8 Kalacas

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Fronteras

Chronique CD album (49:12)

chronique 8 Kalacas - Fronteras

Non, 8 Kalacas n’est pas le numéro vert pour appeler la police vénézuélienne. C’est « Kalacas », pas « Caracas ». D’ailleurs le groupe est californien, alors le temps que les képis arrivent à destination, le délit signalé par téléphone aura largement eu le temps d’être prescrit. Remarquez, vous n’êtes pas tombés si loin : le comté d’Orange où crèchent ces muchachos n’est en effet pas bien éloigné du Mexique, ce qui explique en partie que les douze titres de Fronteras soient très majoritairement éructés en espagnol, aspect qui devrait contribuer à les rendre populaires dans la patrie d’Hugo Chávez.

 

Chroniquons vite (… bluff !), chroniquons bien : 8 Kalacas existe depuis bientôt 20 ans. Vous n’en aviez jamais entendu parler ? Moi non plus. Il faut dire que ce n’est que récemment que les gaillards ont réussi à mettre le grapin sur Dez Fafara, leader de Coal Chamber et Devildriver, mais également manager de groupes en vue (Cradle of Filth, Jinjer), et détenteur de clés pouvant ouvrir certaines portes que d’autres voient invariablement fermées. Ainsi épaulés, les 8 – qui ne sont en fait que 7 – ont réussi à faire expédier leur nouvel album aux quatre coins du globe (ce qui reste une exploit, géométriquement parlant)… Jusqu’au QG des CoreAndGringos. Et il ne pouvait pas mieux tomber car – vous le savez peut-être si vous venez régulièrement – ici on aime les mélanges, notamment quand ils sont osés, inédits et croustillants. Or les zigotos – j’aurais dû commencer par-là, mais après tout vous avez déjà aperçu le style pratiqué, en haut de la page – sont justement de grands fans de cocktails. Pas ceux, pepsi / mezcal, que concocterait un jeune Tom Cruise agitateur de blender en une telle occasion. Plutôt ceux, bleuargl / youpi / baston / mariachi, qui font saliver le lapin jaune fusionophile. Car en effet, Fronteras propose trois gros quarts d’heure de Latin Skacore.

 

« Skacore ? SxC ? Autrement dit Ska / Hardcore ? Comme le pratiquaient les gaziers de Body Bag (avec Javier Varela de Nostromo derrière le micro) ? »

 

Tu l’as dit Cromy ! Sauf que 8 Kalacas bénéficie d’un son bien plus gros, et qu’il trempe son petit Core dans une grande bassine de Metal poilu où ça sent parfois fort le Thrash furieux, et ça grogne parfois bruyamment, tel un Sepultura punk, ou un Overdose pô content (aaaaaah, Progress of Decadence). Sauf que (bis) ce mélange de cuivres bondissants et de tatouages menaçants se fait – donc – dans la langue de Cervantes. Ce qui donne régulièrement – quand l’heure est plus au farniente qu’à la bagarre – l’impression de croiser O’Funk’Illo. Voire la Mano Negra, quand l’humeur est au Rock / Punk gouailleur (cf. le début de « Gato »). Sauf que (ter) la trompette et le trombone prennent régulièrement des accents mariachi, que la lead frôle parfois le registre flamenco, et que les castagnettes sont même de sortie sur « Luna » (les Gipsy Kings débarquent à partir de 2:48).

 

Tiens, puisqu’on est sur « Luna », profitons-en pour signaler à quel point le groupe refuse de se laisser enfermer dans sa Fusion pourtant fortement typée. Il n'y a qu'à s'attarder sur son intro, égrainée en mode mandoline électrique – comme sur un album de Krav Boca –, pour se rendre compte que les Américains semblent avoir des envies d'ailleurs. Sur le début du titre suivant c’est une pulsation électroïde qui se fait entendre. Sur l’interlude « Flatline » c’est même carrément un piano gravement narratif qui donne la main à un violoncelle. Comme quoi on peut grunter comme des tigres de Tijuana, distribuer les mornifles comme des boxeurs, s’encanailler avec la descendance de Madness, et pourtant laisser d’autres options ouvertes.

 

Alors forcément, la démarche de ces lascars ne pouvait que nous séduire. Mais l’enfer musical est souvent pavé de bonnes intentions. Et Fronteras aurait tout à fait pu faire un flop aussi retentissant que les derniers Alien Weaponry et Fever 333. Mais non : à l’exception de l’interlude précédemment évoqué, la totalité des titres s’avèrent soit très bons, soit carrément tubesques. Cette chronique n'ayant déjà que trop duré, on ne rentrera pas dans le détail de ces nombreuses compos qui marient admirablement violence urbaine et vitamines cuivrées. On se contentera de mettre brièvement dans la lumière deux des toutes meilleures : la grosse montée en pression festive « R2rito », que vous connaissez peut-être déjà pour en avoir vu la vidéo, et ce fameux « Luna » dont je vous rabats les oreilles, qui donne envie de sauter avec tout l’orchestre dans une piscine bleu turquoise.

 

Alors si vous êtes pris d’une envie subite et en apparence incohérente de grosse castagne et de sourires insouciants échangés au-dessus de verres de sangria, cap sur la Californie des quartiers craignos/chicanos où crèche 8 Kalacas pour un grand shoot de soleil musical !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte : en chimie, en cuisine comme en musique, quand on mélange tout et n’importe quoi, on ne sait jamais si le résultat sera de l’art ou du cochon, si le pH sera acide ou la solution basique. Débarqué du fin fond d’une Californie bien différente des cartes postales de Pam & Tommy, 8 Kalacas nous démontre que le cocktail Hardcore / Ska / Thrash / Mariachi / Tequila a un petit côté Molotov : aussi explosif que revigorant. On s'en reprendra donc une bonne rasade dès le point final apposé à la fin de cette phrase.

photo de Cglaume
le 21/03/2022

1 COMMENTAIRE

Nhibel

Nhibel le 07/04/2022 à 21:34:24

Et encore une excellente découverte !

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