était une volonté dès le départ d'allier musique et visuel, il y a un aspect "soundtrack" dans notre musique qui de toute évidence pour moi fait appel à un visuel fort et que je pense indispensable. Parallèlement, et faisant partie du visual, il y a aussi l'autel qui peut être à la fois très complexe ou très simple, et qui nous accompagne toujours sur scène. Pour l'écriture de la musique on est 3, Corvus, Marc de Backer et moi même qui  nous occupons de tout l'aspect écriture des morceaux. Un travail qui passe par nos home studios, un studio où l'on crée et composons la musique à trois et un autre ou l'on retrouve DéHà, producteur qui participe à certains arrangements musicaux et cela de manières différentes. Il mixe mais peut tout aussi bien faire des vocals etc. Un membre du groupe à part entière. Quand il peut et sur des occasions particulières, il arrive qu'il nous rejoigne sur scène.

 

En comparaison de VoidTemple gagne en profondeur. Plus assuré, plus imposant, mais aussi plus obscur. Vous sauriez nous expliquer pourquoi ?

Corvus : Temple a bénéficié de tous les concerts que nous avons joués entre 2018 et 2020. On a tenté, avec Déhà, d’avoir une production plus massive sans tomber dans « le gros son » qui ne passera pas l’épreuve du temps. L’avantage de la façon dont les « décideurs » font maintenant fonctionner la société humaine est que ça nous a accordé énormément de temps libre pour peaufiner l’album. Le son de la batterie est par exemple bien meilleur que ce qu’on a pu avoir dans le passé. La dynamique est donc meilleure, et tous les instruments en bénéficient. On a pu aller au bout d’une démarche, sans jamais se dire qu’il fallait « se dépêcher ». Tu peux râler sur la situation actuelle, te sentir abattu, avoir des moments de doute, mais tu peux aussi en tirer profit à ta façon, pour vraiment te plonger dans quelque chose. La perception du temps a été altérée, mais ça a des aspects positifs, il est possible d’aller « plus loin ».  Je suis même certain que la qualité dans la musique underground va exploser dans les 2-3 prochaines années.

 

Kirby : Si je dois résumer, Temple est plus proche de ce que Wolvennest propose niveau son en live, mais tout en conservant 2, 3 aspects propre à ce qu'on produit en studio. Si entre l'album studio et la représentation live on peut offrir encore un plus au public, je trouve ça vraiment intéressant et c'est ce qui rend les concerts encore plus excitant, j'ai jamais eu la sensation de jouer et proposer deux fois le même concert.

 

Comment King Dude est arrivé sur cet album? Le choix est pertinent et rentre pleinement dans votre esthétique. Comment s'est passée la collaboration?

Corvus : King Dude, c’est une idée de Marc (guitare). On a croisé TJ à travers les années et les concerts. Il nous avait dit adorer le groupe et même diffuser une de nos chansons avant ses concerts, on est honoré. Lorsque Marc l’a contacté, il a directement dit oui. Il a donc reçu une chanson, avec une totale liberté pour le chant. C’est un sacré personnage qui ne laisse pas indifférent. On l’aime ou pas, mais il est clairement à part. Et ça, c’est vraiment ce qu’on recherche ! Il nous a envoyé assez rapidement son chant, déjà mixé, il suffisait de le poser sur la musique ! C’est vachement pro de sa part. Et je dois dire qu’on a toujours été extrêmement chanceux dans nos collaborations : Der Blutharsch sur le premier album, Alex/Ruins of Beverast sur Void, et maintenant King Dude, c’est une belle brochette d’esprits créatifs !

 

Kirby : Ce sont plusieurs rencontres sur des concerts, fest ou tournées qui ont concrétisé cette collaboration. On apprécie mutuellement notre musique et on est sur le même label. L'envie était très forte car on sentait que la voix de TJ Cowgill pouvait apporter quelque chose de très particulier et fort sur notre album.

 

La situation, telle qu'elle est aujourd'hui, ne permet que difficilement l'organisation de concert et de tournées. Comment envisagez-vous la promo de Temple?

Corvus : On n’est pas dans une démarche promotionnelle, avec des échéances, des besoins, des obligations ou autre. On a eu la chance de sainement voir grossir, étape par étape, notre public. Donc nous sommes sereins. Il est important de continuer à sortir de la musique, qu’importe ce qui se passe au sein de la nombriliste race humaine.

 

Kirby :je pense que malgré la situation, les gens suivent les groupes qu'ils apprécient mais découvrent aussi des nouvelles formations ou projets au travers des réseaux sociaux, et les systèmes de mail order fonctionnent plus que jamais. De notre côté, pour la promotion de Temple on voulait un évènement fort et on a la chance de faire cette collaboration avec le Roadburn en avril.

 

La seule date sur laquelle vous êtes annoncés en France est le LADLO Fest II au mois de mai, label spécialisé dans le black metal. LADLO, Tyrant (...) vous semblez avoir un rapport particulier avec la scène BM sans que cela transparaisse explicitement dans votre musique. Comment l'expliquez-vous?

Corvus : Eh bien, je crois que tu as répondu à la question. Cela ne transparait pas explicitement, tout est une question d’arrangement musical, qui ne répond pas trop au Black Metal. Mais si tu prends les riffs isolément, tu remarqueras sans doute qu’ils sont très proches de cette scène. Nous sommes à la croisée de plusieurs styles, ça nous permet de nous sentir libre. Mais, à titre personnel, vu mes activités musicales parallèles, je me sens très à l’aise dans cette scène Black Metal où audace et traditions trouvent un bel équilibre.

 

Kirby : Dès l'instant où je me suis mis à bosser sur la première demo Wolvennest en 2013, je me suis senti appartenir à la scène Black metal. Dans les années 80 je faisais un Fanzine et du tape trading, j'écoutais entre autres Bathory, Hellhammer, Venom, Mayhem et correspondais avec pas mal de groupes. Plus tard, j'ai également écouté beaucoup de Neofolk et ses variantes musicales, avec tout le côté "soundscapes" ou bien "pagan folk". En même temps, pour moi y a pas plus black metal que Black Sabbath ou Catherine Ribeiro, qui elle, t'emporte aux travers de son art autant niveau musique que texte ou ambiance dans une sorte de trance très rituelle touchant même à la folie. Je pense que les frontières du Black metal sont bien plus ouvertes qu'on ne le pense et ne s'arrêtent pas seulement sur un seul point de vue musical. Ce sont tous ces ingrédients entre autres, qu'on retrouve finalement dans notre musique et qui nous rapproche de la scène black metal.

 

 

Il est peut-être indiscret de vous demander pourquoi ne pas avoir signé sur Black Mass Rising Records, le label créé par Shazzula, mais je me permets tout de même la question. Cela n'aurait pas été plus simple pour vous d'être en mesure de « faire la cuisine entre amis »?

Corvus : Sven et Van Records ont notre totale confiance. Il ne nous a jamais traversé l’esprit, depuis que nous sommes chez Van, d’envisager un autre scénario. Il vaut de toute façon mieux ne pas mélanger les rôles, ce serait ajouter une pression non nécessaire sur les épaules de Shazzula. J’en profite d’ailleurs pour saluer Philippe Marie, qui a lancé Black Mass Rising avec Shazzula. Il nous a d’ailleurs un peu aidés, en toute discrétion. La date en ouverture d’Electric Wizzard, c’est en partie grâce à lui, car il nous avait suggérés aux personnes ayant organisé le concert.

 

Kirby : Je pense qu'il est plus avantageux d'avoir un label solide sur le côté, perso  faire de la distribution, gérer un label etc c'est un travail laborieux et franchement de trop pour un groupe. Donc la rencontre et l'alliance avec un label comme Ván Records est juste parfaite pour Wolvennest.

 

Je ne vous ferai pas le pénible affront de vous demander quelles sont vos prochaine dates. Ce temps mort concernant les concerts vous a peut-être permis de lancer des projets annexes? Comment s'annoncent les prochains mois pour vous?

Corvus : On prépare le Roadburn Redux et nous serons prêts à reprendre les activités à la seconde où la vie reprendra son sens. D’ici là, nous continuerons de créer, toujours avec la même passion.

 

Kirby : Perso j'avance avec un regard porté sur le présent. C'est la meilleure façon de rester productif. J'ai pas envie de penser aux choses que l'on fera en 2022. Ici on a commencé les répétitions pour présenter Temple en live et focus sur cet événement du Roadburn. Le reste suivra de lui-même je pense.

 

Je vous laisse le dernier mot. Sûrement avez-vous des gens à remercier ou à faire connaître?

 

Corvus : Merci à toi pour l’intérêt, et immense merci à tous ceux qui, ces dernières années, sont venus nous partager ce qu’ils ont ressenti après un concert. Ces rencontres, ce sont toujours des beaux moments. La passion dans la scène est très présente et je suis certain que ça risque d’être émotionnellement explosif lors de la reprise. On a croisé tant de gens (groupes, organisateurs, spectateurs) extrêmement dévoués, aux intentions pures. Ce sont eux qui nous manquent le plus pour le moment. A ceux-là, je dis : « gardez le cap », parce que ce sont eux qui rendent le tout magique. Une réouverture avec juste « les groupes professionnels » serait bien morne.

 

(Question bonus : Ce sont de vrais crânes humains que vous utilisez sur scène?)

 

Corvus : (tu connais la réponse).

 

Kirby : Toujours

 

 

 


 

photo de Vincent Bouvier
le 25/03/2021

2 COMMENTAIRES

Seisachtheion

Seisachtheion le 25/03/2021 à 22:23:49

Questions pointues
Réponses étayées 
Belle itw 😊

Vincent Bouvier

Vincent Bouvier le 26/03/2021 à 13:50:05

Merci bien! 😌

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